En l’espace de quatre mois, 893 signalements de publicités suspectes et frauduleuses ont été adressés aux géants du numérique que sont Facebook, Instagram, TikTok et Google. Pourtant, selon Libération, seulement 243 de ces signalements ont finalement abouti à une intervention de modération de la part des plateformes. Ces chiffres, révélés ce 21 mai 2026, soulèvent des questions sur l’efficacité des dispositifs de lutte contre les arnaques financières en ligne.
Ce qu'il faut retenir
- 893 signalements de publicités frauduleuses ou suspectes en quatre mois, adressés à Facebook, Instagram, TikTok et Google.
- Seulement 243 signalements (soit environ 27 %) ont été transmis aux équipes de modération des plateformes.
- Les associations de consommateurs alertent sur la multiplication de ces pratiques illégales.
- Les plateformes concernées n’ont pas encore réagi officiellement aux révélations de Libération.
Un phénomène en forte hausse, mais des réponses limitées
Les arnaques financières en ligne prennent des formes variées : fausses offres d’investissement, crédits frauduleux ou encore placements miracle promettant des rendements mirobolants. Libération rapporte que ces signalements proviennent majoritairement d’utilisateurs ayant identifié des publicités trompeuses, souvent ciblées sur les réseaux sociaux. Pourtant, malgré la gravité du phénomène, le taux de modération reste faible. Côté plateformes, les réponses tardent à venir : ni Meta (maison mère de Facebook et Instagram), ni TikTok, ni Google n’ont encore communiqué sur les mesures concrètes mises en place pour endiguer cette vague.
Des associations de consommateurs en première ligne
Les signalements ont été compilés par plusieurs associations de consommateurs, qui tirent la sonnette d’alarme depuis plusieurs mois. «
Ces chiffres montrent que les dispositifs actuels sont insuffisants. Les victimes se tournent vers nous après avoir perdu des milliers d’euros, et les plateformes ne réagissent que trop rarement», a déclaré Mehdi Ben Jemia, porte-parole de l’association Consommateurs en Colère. Selon lui, les algorithmes de modération ne parviennent pas à détecter suffisamment tôt les contenus frauduleux, laissant le champ libre aux escrocs.
Les secteurs les plus touchés ? Les placements financiers (crypto-monnaies, forex) et les prêts usuriers, où les arnaqueurs exploitent la méconnaissance des consommateurs. Les signalements concernent aussi bien des annonces diffusées sur Instagram, via des influenceurs complices, que des publicités ciblées sur Google Ads, où des mots-clés comme « placement garanti » ou « rendement exceptionnel » attirent les victimes potentielles.
Des plateformes sous pression réglementaire
Ces révélations interviennent alors que l’Union européenne renforce ses exigences envers les géants du numérique. Le Digital Services Act (DSA), entré en vigueur en 2024, impose désormais aux plateformes de lutter activement contre les contenus illégaux sous peine de sanctions pouvant aller jusqu’à 6 % de leur chiffre d’affaires mondial. Pourtant, comme le souligne Libération, les chiffres de modération effective restent très en deçà des attentes.
Côté Google, une porte-parole a indiqué que « des équipes dédiées analysent en permanence les signalements », sans préciser le délai moyen de traitement. Meta, de son côté, a rappelé dans un communiqué récent que « plus de 90 % des contenus illégaux sont supprimés avant même qu’un utilisateur ne les signale ». Un chiffre difficile à vérifier de manière indépendante.
Reste à savoir si ces mesures suffiront à endiguer un phénomène qui, selon les experts, pourrait encore s’aggraver avec l’essor de l’intelligence artificielle générative, utilisée pour créer des publicités toujours plus convaincantes.
Les victimes peuvent déposer plainte auprès de la plateforme Pharos (www.internet-signalement.gouv.fr) ou contacter leur banque pour tenter d’obtenir un remboursement. En cas de perte importante, un dépôt de plainte au commissariat ou à la gendarmerie est recommandé, même si les chances de récupérer les fonds restent faibles.