Dans une favela de Rio de Janeiro, une trentaine de femmes se retrouvent chaque samedi dans un club d’arts martiaux pour apprendre à se protéger. Encadrées par Ana Paula Lima, professeure de boxe thaïlandaise, elles s’entraînent à esquiver les coups, à protéger leur tête en cas de chute et à se libérer d’une clé de bras. « Les femmes sont vulnérables, c’est vrai, mais il n’y a aucune raison que nous soyons sans défense », leur rappelle-t-elle. Ces cours, organisés par l’Instituto de Defesa da População Negra, une association de défense des libertés civiles, et soutenus par la mairie de Rio, répondent à une demande croissante depuis que les agressions sexistes défraient régulièrement la chronique au Brésil.

Parmi les participantes, Sabrina Fortunato, étudiante en droit âgée de 19 ans, cherche avant tout à retrouver un sentiment de sécurité physique. « Je veux me sentir plus en sécurité, explique-t-elle. Les informations sont choquantes : on a l’impression d’être en danger dans notre propre pays, jusque dans nos maisons. » Son inquiétude n’est pas isolée. Selon une enquête menée en 2025 et rapportée par Courrier International, 37,5 % des Brésiliennes déclarent avoir subi des violences (physiques, verbales, sexuelles ou harcèlement) au cours des douze derniers mois, contre 28,6 % huit ans plus tôt. Un chiffre qui illustre une tendance alarmante.

Ce qu'il faut retenir

  • Une trentaine de femmes, dont des étudiantes comme Sabrina Fortunato, participent chaque semaine à des cours d’autodéfense dans une favela de Rio de Janeiro.
  • Ces ateliers sont organisés par l’Instituto de Defesa da População Negra et la mairie de Rio après une série d’agressions sexistes médiatisées.
  • En 2025, 37,5 % des Brésiliennes déclarent avoir été victimes de violences physiques, verbales, sexuelles ou de harcèlement dans l’année, contre 28,6 % en 2017.
  • Le nombre de féminicides a augmenté de 14,5 % en cinq ans, atteignant 1 568 cas en 2025.
  • Les cours visent à redonner confiance aux femmes et à leur apprendre des techniques de protection concrètes.

Une hausse alarmante des violences de genre au Brésil

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En l’espace de huit ans, la proportion de femmes victimes de violences au Brésil a augmenté de près de neuf points. Une évolution d’autant plus préoccupante qu’elle s’accompagne d’une hausse de 14,5 % du nombre de féminicides en cinq ans, selon les données disponibles. Ces violences ne se limitent pas aux espaces publics : les agressions surviennent aussi au sein des foyers, rappelant que le danger guette les femmes dans leur quotidien.

Les agressions sexistes, qu’elles soient verbales, physiques ou sexuelles, ont marqué les esprits ces dernières années. Des affaires très médiatisées ont poussé les autorités locales et les associations à agir. C’est dans ce contexte que le club d’arts martiaux de cette favela de Rio a mis en place des ateliers d’autodéfense, en collaboration avec des organisations de défense des droits civils. « On se sent en danger chez nous, dans notre propre pays », confie Sabrina Fortunato, reflétant l’état d’esprit de nombreuses Brésiliennes aujourd’hui.

Des ateliers pour briser le sentiment d’insécurité

Les cours proposés mêlent techniques de boxe thaïlandaise, self-défense et sensibilisation. Ana Paula Lima, l’instructrice, insiste sur l’importance de la préparation mentale autant que physique. « Ces femmes viennent chercher bien plus que des mouvements, souligne-t-elle. Elles veulent retrouver une forme de contrôle sur leur sécurité. » Les participantes, issues de milieux sociaux variés, partagent cette motivation. Pour beaucoup, c’est une façon de réagir à l’impuissance face à la recrudescence des violences.

