Cinq ans après le Brexit, les économistes, critiqués en 2016 pour leurs prévisions sur les conséquences de la sortie du Royaume-Uni du marché unique européen, voient leurs analyses confirmées. Selon Ouest France, les projections qui annonçaient un affaiblissement durable de l’économie britannique se révèlent justes, avec des pertes estimées entre 6 et 8 points de PIB.
Ce qu'il faut retenir
- Les économistes critiqués en 2016 pour leurs prévisions sur le Brexit avaient finalement raison, selon Ouest France.
- Le Royaume-Uni a quitté le marché unique européen, une décision jugée défavorable par les experts dès le départ.
- Les pertes économiques sont estimées entre 6 et 8 points de PIB pour le pays.
- Le discours populiste de l’époque avait ciblé les experts, les accusant d’alarmisme.
Dès le référendum de 2016, les économistes avaient mis en garde contre les risques d’un divorce avec l’Union européenne. Pourtant, leurs analyses avaient été qualifiées d’exagérées, voire de mensongères, par une partie de la classe politique et médiatique britannique. Cinq ans plus tard, les chiffres parlent d’eux-mêmes : l’économie du pays a subi un ralentissement marqué, en partie attribuable à la sortie du marché unique. Ouest France rappelle que les experts avaient souligné dès l’origine que cette décision ne pouvait que fragiliser la position économique du Royaume-Uni.
Les études réalisées depuis 2016 confirment cette tendance. Selon les modèles économiques les plus cités, la croissance du PIB britannique aurait été supérieure de 6 à 8 points si le pays était resté dans le marché unique. Ces pertes se traduisent notamment par un affaiblissement des échanges commerciaux avec l’Europe, un partenaire historique et géographique incontournable. Les secteurs industriels et financiers, particulièrement exposés, en ont fait les frais. Laurent Marchand, rédacteur en chef délégué et éditorialiste en charge de l’Europe et de l’international pour Ouest France, résume cette situation en ces termes :
« Pour de nombreux économistes, vilipendés en 2016 pour avoir osé prédire l’impact économique du Brexit, c’est une revanche un peu amère. Les experts étaient (et sont encore) la cible du discours populiste. Ils avaient pourtant raison. Quitter le marché unique, immense voisin, ne pouvait que léser le marché britannique. »
L’argumentaire des détracteurs du Brexit reposait alors sur la nécessité de retrouver une souveraineté économique, quitte à en payer le prix. Mais les faits montrent que le coût a été bien réel. Les échanges commerciaux entre le Royaume-Uni et l’UE ont chuté, les investissements étrangers se sont réduits, et la livre sterling a perdu une partie de sa valeur. Ces éléments, combinés à d’autres facteurs comme la pandémie de Covid-19, ont accentué la dégradation de la situation.
Les économistes, eux, appellent à une évaluation objective des conséquences du Brexit. Laurent Marchand souligne que les débats sur la souveraineté doivent désormais intégrer les réalités économiques : « Le choix politique a été fait, mais ses implications se mesurent désormais dans les chiffres. » Autant dire que le débat n’est pas près de s’éteindre.
Les secteurs les plus affectés sont l’agroalimentaire, l’automobile, la finance et la pêche. L’agroalimentaire a subi des perturbations majeures en raison des contrôles douaniers renforcés, tandis que l’industrie automobile a vu ses chaînes d’approvisionnement ralenties. La City de Londres, bien que toujours dynamique, a perdu une partie de son attractivité pour les entreprises européennes, qui ont préféré s’installer dans des places financières continentales comme Francfort ou Paris.