L’écrivain franco-algérien Boualem Sansal a finalement choisi de rester en France, mettant un terme à ses déclarations fracassantes de fin avril, lorsqu’il avait annoncé vouloir quitter le pays. Selon Franceinfo – Culture, l’auteur a confirmé sa décision au journal Ouest-France en marge du Printemps du livre de Montaigu, dans la Vendée.

Ce qu'il faut retenir

  • Boualem Sansal avait déclaré fin avril sur LCI : « La France, c’est fini pour moi, il me reste quelques mois à tirer dans ce pays et je me tire ».
  • L’écrivain a ensuite précisé au journal Ouest-France : « Jamais de la vie ! C’était un coup de colère », évoquant les marques de sympathie reçues dans la rue.
  • Sansal a été libéré de prison en Algérie en novembre 2025 après une grâce présidentielle, un événement qui a marqué les esprits en France.
  • Il critiquait vivement la France fin avril, la qualifiant de « pire que la dictature en Algérie » dans les colonnes du Figaro.
  • Sansal a également évoqué la libération prochaine de l’ambassadeur de France en Algérie, Christophe Gleizes, qu’il espère voir intervenir « dans les prochains jours ».

Un revirement après des propos polémiques

Fin avril, Boualem Sansal s’était exprimé avec véhémence sur LCI après avoir été reçu à l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique. « La France, c’est fini pour moi, il me reste quelques mois à tirer dans ce pays et je me tire », avait-il lancé, évoquant un départ imminent. Ces déclarations avaient surpris et suscité de nombreuses réactions, d’autant que l’auteur était de retour en France depuis sa libération en Algérie, un an plus tôt.

Pourtant, lors d’un entretien accordé au Printemps du livre de Montaigu, il a tenu à clarifier sa position. Interrogé sur son éventuel départ, il a balayé l’hypothèse d’un ton catégorique : « Non, pas du tout ! Jamais de la vie ! C’était un coup de colère », a-t-il affirmé. Sansal a justifié ce revirement en soulignant les marques de soutien reçues dans l’Hexagone, où il se dit perçu comme une figure touchée par l’injustice.

Des critiques acerbes envers la France et ses institutions

Le ton employé par Sansal fin avril contrastait fortement avec sa position actuelle. Dans une tribune publiée dans le Figaro le 25 avril 2026, il avait comparé la France à une dictature, une déclaration qui avait suscité l’incompréhension. « Je quitte Gallimard et c’est une immense cabale. Je suis traîné dans la boue matin et soir dans les journaux », avait-il confié à Ouest-France, dénonçant une campagne médiatique à son encontre.

Sansal, qui se décrit comme « l’homme à abattre », a également critiqué la maison d’édition qui l’a publié pendant des années. Selon lui, cette situation reflète une forme de rejet institutionnel, alors même que son incarcération en Algérie avait ému une partie de l’opinion française. « Je crois que mon incarcération a beaucoup touché les Français et qu’ils sont contents de me voir libre », a-t-il souligné, évoquant les soutiens reçus dans la rue.

Un espoir de détente dans les relations franco-algériennes

Parmi les éléments avancés par Sansal pour expliquer son changement d’avis, la situation diplomatique entre la France et l’Algérie occupe une place centrale. L’écrivain a salué le retour de l’ambassadeur de France à Alger, un signe qu’il interprète comme une « évolution dans le bon sens ». « Ça signifie surtout que Christophe Gleizes va être libéré dans les prochains jours, on l’espère », a-t-il déclaré, faisant référence à l’ambassadeur détenu en Algérie depuis plusieurs mois.

Cette mention de Gleizes, dont le sort reste incertain, rappelle les tensions persistantes entre les deux pays. Sansal, qui a vécu sous le régime algérien avant de s’installer en France, semble donc attacher une importance particulière à la normalisation des relations bilatérales. Son revirement sur la question de l’exil pourrait aussi s’inscrire dans une logique plus large, celle d’une réconciliation symbolique avec le pays qui l’a vu naître.

Et maintenant ?

Si Boualem Sansal a choisi de rester en France, son avenir littéraire et personnel reste à préciser. L’écrivain, qui a marqué la littérature contemporaine par des œuvres comme Le Village de l’Allemand ou 2084 : La Fin du monde, pourrait-il retrouver une place au sein des institutions culturelles françaises ? La question de sa réintégration chez Gallimard, qu’il évoque comme un rejet, ou celle de ses relations avec d’autres maisons d’édition, reste en suspens.

Par ailleurs, le sort de Christophe Gleizes et l’évolution des relations franco-algériennes pourraient jouer un rôle dans ses prochaines prises de parole. Son prochain livre, s’il voit le jour, sera sans doute scruté avec attention, à la lumière de ses récents déclarations.

Pour l’heure, Boualem Sansal semble avoir tourné la page des annonces précipitées. Son retour à une posture plus mesurée pourrait-il apaiser les tensions autour de son nom ? Une chose est sûre : ses propos continueront de susciter des débats, dans un contexte où la liberté d’expression et les relations internationales restent des sujets sensibles.