Alors que le Canada se présente comme une terre d’accueil pour les étudiants internationaux, deux chercheuses de l’université McGill, à Montréal, révèlent dans The Conversation un traitement inégalitaire de la part des autorités canadiennes. Selon Courrier International, Yvonne Zhang et Emma Harden-Wolfson, spécialistes en éducation à McGill, pointent du doigt une politique migratoire qui oscille entre ouverture sélective et restrictions ciblées.
Ce qu'il faut retenir
- En janvier 2024, le gouvernement canadien a instauré un plafond historique sur les inscriptions d’étudiants étrangers, une mesure inédite dans l’histoire du pays.
- Les règles mises en place par le ministère de l’Immigration (IRCC) depuis 2022 sont jugées « incohérentes » par les deux universitaires, qui ont analysé l’ensemble des annonces officielles jusqu’en juillet 2025.
- Le Canada facilite l’accès aux visas pour les étudiants ukrainiens, mais impose des restrictions strictes aux jeunes Palestiniens, avec seulement 5 000 visas attribués en quatre mois.
- Les étudiants indiens, nigérians et guinéens pourraient bientôt être soumis à des quotas similaires, dans un contexte de pression accrue sur le marché du logement et du travail.
- En 2026, le vérificateur général du Canada a qualifié ces réformes d’inefficaces, soulignant une baisse de 60 % des inscriptions internationales.
Une politique migratoire à géométrie variable
Le Canada, souvent perçu comme une destination accueillante pour les étudiants étrangers, applique en réalité des critères d’admission variables selon les nationalités. Yvonne Zhang et Emma Harden-Wolfson, qui enseignent à la prestigieuse université McGill, expliquent dans The Conversation que les règles instaurées par l’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) depuis 2022 manquent de cohérence. « Un changement de politique important est survenu en janvier 2024, lorsque le gouvernement fédéral a imposé un plafond sans précédent aux inscriptions d’étudiants internationaux », rappellent-elles.
Les deux chercheuses ont passé au crible l’ensemble des communications officielles de l’IRCC entre janvier 2022 et juillet 2025. Leur conclusion est sans appel : ces mesures, présentées comme une réponse aux pressions sur les services publics et le logement, s’accompagnent de discriminations flagrantes. « La manière dont l’IRCC associe la géopolitique et les enjeux nationaux au recrutement étudiant légitime un contrôle de l’immigration discriminatoire fondé sur la race, l’origine ethnique et la nationalité des étudiants », dénoncent-elles dans leur tribune.
Des exceptions géopolitiques qui creusent les inégalités
L’analyse des deux universitaires met en lumière des disparités troublantes dans le traitement des demandes de visa. Alors que le Canada ouvre grand ses portes aux étudiants ukrainiens – près d’un million de demandes approuvées dans le cadre du Programme d’autorisation de voyage Canada-Ukraine, conduisant à l’installation de 300 000 Ukrainiens –, la situation des Palestiniens contraste fortement. Un programme spécial leur était réservé, mais assorti de conditions drastiques : seulement 5 000 visas de visiteur temporaire étaient disponibles pour ceux ayant des liens familiaux au Canada. Ce dispositif, limité à quatre mois, a été fermé dès que le quota a été atteint.
Les chercheurs soulignent également que les étudiants en provenance de pays comme l’Inde, le Nigeria ou la République de Guinée pourraient prochainement être concernés par des plafonds similaires. Une décision qui, selon elles, « crée de la discrimination » et renforce les stéréotypes sur certains pays. « Les étudiants internationaux sont incités à venir contribuer à l’économie canadienne, mais on leur reproche ensuite de peser sur le marché du travail, les services sociaux et le logement », déplorent-elles.
Des réformes jugées inefficaces par les autorités canadiennes
En 2026, le vérificateur général du Canada, équivalent de la Cour des comptes française, a rendu un rapport accablant sur ces réformes. Dans son évaluation, il estime que les nouvelles règles, loin de résoudre les problèmes de saturation des services publics, ont aggravé les inégalités et provoqué une chute de 60 % des inscriptions internationales. Une baisse qui interroge sur l’efficacité à long terme d’une politique censée attirer les talents tout en contrôlant les flux migratoires.
Les deux chercheuses de McGill rappellent que ces mesures s’inscrivent dans un contexte plus large de remise en question du modèle canadien d’accueil. « Le Canada se présente toujours comme un refuge sûr, mais tous les étudiants n’y ont pas accès de la même façon », constatent-elles. Leur analyse rejoint les critiques d’associations de défense des droits humains, qui dénoncent une instrumentalisation de l’immigration estudiantine à des fins géopolitiques.
En attendant, les universités canadiennes, dont McGill, pourraient subir les conséquences de cette politique. Avec une baisse des inscriptions, certaines facultés risquent de perdre des revenus essentiels, tandis que d’autres pourraient revoir leurs stratégies de recrutement à l’international. Pour les étudiants étrangers, la situation reste donc incertaine, entre espoirs d’une régularisation et craintes de nouvelles restrictions.
Selon les autorités canadiennes, ces restrictions visent à limiter la pression sur le marché du logement, les services sociaux et le marché du travail. Le gouvernement argue que ces mesures permettent de mieux contrôler l’afflux d’étudiants internationaux, tout en préservant la qualité des infrastructures publiques.
Les universités, dont certaines dépendent à plus de 30 % des frais de scolarité des étudiants étrangers, subissent une baisse de revenus. Certaines pourraient réduire leurs effectifs ou repenser leurs programmes d’accueil, tandis que d’autres risquent de perdre des partenariats internationaux.