Le cinéaste iranien Asghar Farhadi, figure majeure du cinéma mondial, fait son retour à Cannes pour la compétition officielle avec son dernier long-métrage, « Histoires parallèles », projeté ce 14 mai 2026 au Grand Théâtre Lumière. Selon Franceinfo - Culture, ce nouveau film s’inscrit dans la continuité d’une carrière déjà marquée par des distinctions prestigieuses, dont deux Ours d’or à Berlin et un Oscar du meilleur film étranger.

Ce qu'il faut retenir

  • Asghar Farhadi, 53 ans, revient à Cannes en compétition avec « Histoires parallèles », présenté le 14 mai 2026.
  • Le réalisateur iranien a déjà remporté deux Ours d’or à Berlin et un Oscar pour « Une séparation » (2011), vu par près d’un million de spectateurs en France.
  • Ses films, souvent acclamés à l’étranger, peinent à trouver leur public en Iran en raison de la censure.
  • Farhadi a remporté le Grand Prix à Cannes en 2021 pour « Un héros », ex æquo avec « Compartiment n°6 ».
  • Le cinéaste, formé au théâtre et aux contes, s’inspire de la société iranienne pour des récits ancrés dans le réel.
  • Son œuvre interroge les tensions entre engagement et acceptation des contraintes locales.

Un parcours jalonné de récompenses internationales

Asghar Farhadi s’est imposé comme l’un des réalisateurs iraniens les plus influents de sa génération. En 2011, il atteint un sommet avec « Une séparation », un film qui transcende les frontières culturelles. Ce long-métrage lui vaut l’Ours d’or à Berlin, puis le Golden Globe, le César et l’Oscar du meilleur film étranger. En France, il attire près d’un million de spectateurs, confirmant son statut d’auteur incontournable.

Cannes occupe une place centrale dans sa carrière. En 2013, « Le Passé », avec Tahar Rahim et Bérénice Bejo, lui vaut le prix d’interprétation féminine pour cette dernière. Trois ans plus tard, « Le Client » remporte le prix du scénario et celui d’interprétation masculine pour Shahab Hosseyni, tout en s’adjugeant l’Oscar du meilleur film étranger. En 2021, « Un héros » décroche le Grand Prix, ex æquo avec « Compartiment n°6 » de Juho Kuosmanen.

Un cinéma iranien acclamé, mais étouffé par la censure

Malgré ces succès internationaux, les cinéastes iraniens, dont Farhadi, évoluent sous le joug d’un paradoxe cruel. Leurs œuvres, célébrées dans les festivals du monde entier, peinent à circuler librement dans leur propre pays. La censure, omniprésente, limite leur diffusion et leur impact local. Farhadi lui-même a dû ruser pour concilier son engagement artistique et les contraintes imposées par les autorités.

Le réalisateur, qui n’a tourné qu’à deux reprises hors d’Iran, incarne cette tension. Certains lui reprochent un manque d’opposition frontale au pouvoir, tandis que les autorités le jugent trop critique. Pour survivre, il a développé une forme de « gymnastique périlleuse », trouvant un équilibre entre dénonciation et survie professionnelle.

De l’amour des contes à la réalisation : une vocation née dans l’enfance

L’attrait de Farhadi pour le récit remonte à son plus jeune âge. Né dans une localité proche d’Ispahan, il découvre très tôt le pouvoir des histoires, d’abord à travers les contes et les berceuses. « Le goût du cinéma ne m’est pas venu du cinéma mais de l’amour du conte », expliquait-il en 2022 au site du Festival de Cannes. « J’ai la passion des histoires. Depuis tout petit, j’aime entendre quelqu’un raconter une histoire, ne serait-ce qu’un souvenir, mais en faisant attention à la forme du récit. »

Cette sensibilité narrative se double d’un sens aigu de l’observation. Farhadi puise dans la société iranienne les thèmes de ses films, offrant une vision complexe et nuancée, loin des clichés habituels. Ses œuvres explorent les tensions sociales, les dilemmes moraux et les fractures d’une société en mutation, sous le poids d’un régime conservateur et d’un contexte de guerre.

Un engagement artistique au cœur de la réalité iranienne

Contrairement à d’autres réalisateurs iraniens qui choisissent l’exil, Farhadi a fait le choix de rester et de tourner dans son pays. Ce positionnement lui a valu des critiques des deux côtés. Pour certains, il n’en fait pas assez pour s’opposer ouvertement au pouvoir. Pour d’autres, notamment les autorités, il va trop loin dans sa dénonciation. Pourtant, c’est précisément cette position médiane qui lui permet de continuer à travailler, même sous surveillance.

Ses films, comme « Le Client » ou « Un héros », reflètent cette quête d’équilibre. Ils montrent un Iran en proie à des contradictions internes, où les individus naviguent entre devoir et survie. Farhadi ne cherche pas à donner des leçons, mais à montrer la réalité telle qu’elle est, avec ses ombres et ses lumières. C’est cette authenticité qui a séduit les jurys internationaux, même si elle complique sa réception dans son propre pays.

Les prochaines étapes : entre festivals et incertitudes

Avec « Histoires parallèles », Farhadi confirme son retour sur la scène cannoise après une dernière présence en 2021. Le film, présenté en compétition officielle, pourrait bien prolonger sa série de distinctions. Les critiques et le public sont attendus ce 14 mai 2026 pour découvrir cette nouvelle œuvre, qui s’annonce comme un miroir des tensions contemporaines.

Reste à savoir comment ce film sera accueilli en Iran, où les salles de cinéma restent soumises à des restrictions. Pour l’instant, la communauté internationale semble prête à saluer une nouvelle fois le talent de Farhadi, même si l’artiste lui-même reste conscient des limites de son influence dans son pays.

Et maintenant ?

La projection de « Histoires parallèles » à Cannes pourrait marquer le début d’une nouvelle vague de reconnaissance pour Farhadi. Si le film obtient une distinction majeure, il renforcera sa position de porte-parole d’un cinéma iranien engagé. En revanche, son avenir en Iran dépendra largement de l’évolution politique du pays. Une chose est sûre : le débat sur la liberté artistique en Iran, déjà vif, devrait encore s’intensifier dans les mois à venir.

Asghar Farhadi, par son parcours et ses choix, incarne les défis et les espoirs d’un cinéma qui refuse de se soumettre. Son retour à Cannes est moins une surprise qu’une confirmation : celle d’un artiste dont l’œuvre continue de résonner bien au-delà des frontières.

Les œuvres de Farhadi, bien que célébrées à l’étranger, sont souvent jugées trop critiques envers les autorités iraniennes par la censure locale. Malgré son statut d’auteur reconnu, ses films peinent à obtenir les autorisations nécessaires pour une diffusion large en Iran, limitant leur impact local.

Asghar Farhadi a remporté à ce jour trois distinctions majeures à Cannes : le prix d’interprétation féminine pour Bérénice Bejo dans « Le Passé » (2013), le prix du scénario et d’interprétation masculine pour « Le Client » (2016), ainsi que le Grand Prix pour « Un héros » (2021).