Le succès de ces ateliers ne se dément pas. Chaque samedi, une nouvelle promotion de femmes se forme, motivée par le besoin de se protéger et de briser la spirale de la peur. Les techniques enseignées sont simples mais efficaces : savoir éviter un coup, se protéger en cas de chute ou se libérer d’une prise. Autant de réflexes qui peuvent faire la différence en cas d’agression.

Un phénomène qui dépasse les frontières des favelas

Si ces cours se déroulent dans une favela de Rio, le problème des violences faites aux femmes touche l’ensemble du Brésil. Les grandes villes comme São Paulo, Belo Horizonte ou Salvador enregistrent également une augmentation des agressions, qu’elles soient urbaines ou domestiques. Les associations locales et les collectifs féministes multiplient les initiatives pour sensibiliser et protéger les femmes, mais la tâche reste immense.

« Ce n’est pas qu’une question de sécurité dans les rues, explique une militante citée par Courrier International. C’est aussi une question de liberté. Beaucoup de femmes hésitent à sortir seules le soir, à prendre les transports en commun ou même à rentrer tard chez elles. Cela limite leur autonomie. » Les ateliers d’autodéfense s’inscrivent donc dans une démarche plus large de réappropriation de l’espace public et de reconstruction de la confiance en soi.

Et maintenant ?

Alors que les violences contre les femmes continuent de progresser, les autorités brésiliennes et les associations devraient renforcer leurs actions dans les mois à venir. Plusieurs initiatives sont en discussion pour étendre l’accès à l’autodéfense dans d’autres quartiers et villes, avec un soutien accru des municipalités. Cependant, les experts soulignent que ces mesures ne suffiront pas sans une politique globale de prévention et de lutte contre les inégalités de genre. Une prochaine échéance à surveiller : le dépôt d’un nouveau plan national contre les violences faites aux femmes, prévu pour la fin de l’année 2026. Ce plan pourrait inclure des mesures de formation, de sensibilisation et de protection renforcées.

Les limites d’une réponse ponctuelle

Malgré l’engouement pour les cours d’autodéfense, les acteurs locaux reconnaissent que ces ateliers ne constituent qu’une réponse partielle à un problème structurel. « L’autodéfense est utile, mais elle ne remplace pas une société qui protège ses femmes au quotidien », rappelle une sociologue spécialiste des questions de genre. Pour elle, les violences faites aux femmes sont le symptôme d’un malaise plus profond, lié à des inégalités sociales, économiques et culturelles persistantes.

Les chiffres le confirment : les femmes issues de milieux défavorisés sont surreprésentées parmi les victimes de violences. Leur accès à la justice et à la protection reste limité, en raison de barrières économiques, administratives ou sociales. Les ateliers d’autodéfense, s’ils permettent de redonner du pouvoir aux femmes, ne suffiront pas à inverser la tendance sans une mobilisation plus large de la société et des pouvoirs publics.

Alors que le Brésil s’apprête à célébrer le premier anniversaire du nouveau gouvernement en juin 2026, les attentes des associations féministes sont fortes. « Nous espérons que cette prise de conscience se traduira par des actes concrets, affirme une représentante du collectif « Não é Não ». Cela passe par des lois plus protectrices, une meilleure application des sanctions contre les agresseurs et une éducation dès le plus jeune âge pour briser les stéréotypes de genre. »

Selon les experts, plusieurs facteurs expliquent cette hausse : l’impunité persistante des agresseurs, le manque de moyens alloués aux services de protection des victimes, les inégalités de genre structurelles et la persistance de normes sociales qui tolèrent ou minimisent les violences sexistes. La crise économique et sociale qui frappe le pays depuis plusieurs années aggrave également la situation.

Pour l’instant, ces ateliers restent concentrés dans certaines villes, principalement dans des clubs ou associations soutenus par des municipalités ou des ONG. Leur accessibilité dépend donc des moyens locaux et de la volonté politique. Cependant, des initiatives similaires se développent dans d’autres régions, souvent portées par des collectifs féministes ou des groupes de quartier.