L’Europe suffoque sous une vague de chaleur inhabituellement précoce, selon Euronews FR. Le Royaume-Uni a enregistré en mai 2026 la température la plus élevée jamais mesurée pour ce mois, tandis que la France a activé pour la première fois son système national d’alerte canicule dès le mois de mai, une première depuis la création de ce dispositif en 2004. Autant dire que ces épisodes, de plus en plus fréquents, deviennent « la nouvelle normalité » climatique.

Ce qu'il faut retenir

  • En 2025, la consommation électrique française a bondi de 25 % lors des pics de chaleur en soirée, un niveau bien inférieur à celui de New York où l’augmentation a atteint 90 %, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE).
  • La climatisation représente aujourd’hui près de 1 milliard de tonnes de CO₂ par an, soit 3 % des émissions mondiales, et ses fluides frigorigènes amplifient son impact climatique.
  • D’ici 2050, plus de 80 % de la demande mondiale d’électricité pour le refroidissement proviendra des économies émergentes et en développement, alerte l’AIE.
  • À efficacité égale, un climatiseur réglé à 26 °C au lieu de 24 °C permet de réduire la consommation d’énergie de 30 %, notamment dans les bâtiments bien isolés.
  • L’isolation des logements et les protections solaires peuvent réduire jusqu’à 80 % les besoins en refroidissement, tandis que les espaces verts urbains abaissent localement les températures de 7 °C.

Alors que les températures grimpent plus tôt dans l’année, la dépendance à la climatisation s’intensifie partout dans le monde. Dans les pays en développement, cette tendance est particulièrement marquée : selon l’AIE, plus de 80 % de la demande supplémentaire d’électricité pour le refroidissement d’ici 2050 devrait provenir de ces régions. Une situation qui pose un défi majeur pour les réseaux électriques, déjà mis à rude épreuve lors des premières canicules de l’été 2025. En France, où l’équipement en climatiseurs reste modéré, la consommation d’électricité a tout de même bondi de 25 % en soirée pendant les pics de chaleur. À New York, où les systèmes de refroidissement sont omniprésents, l’augmentation a atteint 90 %, selon les données de l’agence.

Un cercle vicieux énergétique et climatique

Si la climatisation améliore le confort et limite les risques sanitaires liés aux fortes chaleurs, elle engendre aussi des effets pervers. Clara Camarasa, experte à l’AIE, résume la situation : « La climatisation peut exercer une pression immense sur les réseaux électriques et accélérer les émissions de gaz à effet de serre, aggravant ainsi la crise climatique. » L’agence souligne que les fluides frigorigènes utilisés dans ces appareils, comme les hydrofluorocarbures (HFC) ou les hydrochlorofluorocarbures (HCFC), retiennent dans l’atmosphère une quantité de chaleur des milliers de fois supérieure à celle du CO₂. Autre problème : ces systèmes rejettent la chaleur qu’ils extraient des bâtiments dans les zones urbaines, contribuant à l’effet d’île de chaleur. Résultat, les villes deviennent encore plus chaudes, ce qui pousse à augmenter encore le recours à la climatisation.

En milieu urbain, cette boucle infernale est particulièrement visible. Les climatiseurs, en rafraîchissant l’intérieur des bâtiments, expulsent de l’air chaud à l’extérieur, où il est ensuite réabsorbé par les matériaux urbains. « Les systèmes de climatisation rafraîchissent les bâtiments en rejetant de la chaleur dans les zones urbaines, qui l’emmagasinent puis la restituent, notamment la nuit », explique Clara Camarasa. Un phénomène qui, combiné à l’urbanisation croissante, aggrave encore les températures locales.

Des solutions existent, mais leur adoption reste inégale

Face à ce constat, les experts de l’AIE plaident pour une approche globale combinant efficacité énergétique et conception intelligente des bâtiments. Premier levier : améliorer la performance des équipements. À l’échelle mondiale, un climatiseur neuf moyen n’atteint que la moitié de l’efficacité des meilleurs modèles disponibles. Pourtant, des appareils plus performants ne sont pas nécessairement plus chers. Selon les analyses de l’AIE en Asie du Sud-Est et en Amérique latine, pour un même budget, les consommateurs peuvent opter pour des climatiseurs dont l’efficacité varie de 3 watts par watt (W/W) à plus de 6 W/W, soit un niveau d’efficacité doublé pour un coût identique.

