Selon Le Monde - Education, la vague de chaleur exceptionnelle qui traverse la France depuis plusieurs jours place les établissements scolaires dans une situation critique. Sur l’ensemble du territoire, écoles, collèges et lycées ont signalé des températures intenables en classe, rendant les conditions d’enseignement quasi impossibles. Les acteurs du secteur dénoncent, une fois encore, l’absence de mesures concrètes de la part des collectivités locales, responsables des bâtiments, et de l’Éducation nationale, chargée de garantir la sécurité des élèves et des personnels.
Ce qu'il faut retenir
- Des températures dépassant 30°C dans les salles de classe, parfois dès 10 heures du matin, selon les remontées des établissements.
- Les collectivités locales et l’Éducation nationale pointées du doigt pour leur manque d’action face à ce problème récurrent.
- Des enseignants contraints de réorganiser les emplois du temps ou d’annuler des cours pour éviter les malaises.
- Une décennie de retard dans la rénovation des bâtiments scolaires, aggravée par l’absence de climatisation généralisée.
Des salles de classe transformées en fournaises
Les relevés de température effectués dans plusieurs académies confirment l’ampleur du phénomène. À Paris, dans un collège du 18e arrondissement, le thermomètre affichait 32°C à 11 heures, alors que les cours commençaient à peine. Dans le sud de la France, où les vagues de chaleur sont plus fréquentes, des lycées ont enregistré des pics à 35°C dès le milieu de matinée. « Dans ces conditions, ça ne s’appelle plus faire cours », a déploré une professeure de sciences naturelles en région Auvergne-Rhône-Alpes, citée par Le Monde - Education.
Les enseignants tentent de s’adapter tant bien que mal : cours décalés en début ou fin de journée, annulations de séances en présentiel, ou recours massif aux ressources numériques. Pourtant, ces solutions restent limitées. « On se retrouve à improviser des activités à l’ombre dans la cour, mais après 14 heures, il n’y a plus un seul endroit où l’air circule », explique un professeur de technologie en Occitanie. Les élèves, eux, peinent à se concentrer, certains souffrant de maux de tête ou de coups de chaleur.
Des responsabilités politiques sous le feu des critiques
Face à l’urgence, les syndicats enseignants et les associations de parents d’élèves réclament des mesures immédiates. « Le problème n’est pas nouveau, mais les réponses le sont encore moins », a rappelé Sophie Vénétitay, secrétaire générale du SNES-FSU, dans un communiqué publié hier. Selon elle, les collectivités locales, en charge de la rénovation des bâtiments, n’ont pas suffisamment investi dans l’isolation thermique ou l’installation de systèmes de refroidissement. Quant à l’Éducation nationale, elle se retranche derrière le manque de moyens alloués par l’État pour justifier son inaction.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : selon un rapport de la Cour des comptes publié en 2024, moins de 5 % des écoles maternelles et élémentaires étaient équipées de climatisation en 2023. Pour les collèges et lycées, la proportion atteint à peine 10 %, un taux jugé insuffisant par les experts en santé publique. « On a construit des établissements scolaires sans se soucier du confort thermique, alors que les canicules vont se multiplier avec le réchauffement climatique », a dénoncé un climatologue interrogé par Le Monde - Education.
Un phénomène qui dépasse les frontières nationales
La France n’est pas la seule concernée. En Espagne, en Italie ou en Grèce, les écoles ferment temporairement leurs portes lorsque les températures dépassent les 34°C, par crainte des risques sanitaires pour les enfants. En Allemagne, certaines villes ont adopté des « plans canicule » pour les établissements scolaires, incluant des horaires aménagés et des salles rafraîchies. Pourtant, en France, aucune mesure nationale n’a été prise à ce jour, malgré les alertes répétées des scientifiques.
Les professionnels de l’éducation s’interrogent : pourquoi les pouvoirs publics attendent-ils une crise sanitaire pour agir ? « On nous demande de faire cours dans des conditions indignes, mais personne ne semble pressé de résoudre le problème », a critiqué un principal de collège en Île-de-France. Le ministère de l’Éducation nationale n’a pas répondu à nos demandes de commentaire pour l’heure.
Entre l’urgence climatique et les limites budgétaires, le dossier des salles de classe surchauffées illustre une fois de plus les tensions entre impératifs écologiques et réalités économiques. La question n’est plus de savoir si les établissements scolaires doivent s’adapter, mais à quel rythme.
Parmi les mesures temporaires évoquées, on cite la ventilation nocturne des locaux, l’installation de ventilateurs ou de brumisateurs, et l’aménagement des emplois du temps pour éviter les heures les plus chaudes. Cependant, ces solutions restent partielles et ne traitent pas la cause structurelle du problème.