Selon Franceinfo - Sciences, la Chine est désormais au cœur d’une polémique internationale après que trois de ses entreprises ont été sanctionnées par Washington pour avoir fourni à l’Iran des images satellites de sites militaires américains au Moyen-Orient. Une aide qui coïncide avec plusieurs frappes iraniennes contre des bases abritant des soldats et du matériel des États-Unis.

Le réseau social chinois Weibo, qui compte plus de 500 millions d’utilisateurs, a servi de plateforme à l’entreprise MizarVision, basée à Hangzhou, pour diffuser dès janvier des clichés détaillés de la base aérienne d’Al-‘Udeid, au Qatar. Ces images montraient notamment des avions de transport C-17 et des systèmes de défense Patriot stationnés sur le site. Le 28 février, premier jour de la guerre entre l’Iran et Israël, cette même base — qui accueille 10 000 soldats américains — a été frappée par des missiles iraniens, laissant s’élever des colonnes de fumée au-dessus du site. Depuis, trois autres attaques ont visé des positions militaires américaines, toujours après la publication d’images satellites par MizarVision.

Ce qu'il faut retenir

  • L’entreprise chinoise MizarVision, basée à Hangzhou, a publié sur Weibo des images satellites de la base d’Al-‘Udeid (Qatar) dès janvier 2026.
  • Cette base, abritant 10 000 soldats américains, a été frappée par l’Iran le 28 février, puis à trois reprises supplémentaires depuis le début du conflit.
  • Trois entreprises chinoises, dont MizarVision, ont été sanctionnées par les États-Unis le 8 mai 2026 pour leur soutien présumé à l’Iran.
  • MizarVision s’appuie sur la constellation de satellites chinois Jilin, composée de 170 satellites commerciaux, pour fournir des analyses stratégiques à ses clients.
  • La Chine, bien qu’officiellement niant toute implication, est suspectée de tolérer — voire d’encourager — ces transferts d’informations sensibles.

Des images satellites chinoises publiées sur les réseaux sociaux avant les frappes

Dès le mois de janvier 2026, MizarVision, une société chinoise spécialisée dans l’imagerie satellite, a commencé à publier sur Weibo des clichés détaillés de la base militaire américaine d’Al-‘Udeid, située au Qatar. Ces images, accessibles au grand public, permettaient d’identifier avec précision les aéronefs stationnés, comme les avions de transport C-17 ou les lance-missiles Patriot. Une démarche qui, selon plusieurs analystes, visait à cartographier les cibles potentielles pour des acteurs régionaux.

Le 28 février 2026, premier jour de la guerre entre l’Iran et Israël, cette même base a été la cible de frappes iraniennes. Les images satellites publiées par MizarVision quelques semaines plus tôt ont ensuite été pointées du doigt comme ayant pu faciliter l’identification des cibles par Téhéran. « On observe une corrélation troublante entre la publication de ces images et les attaques ultérieures », souligne un expert en géopolitique interrogé par Franceinfo - Sciences. Depuis cette date, l’Iran a mené au moins trois autres raids contre des positions américaines dans la région, toujours après la diffusion de données satellites par des acteurs chinois.

Washington sanctionne trois entreprises chinoises pour leur soutien présumé à l’Iran

Face à ces soupçons, les États-Unis ont réagi fermement. Le 8 mai 2026, le département d’État américain a annoncé l’ajout de trois entreprises chinoises — dont MizarVision — sur sa liste noire des entités soutenant l’Iran. « Les États-Unis continueront à agir contre les entités chinoises qui soutiennent l’Iran dans sa guerre contre Israël et les États-Unis », a déclaré un porte-parole du département d’État. Ces sanctions, qui interdisent aux entreprises américaines de commercer avec ces sociétés, visent à couper tout lien entre Pékin et Téhéran via ces canaux spatiaux.

