« Ça a été très compliqué pour faire mes devoirs cette année. » Comme des milliers de candidats au baccalauréat 2026, Léa, 17 ans, élève en terminale générale dans un lycée de l’académie de Versailles, a dû concilier fiches de révision et heures de travail salarié. Une réalité partagée par un quart des lycéens en France, d’après une enquête du CNRS publiée ce printemps.
Ce qu'il faut retenir
- Un quart des lycéens exercent une activité rémunérée pendant l’année scolaire, selon une étude du CNRS.
- Le cumul emploi-révision devient une contrainte majeure à quelques jours des épreuves du bac 2026.
- Les emplois exercés sont souvent informels, comme les cours particuliers ou les petits jobs étudiants.
- Les horaires de travail empiètent sur le temps dédié aux devoirs et au sommeil.
- La pression des examens s’ajoute à celle d’un budget souvent serré pour ces jeunes.
Selon les données du CNRS, 25 % des lycéens en France occupent un emploi, rémunéré ou non, durant l’année scolaire. Une proportion qui a progressé ces dernières années, notamment en raison de l’inflation et de la hausse du coût de la vie. Les secteurs les plus concernés ? Les services aux particuliers, la restauration rapide et les jobs saisonniers. Pour Léa, ce sont des cours particuliers donnés à des collégiens deux soirs par semaine, en plus des week-ends passés à garder des enfants.
« Entre les révisions, les devoirs à rendre et les heures de cours, c’est déjà difficile de tout caser, raconte-t-elle. Alors avec deux soirs de travail en plus, c’est le stress permanent. » Son témoignage illustre une tendance qui inquiète les spécialistes de l’éducation. Pour Marie Duru-Bellat, sociologue et auteure d’une étude sur la démocratisation de l’enseignement, « ces emplois précaires ne sont pas toujours un choix, mais souvent une nécessité ». Les lycéens issus de milieux modestes seraient les plus exposés, souligne-t-elle, « car leurs familles n’ont pas toujours les moyens de subvenir à leurs besoins sans ce complément de revenus ».
« On travaille pour payer nos sorties, nos vêtements, ou simplement pour aider nos parents. Mais ça se paie au prix fort : moins de temps pour réviser, moins de sommeil, et une fatigue qui s’accumule. »
— Léa, lycéenne en terminale
Les horaires de travail varient selon les établissements. Certains lycéens optent pour des petits boulots le week-end, comme la livraison de repas ou le nettoyage de locaux. D’autres, comme Thomas, 18 ans, scolarisé à Lille, enchaînent les gardes d’enfants en soirée. « Je commence mes journées à 7h30 au lycée, je finis à 17h30, et parfois je pars en job à 18h30 », explique-t-il. Résultat : il dort en moyenne cinq heures par nuit en période d’examen. Un rythme qui, selon les médecins, peut avoir des conséquences sur la concentration et la mémorisation.
Le phénomène n’est pas nouveau, mais il s’est amplifié avec la crise économique. D’après les chiffres de l’INSEE, le pouvoir d’achat des ménages a reculé de 2,1 % en 2024, une tendance qui a poussé davantage de familles à solliciter l’aide de leurs enfants. « Avant, on parlait de jobs étudiants pendant les vacances. Aujourd’hui, c’est une réalité toute l’année pour un nombre croissant de lycéens », précise un responsable de la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE).
À l’approche des épreuves, les lycées multiplient les conseils pour aider ces élèves en tension. Certains établissements proposent désormais des ateliers sur la gestion du temps ou des aides financières d’urgence. Mais pour beaucoup, la question reste entière : comment concilier ambition scolaire et survie économique sans sacrifier ni l’un ni l’autre ?
Oui, mais sous conditions. En France, un mineur de plus de 16 ans peut travailler jusqu’à 8 heures par jour et 35 heures par semaine, en dehors des heures de cours. Un employeur doit obtenir l’autorisation des parents et respecter des règles strictes en matière de sécurité et d’horaires.