Le Conseil des droits de l’homme des Nations unies a ordonné, ce lundi 6 juillet 2026, l’ouverture d’une « enquête urgente » sur les violences commises contre les civils dans la ville d’El-Obeid, située au Kordofan du Nord, dans le centre du Soudan. Selon RFI, cette décision intervient après trois semaines d’attaques sans précédent contre la ville, toujours assiégée depuis plusieurs mois par les Forces de soutien rapide (FSR), un groupe paramilitaire.

Ce qu'il faut retenir

  • El-Obeid, capitale du Kordofan du Nord, est sous le feu des Forces de soutien rapide depuis des mois, avec des violences qui se sont intensifiées ces trois dernières semaines.
  • Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a ordonné une enquête urgente pour documenter les exactions commises contre les civils.
  • Les FSR, déjà accusés de multiples violations des droits humains, maintiennent un siège autour de la ville depuis plusieurs mois.

Une ville sous blocus et sous les bombes

El-Obeid, ville de plus de 500 000 habitants, subit depuis des mois un siège imposé par les Forces de soutien rapide. Ces derniers, dirigés par le général Mohamed Hamdan Daglo, sont engagés dans une guerre contre l’armée régulière soudanaise depuis avril 2023. Côté humanitaire, la situation se dégrade rapidement : l’accès à l’eau, à la nourriture et aux soins est fortement restreint, aggravant la crise déjà profonde dans cette région du Soudan.

Les attaques récentes, d’une intensité inédite, visent délibérément les zones civiles. Selon des témoignages recueillis par des ONG locales, des bombardements d’artillerie et des raids aériens ciblent régulièrement les marchés et les quartiers résidentiels. Les Nations unies estiment que plus de 2 000 personnes auraient été tuées ou blessées depuis le début de l’année dans la région, sans que les chiffres précis pour El-Obeid ne soient disponibles.

L’ONU réclame des comptes face à l’urgence humanitaire

La résolution adoptée par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, à Genève, appelle à une investigation « immédiate et impartiale » sur les crimes présumés commis par toutes les parties au conflit. Volker Türk, le haut-commissaire aux droits de l’homme, a souligné dans un communiqué :

« Les informations faisant état de violences massives contre les civils à El-Obeid exigent une réponse urgente. Nous devons identifier les responsables et garantir que justice soit rendue aux victimes. »

Cette enquête s’ajoute aux missions déjà en cours menées par des organisations comme Amnesty International ou Human Rights Watch, qui ont documenté des cas de torture, de disparitions forcées et de violences sexuelles attribués aux FSR. Pour l’instant, aucune réaction officielle n’a été obtenue de la part des autorités soudanaises, ni des Forces de soutien rapide.

Contexte : un conflit qui s’enlise au Soudan

Le conflit au Soudan, qui oppose l’armée régulière du général Abdel Fattah al-Burhan aux FSR, a déjà fait plus de 15 000 morts et déplacé plus de 10 millions de personnes depuis son déclenchement. El-Obeid, carrefour stratégique entre le Darfour et la capitale Khartoum, est devenue un enjeu clé dans cette guerre. Les FSR y maintiennent leur emprise, malgré les condamnations internationales et les sanctions ciblées imposées par l’Union européenne et les États-Unis.

Les analystes soulignent que les violences à El-Obeid s’inscrivent dans une stratégie plus large des FSR pour contrôler les ressources locales, notamment l’or et les terres agricoles. Côté humanitaire, les agences de l’ONU peinent à accéder à la région en raison des combats et des restrictions imposées par les belligérants.

Et maintenant ?

L’enquête de l’ONU pourrait aboutir à des sanctions supplémentaires contre les responsables des exactions, ou à un renvoi de la situation devant la Cour pénale internationale, comme ce fut le cas pour le Darfour en 2005. Une mission d’enquête de l’ONU devrait se déployer « dans les meilleurs délais », selon les termes de la résolution adoptée. Reste à voir si cette pression internationale suffira à faire cesser les violences, alors que les combats s’intensifient dans plusieurs régions du pays.

La situation à El-Obeid illustre l’impasse dans laquelle se trouve le Soudan, où aucune des parties au conflit ne semble prête à céder du terrain. Entre blocages politiques, crise humanitaire et multiplication des exactions, le pays s’enfonce chaque jour davantage dans une guerre sans issue en vue.

Les Forces de soutien rapide (FSR) sont un groupe paramilitaire soudanais dirigé par le général Mohamed Hamdan Daglo. Elles sont issues des anciennes milices Janjawid, connues pour leurs exactions au Darfour. Officiellement intégrées aux forces de sécurité en 2017, elles ont depuis pris leur autonomie et sont engagées dans une guerre ouverte contre l’armée régulière depuis avril 2023. Les FSR sont accusées de crimes de guerre, crimes contre l’humanité et violations massives des droits humains.