En Bolivie, un procès hautement symbolique s’ouvre ce lundi 11 mai 2026 à Sucre, capitale constitutionnelle du pays. Evo Morales, ancien président bolivien en fonction de 2006 à 2019, est poursuivi pour « traite d’être humain aggravée ». Selon RFI, il est accusé d’avoir entretenu une relation avec une mineure de 15 ans en 2015. Une affaire qui ravive les tensions politiques dans le pays, alors que l’intéressé se trouve retranché depuis dix-huit mois dans son fief du Chaparé, une région du centre de la Bolivie, pour échapper à un mandat d’arrêt.
Ce qu'il faut retenir
- Le procès d’Evo Morales s’ouvre ce 11 mai 2026 à Sucre pour « traite d’être humain aggravée », une accusation liée à une relation présumée avec une mineure de 15 ans en 2015.
- L’ancien président, en fonction de 2006 à 2019, est absent du tribunal, réfugié depuis dix-huit mois dans le Chaparé pour échapper à un mandat d’arrêt.
- Les autorités boliviennes ont émis un mandat d’arrêt à son encontre, mais Morales conteste ces charges et reste introuvable.
Un procès symbolique sans la présence de l’accusé
Le tribunal de Sucre, situé à plus de 2 800 mètres d’altitude, se prépare à entendre les arguments de la partie civile dans une affaire qui divise la Bolivie depuis des années. D’après RFI, les faits reprochés à Morales remontent à 2015, lorsqu’il était encore chef de l’État. Une plainte pour « traite d’être humain aggravée » a été déposée contre lui, l’accusant d’avoir profité de sa position pour entretenir une relation avec une adolescente de 15 ans. Morales nie farouchement ces accusations, qu’il qualifie de « manipulation politique » visant à le discréditer.
Pourtant, malgré l’absence de l’accusé, le procès devrait se dérouler comme prévu. Les avocats de la défense, désignés par Morales, devraient plaider l’illégitimité des poursuites, arguant que les charges sont motivées par des raisons politiques. « C’est une mascarade judiciaire », a d’ailleurs déclaré l’un de ses représentants à RFI. La Bolivie, qui traverse une période de polarisation politique depuis le départ de Morales en 2019, voit ce procès comme un nouveau chapitre dans la confrontation entre ses partisans et ses détracteurs.
Un mandat d’arrêt contourné par une retraite stratégique
Depuis novembre 2024, Evo Morales s’est installé dans le Chaparé, une région qu’il considère comme son bastion politique et où il bénéficie d’un soutien populaire important. Les autorités boliviennes ont tenté à plusieurs reprises de le localiser pour le placer en détention, en vain. « Morales reste introuvable, et le gouvernement n’a pas réussi à le localiser », a confirmé un haut responsable du ministère de l’Intérieur à RFI. Le Chaparé, connu pour ses plantations de coca et ses mouvements sociaux historiques, est un territoire difficile d’accès pour les forces de l’ordre, ce qui rend toute arrestation incertaine.
Cette situation pose un défi juridique et politique à La Paz. Si Morales était condamné par contumace, cela pourrait renforcer son image de « victime de la persécution politique » aux yeux de ses partisans. À l’inverse, une condamnation en son absence risquerait de compliquer toute tentative future de réconciliation nationale, alors que le pays reste divisé sur son héritage.
Un contexte politique toujours tendu en Bolivie
L’affaire Morales s’inscrit dans un climat politique bolivien particulièrement tendu. Depuis son départ forcé du pouvoir en 2019, après des accusations de fraude électorale et des violences post-électorales, le pays a connu une succession de crises politiques. Le gouvernement actuel, dirigé par Luis Arce, ancien allié de Morales, tente de stabiliser le pays, mais les divisions persistent. Les soutiens de l’ex-président dénoncent un « coup d’État institutionnel », tandis que ses opposants l’accusent de corruption et de violations des droits humains.
Dans ce contexte, le procès contre Morales pourrait raviver les tensions. Ses partisans, regroupés au sein du Mouvement vers le socialisme (MAS), ont déjà annoncé qu’ils ne reconnaîtraient pas la légitimité d’un verdict rendu en son absence. « Ce procès est une mascarade », a réaffirmé David Choquehuanca, vice-président bolivien sous Morales et aujourd’hui l’un de ses proches collaborateurs. La communauté internationale suit de près l’évolution de cette affaire, alors que la Bolivie tente de tourner la page des années Morales.
La question d’une éventuelle arrestation de Morales reste en suspens. Malgré les tentatives des autorités, le Chaparé reste un bastion difficile à pénétrer pour les forces de l’ordre. Une opération d’envergure serait nécessaire pour le localiser, mais une telle démarche risquerait de provoquer des réactions violentes dans la région. Bref, l’affaire Morales continue de hanter la Bolivie, et ce procès ne fera probablement que creuser un peu plus le fossé entre ses partisans et ses opposants.
Si Evo Morales est condamné par contumace, la justice bolivienne pourrait demander son extradition depuis le pays où il se trouverait. Cependant, Morales pourrait contester ce verdict devant les instances internationales, notamment la Cour interaméricaine des droits de l’homme, comme il l’a déjà fait par le passé. Une condamnation pourrait aussi servir de base à une demande d’extradition auprès des pays voisins, comme l’Argentine ou le Mexique, où il a déjà séjourné.