« Les gens peuvent nous réduire au silence, mais ils ne parviendront pas à effacer notre mémoire. » C’est par ces mots que certains réfugiés du Haut-Karabakh, aujourd’hui installés en Arménie, ont réagi à la fermeture, lundi 15 juin 2026 à Erevan, de ce qui constituait leur dernier lien institutionnel avec l’enclave autoproclamée, avant sa dissolution. Selon Le Monde, cette décision administrative marque un nouveau chapitre dans le deuil collectif des Arméniens du Haut-Karabakh, après la perte effective de leur territoire en 2023 à l’issue de la seconde guerre du Haut-Karabakh et de l’offensive azerbaïdjanaise.

Ce qu'il faut retenir

  • La fermeture de l’«ambassade» de la république autoproclamée du Haut-Karabakh à Erevan a eu lieu lundi 15 juin 2026, mettant fin à un dernier symbole institutionnel.
  • Les réfugiés arméniens du Haut-Karabakh accusent le Premier ministre Nikol Pachinian d’avoir « sacrifié » leur territoire pour conclure un accord de paix avec l’Azerbaïdjan.
  • Cette enclave séparatiste, majoritairement peuplée d’Arméniens, a été reprise par Bakou en 2023 après des décennies de conflit.

Cette « ambassade » — en réalité un bureau de représentation — avait pour mission de maintenir un lien entre les quelque 120 000 Arméniens ayant fui l’enclave après sa chute. Leur arrivée en Arménie, principalement à Erevan et dans les régions frontalières, a profondément modifié le paysage démographique et social du pays. Selon des estimations officielles arméniennes, près de 10 % de la population du pays serait désormais composée de déplacés internes en provenance du Haut-Karabakh. Les tensions persistent entre ces communautés et le gouvernement de Nikol Pachinian, perçu par une partie de l’opinion comme ayant cédé face aux exigences de l’Azerbaïdjan.

Les critiques à l’encontre du Premier ministre se sont intensifiées ces dernières semaines, à mesure que les symboles du Haut-Karabakh disparaissaient. Outre cette fermeture, le gouvernement arménien a également annoncé la dissolution des dernières structures administratives liées à l’ex-république, dont la date d’effet a été fixée au 1er juillet 2026. « Pachinian a préféré la realpolitik à la défense de nos droits », a affirmé David Davtian, un ancien responsable du Haut-Karabakh réfugié à Gyumri, interrogé par Le Monde. « Ce qui reste de notre identité est aujourd’hui entreposé dans des musées ou des mémoriaux, mais plus dans des institutions. »

Le contexte géopolitique de cette décision est marqué par l’évolution des relations entre Erevan et Bakou. Depuis la reprise du Haut-Karabakh par l’Azerbaïdjan en septembre 2023, les deux pays ont engagé des négociations sous l’égide de l’Union européenne et des États-Unis pour normaliser leurs relations. Un accord de paix, bien que fragile, a été signé en avril 2024, prévoyant notamment l’ouverture de corridors de transport entre les deux pays et la reconnaissance mutuelle des frontières. Pourtant, pour de nombreux Arméniens, ces avancées diplomatiques s’apparentent à une trahison.

« On nous demande d’oublier, mais notre mémoire est notre dernière arme. Tant que nous existerons, le Haut-Karabakh existera aussi, même sans drapeau ni gouvernement. »
Lilit Karapetian, réfugiée de Stepanakert installée à Erevan

La fermeture de ce bureau à Erevan s’inscrit dans une stratégie plus large du gouvernement arménien visant à tourner la page du conflit. Le ministère arménien des Affaires étrangères a justifié cette mesure par la nécessité de « s’adapter à la nouvelle réalité » et de « faciliter la réintégration des réfugiés dans la société arménienne ». Pourtant, sur le terrain, les défis restent immenses. Selon un rapport de l’ONU publié en mai 2026, près de 30 % des réfugiés du Haut-Karabakh vivent encore dans des conditions précaires, avec un accès limité au logement et à l’emploi. Les tensions communautaires se multiplient, notamment dans les villes accueillant un afflux massif de déplacés.

Et maintenant ?

D’ici la fin du mois de juin, les autorités arméniennes devraient finaliser le processus de dissolution administrative du Haut-Karabakh, une étape symbolique mais lourde de conséquences pour les réfugiés. Une conférence internationale, organisée à l’initiative de l’Union européenne, est prévue pour le 10 juillet 2026 à Bruxelles. Son objectif : évaluer les perspectives de réinstallation des déplacés et les mesures d’accompagnement à mettre en place. Parallèlement, des associations de réfugiés ont annoncé le dépôt d’une plainte devant la Cour européenne des droits de l’homme contre l’État arménien, qu’elles accusent de « complicité » dans la perte de leur territoire.

Reste à voir si ces initiatives parviendront à apaiser les tensions ou si, au contraire, elles alimenteront un sentiment de marginalisation croissant au sein de la communauté arménienne. Une chose est sûre : pour des milliers de familles, la mémoire du Haut-Karabakh reste un combat quotidien, bien plus qu’un simple souvenir.

Le gouvernement arménien a justifié cette décision par la nécessité de s’adapter à la nouvelle réalité géopolitique, après la perte du Haut-Karabakh en 2023. Selon les autorités, cette fermeture s’inscrit dans une volonté de normaliser les relations avec l’Azerbaïdjan et de faciliter l’intégration des réfugiés dans la société arménienne.

Selon les dernières estimations officielles arméniennes, environ 120 000 Arméniens originaires du Haut-Karabakh vivent désormais en Arménie, représentant près de 10 % de la population du pays.