Parmi les entreprises ciblées figure également MizarVision, basée à Hangzhou, dans l’est de la Chine. Selon les informations recueillies, cette société achète des images capturées par les satellites de la constellation Jilin, un réseau de 170 satellites commerciaux chinois. Une fois les données acquises, MizarVision les traite à l’aide d’algorithmes d’intelligence artificielle, capables de reconnaître des avions, des navires ou des infrastructures militaires. « On peut appliquer des détecteurs sur les images pour identifier des zones d’intérêt, comme le nombre d’objets militaires présents », explique Gilles Morain, directeur technique de Masae Analytics. Une méthode qui, selon les autorités américaines, aurait permis à l’Iran de planifier ses attaques.

Pékin nie toute implication, mais son rôle dans l’écosystème spatial interroge

Officiellement, la Chine dément toute implication dans le conflit entre l’Iran, les États-Unis et Israël. Pourtant, plusieurs observateurs soulignent que Pékin ne peut ignorer l’utilisation stratégique de ses infrastructures spatiales par des entreprises privées. « Il y a un aval du pouvoir politique lorsque des entreprises, même privées, transmettent des images satellites aussi sensibles », rappelle Marc Julienne, directeur du Centre Asie à l’Institut français des relations internationales (IFRI). « L’écosystème spatial chinois est hautement stratégique et placé sous le contrôle politique », ajoute-t-il.

Cette affaire intervient alors que les tensions entre Pékin et Washington s’intensifient dans le domaine spatial. Chacun des deux pays développe ses propres constellations de satellites militaires et commerciaux, dans un contexte de rivalité technologique et géopolitique. Pour la Chine, le contrôle de l’espace est un enjeu de souveraineté nationale, ce qui rend encore plus improbable l’hypothèse d’une opération non autorisée par les autorités.

Des liens sino-iraniens renforcés malgré les dénégations

Malgré ses dénégations, la Chine maintient des relations étroites avec l’Iran. La semaine dernière, le ministre iranien des Affaires étrangères s’est rendu à Pékin pour des discussions diplomatiques. Bien que les détails des échanges n’aient pas été rendus publics, Pékin a promis de « s’engager davantage pour la paix au Moyen-Orient », sans préciser les moyens qu’elle comptait mettre en œuvre.

Ces déclarations interviennent alors que les États-Unis multiplient les pressions sur leurs alliés pour limiter les échanges technologiques avec l’Iran. « La Chine joue un rôle ambigu », estime un diplomate européen sous couvert d’anonymat. « D’un côté, elle affiche une neutralité diplomatique, de l’autre, elle autorise — ou du moins ne sanctionne pas — des transferts de technologies sensibles ». Une position qui pourrait aggraver les tensions avec Washington, déjà en proie à une guerre commerciale et technologique.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines pourraient voir une escalade des tensions entre les États-Unis et la Chine, avec un renforcement des sanctions ou des mesures de rétorsion. L’Iran, de son côté, devrait poursuivre ses frappes ciblées, en s’appuyant sur des données satellites si les canaux chinois restent accessibles. Une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU est prévue le 20 mai 2026 pour évoquer les risques liés à la militarisation de l’espace et aux transferts de technologies sensibles. Reste à voir si Pékin durcira sa position ou, au contraire, maintiendra son ambiguïté stratégique.

En attendant, la question de l’autonomie des entreprises chinoises dans le secteur spatial se pose avec acuité. Si les autorités de Pékin assurent ne pas être impliquées, leur capacité à contrôler — ou à ignorer — ces transferts de données interroge. Une chose est sûre : dans l’ombre des conflits terrestres, la guerre des satellites s’intensifie.

La constellation Jilin est un réseau de 170 satellites commerciaux chinois dédiés à l’observation de la Terre. Ces satellites permettent de capturer des images haute résolution utilisées pour des applications civiles (agriculture, urbanisme) mais aussi militaires. Plusieurs entreprises chinoises, comme MizarVision, s’appuient sur ces données pour fournir des analyses stratégiques à leurs clients.

Les États-Unis accusent MizarVision d’avoir fourni à l’Iran des images satellites de bases militaires américaines, facilitant ainsi des frappes iraniennes. Le département d’État a justifié ces sanctions par le soutien apporté par ces entreprises à l’effort de guerre iranien, en violation des résolutions internationales.