Mais l’efficacité des appareils ne suffit pas. Les utilisateurs peuvent aussi réduire leur consommation en ajustant la température de consigne. Une étude menée à Singapour a montré que les participants se sentaient tout aussi à l’aise, voire plus, lorsque les climatiseurs étaient réglés à 26 °C plutôt qu’à 24 °C, à condition d’utiliser un ventilateur en complément. Cette pratique permet d’économiser jusqu’à 30 % d’énergie dans un bâtiment bien isolé. Les pompes à chaleur air-air représentent une autre alternative, même si leur utilisation pour le rafraîchissement reste moins optimale que pour le chauffage, où elles se révèlent bien plus économes en énergie.

Repenser les villes et les logements pour réduire la dépendance à la climatisation

La solution passe aussi par une refonte des bâtiments et des espaces urbains. À l’échelle des logements, une isolation performante et des protections solaires extérieures peuvent réduire jusqu’à 80 % les besoins en refroidissement. Les techniques de rafraîchissement passif, comme la ventilation naturelle, permettent d’abaisser la température intérieure de jusqu’à 9 °C. Pour les villes, l’enjeu est tout aussi crucial. À Paris, lors d’une vague de chaleur en 2025, les températures nocturnes dans un parc du centre-ville étaient jusqu’à 7 °C plus basses que dans les zones urbanisées voisines. Depuis 2020, la capitale a planté plus de 100 000 arbres, dont 40 000 pendant l’hiver 2023, dans le cadre de sa politique de végétalisation.

Les décideurs sont appelés à intégrer la gestion de la chaleur dans l’urbanisme. Clara Camarasa insiste : « Les décideurs doivent désormais tenir compte de la hausse de la demande de refroidissement en adoptant une approche globale et de long terme qui associe amélioration de l’efficacité des équipements et prise en compte du rafraîchissement dans la conception des bâtiments et de l’urbanisme. » Certaines villes vont plus loin en développant des « refuges climatiques » dans des bâtiments publics comme les bibliothèques, musées ou centres sportifs. En Espagne, un réseau national est en cours de déploiement, s’appuyant sur des initiatives régionales comme celles de la Catalogne, du Pays basque ou de Murcie. À Barcelone, 400 refuges climatiques sont déjà opérationnels, offrant un accès gratuit à l’eau et à des espaces climatisés pour les personnes vulnérables.

Et maintenant ?

Si les alternatives à la climatisation classique existent, leur généralisation dépendra des politiques publiques et des comportements individuels. L’AIE souligne que d’ici 2050, le parc de climatiseurs en Europe pourrait être multiplié par quatre par rapport à 2023. Pour éviter une saturation des réseaux électriques et une explosion des émissions, les gouvernements devront accélérer les normes d’efficacité énergétique et soutenir les innovations en matière de refroidissement durable. La prochaine échéance ? Le sommet climatique COP32, prévu en 2027, où ces enjeux pourraient figurer parmi les priorités.

Ces défis s’inscrivent dans un contexte plus large de multiplication des épisodes de chaleur extrême. L’Organisation des Nations unies (ONU) a récemment alerté sur la persistance du phénomène El Niño jusqu’en 2028, promettant des records de température au cours des cinq prochaines années. Autant dire que la question du rafraîchissement, loin de n’être qu’un sujet technique, devient un enjeu de société majeur.

Les climatiseurs fonctionnent en absorbant la chaleur à l’intérieur des bâtiments et en la rejetant à l’extérieur. En milieu urbain dense, cette chaleur accumulée est ensuite réabsorbée par les matériaux comme le béton ou l’asphalte, qui la restituent, notamment la nuit. Résultat : la température extérieure augmente, ce qui pousse à augmenter encore le recours à la climatisation, créant un cercle vicieux.