Naître par césarienne plutôt que par voie basse n’a pas les mêmes conséquences selon que l’on est une fille ou un garçon. Selon Futura Sciences, des chercheurs français de l’Inrae viennent de montrer que le mode d’accouchement modifie précocement le microbiote intestinal et pourrait influencer différemment le risque de certaines maladies à l’âge adulte, notamment la colite chez les hommes.

Ce qu'il faut retenir

  • Les bébés nés par césarienne présentent une signature immunitaire et microbienne distincte de ceux nés par voie naturelle, dès les premiers jours.
  • À l’âge adulte, seuls les mâles nés par césarienne développent une sensibilité accrue à la colite, une maladie inflammatoire chronique de l’intestin.
  • Les chercheurs ont observé un déséquilibre précoce en bactéries productrices de butyrate, un métabolite bénéfique pour la santé intestinale, chez les souris mâles nées par césarienne.
  • L’étude, publiée dans la revue Gut microbes, suggère que la césarienne « programme » des trajectoires microbiennes et immunitaires différentes selon le sexe.
  • Plus de 40 % des naissances sont réalisées par césarienne au Brésil, et le taux mondial pourrait atteindre 30 % d’ici 2030.

Un microbiote intestinal modifié dès la naissance

Plusieurs études ont déjà établi un lien entre la colonisation microbienne à la naissance et le développement de maladies non transmissibles comme l’asthme, les allergies, les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI) ou l’obésité. D’après Futura Sciences, naître par césarienne perturbe cette étape cruciale de la formation du microbiote. Chez les souris, les chercheurs de l’Inrae ont observé que cette altération était particulièrement marquée dans les tout premiers jours de vie, quel que soit le sexe.

Cependant, avec le temps, les trajectoires divergent. « Les mâles et les femelles réagissent différemment aux modifications du microbiote ou de la barrière intestinale », explique l’un des auteurs de l’étude. Par exemple, l’asthme est plus fréquent chez les filles nées par césarienne, tandis que le risque d’obésité est majoré chez les garçons. Côté cerveau, les garçons présentent un risque accru de troubles neurodéveloppementaux, alors que les filles sont davantage exposées à des retards moteurs.

La colite, un risque accru uniquement chez les mâles

Les expérimentations menées sur des souris ont révélé que seuls les individus mâles nés par césarienne développent une sensibilité accrue à la colite à l’âge adulte. Cette maladie, qui résulte d’une irritation ou d’une agression de la muqueuse du côlon, peut évoluer vers une inflammation chronique. Les chercheurs ont identifié un mécanisme clé : un excès précoce, suivi d’un déficit tardif, de bactéries capables de produire du butyrate, un métabolite essentiel au maintien de la santé intestinale.

Ce déséquilibre s’accompagne d’une altération de la barrière intestinale chez les mâles. « On parle d’intestin perméable ou de leaky gut syndrome », précise l’étude. Cette perméabilité accrue favoriserait le passage de substances nocives dans le sang, augmentant ainsi le risque de maladies inflammatoires. Autant dire que la césarienne, en modifiant précocement le microbiote, pourrait avoir des conséquences à long terme, mais uniquement pour les garçons.

Vers des probiotiques ciblés pour les nouveau-nés par césarienne ?

Les résultats publiés dans Gut microbes ouvrent la voie à de nouvelles stratégies préventives. Les auteurs envisagent d’identifier des souches probiotiques capables de restaurer un microbiote sain dès la naissance chez les bébés nés par césarienne. Leurs prochaines expérimentations porteront sur des souris conventionnelles et des souris ayant reçu un microbiote humain, afin de valider ces pistes.

Cette recherche pourrait s’étendre à d’autres pathologies, comme l’asthme, pour évaluer l’impact combiné du mode d’accouchement et du sexe sur le risque de maladies. D’ici là, les scientifiques appellent à prendre en compte le sexe et l’empreinte microbienne précoce dans les stratégies de prévention des troubles intestinaux chez les enfants nés par césarienne.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes consisteront à tester l’efficacité de probiotiques spécifiques chez les nouveau-nés par césarienne, avec une attention particulière portée aux souches productrices de butyrate. Une fois les résultats confirmés chez l’animal, des essais cliniques pourraient être lancés d’ici deux à trois ans. En attendant, les auteurs de l’étude soulignent l’importance d’éviter les césariennes non médicalement justifiées, conformément aux recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Le poids croissant des césariennes dans le monde

Le recours à la césarienne ne cesse d’augmenter. Selon les dernières données, 21 % des naissances dans le monde sont réalisées par cette méthode, un chiffre qui atteint plus de 40 % dans certains pays comme le Brésil. L’OMS recommandait en 1985 de limiter ce taux à 10–15 %, mais la pratique s’est généralisée, souvent pour des raisons de commodité médicale ou personnelle. D’ici 2030, les projections suggèrent que le taux mondial pourrait frôler les 30 %.

Cette tendance soulève des questions sur les conséquences à long terme, notamment pour les garçons. Si les mécanismes identifiés chez la souris se confirment chez l’humain, cela pourrait conduire à repenser les protocoles de naissance pour les grossesses à faible risque. Pour l’heure, les experts insistent sur le fait que la césarienne reste une intervention vitale quand elle est médicalement nécessaire.

« La naissance par césarienne entraîne des modifications du microbiote qui pourraient avoir pour conséquence, chez les garçons uniquement, un risque futur majoré de colite. » — Extrait de l’étude publiée dans Gut microbes, selon Futura Sciences

Selon l’étude, les filles nées par césarienne présentent un risque accru d’asthme, tandis que les garçons ont un risque plus élevé d’obésité et de colite à l’âge adulte. Côté neurologique, les garçons sont plus exposés aux troubles neurodéveloppementaux (TDAH, autisme), et les filles aux retards moteurs.

Les chercheurs envisagent d’utiliser des probiotiques adaptés dès la naissance pour restaurer un microbiote sain. Cependant, ces pistes sont encore au stade expérimental et nécessitent des essais cliniques supplémentaires avant une application généralisée.

Avec Véronique Molénat, selon Futura Sciences.