Le groupe européen KNDS a présenté lundi 15 juin 2026, à l’occasion du salon Eurosatory, un nouveau char de combat conçu comme une solution intermédiaire entre le Leclerc français, dont le cycle de vie arrive à son terme, et le futur système de combat terrestre franco-allemand MGCS. Baptisé Capint (Capacité intermédiaire), ce blindé est présenté comme une plateforme évolutive, dotée de capacités avancées en lutte antidrones, numérisation du champ de bataille et coopération avec des systèmes robotisés.

Selon BFM Business, cette annonce intervient à un moment où le char Leclerc, actuellement en cours de rénovation par l’armée de terre française, devrait atteindre ses limites opérationnelles vers 2035. « À l’horizon 2035, il sera au bout du rouleau », a déclaré dimanche 14 juin le général Philippe de Montenon, commandant des forces et des opérations terrestres ainsi que commandant Terre pour l’Europe, devant la presse.

Ce qu'il faut retenir

  • KNDS a dévoilé Capint, un char de transition devant entrer en service dans les années 2030, combinant un châssis Leopard 2 A8 allemand et une tourelle téléopérée française Ascalon.
  • Le char Leclerc, en rénovation, devrait atteindre ses limites opérationnelles vers 2035, selon le général Philippe de Montenon.
  • Le projet MGCS, censé remplacer à terme les chars Leclerc et Leopard 2, souffre de tensions industrielles franco-allemandes et de la concurrence de Rheinmetall, qui propose déjà son démonstrateur KF51 Panther.
  • KNDS a également présenté Loras, une famille de systèmes d’artillerie à très longue portée (jusqu’à 100 km avec certaines munitions), compatible avec les standards OTAN.

Un char de transition pour combler un vide capacitaire

Le Capint s’inscrit comme une réponse aux retards persistants du programme MGCS (Main Ground Combat System), un projet franco-allemand lancé en 2017 pour remplacer à horizon 2045 les chars Leclerc et Leopard 2. « Ce char de transition doit nous permettre de maintenir une capacité opérationnelle entre la fin de vie du Leclerc et l’arrivée du MGCS », explique un porte-parole de KNDS. Le véhicule repose sur une architecture modulaire, avec un châssis dérivé du Leopard 2 A8 allemand et une tourelle téléopérée française Ascalon, conçue pour intégrer des systèmes de combat futurs.

Le Capint se distingue par ses capacités de lutte antidrones, sa numérisation avancée du champ de bataille et sa compatibilité avec des systèmes robotisés. « Nous voulons en faire une brique de transition vers le MGCS, avec une mise en service prévue dans les années 2030 », précise Jean-Paul Alary, directeur général de KNDS, dans un communiqué. L’objectif est clair : éviter une rupture capacitaire pour les armées européennes, alors que les tensions géopolitiques accentuent la nécessité de disposer de blindés modernes.

MGCS, un projet fragilisé par les tensions franco-allemandes

Le programme MGCS, initialement porté par une collaboration équilibrée entre la France et l’Allemagne, a vu son équilibre remis en cause par l’arrivée de Rheinmetall en 2019. Le groupe allemand, déjà présent avec son démonstrateur KF51 Panther, propose une alternative crédible aux industriels français et allemands. « Rheinmetall s’impose comme un acteur clé en Europe, avec des partenariats concrets, comme celui engagé avec la Hongrie ou celui envisagé pour le futur char italien en collaboration avec Leonardo », souligne un expert du secteur, cité par BFM Business en septembre 2025.

Les tensions industrielles et politiques entre Paris et Berlin ont ralenti le projet MGCS, au point que certains observateurs évoquent un possible retrait de la France après l’abandon du programme SCAF (Système de Combat Aérien du Futur). « À l’heure actuelle, il n’y a aucune offre, aucune plateforme opérationnelle, mais une concurrence accrue entre KNDS France et KNDS Allemagne », relevait déjà un connaisseur du secteur en septembre 2025. Cette situation place KNDS dans une position délicate, alors que l’entreprise a été créée en 2015 pour consolider l’industrie européenne de défense terrestre face à la concurrence américaine (General Dynamics) et à l’expansion de Rheinmetall.

KNDS mise aussi sur l’artillerie longue portée avec Loras

En parallèle de la présentation du Capint, KNDS a dévoilé Loras, une famille de systèmes d’artillerie à très longue portée. Ce système, calibré en 155 mm/58, affiche des portées supérieures à 60 km, pouvant atteindre 100 km avec certaines munitions. « Loras est conçu pour accroître les capacités de frappe dans la profondeur des armées européennes », indique KNDS dans un communiqué. Ce système est modulaire et peut être intégré à différents types de véhicules, chenillés ou à roues, tout en respectant les standards OTAN existants.

Cette initiative s’inscrit dans la stratégie de KNDS pour renforcer l’autonomie stratégique européenne. « Nous réunissons les savoir-faire français et allemands au sein de solutions uniques, entièrement intégrées, conçues, développées et soutenues par une seule entreprise », déclare Jean-Paul Alary. Loras pourrait ainsi devenir un complément essentiel aux capacités de feu des blindés, en attendant l’arrivée des futurs systèmes de combat.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes pour KNDS consisteront à finaliser le développement du Capint et à le proposer aux armées françaises et européennes pour une entrée en service prévue dans les années 2030. Pour le MGCS, la situation reste incertaine : les négociations entre la France et l’Allemagne sur l’architecture du projet devraient se poursuivre d’ici fin 2026, mais aucun calendrier précis n’a été communiqué. Quant à Rheinmetall, le groupe allemand pourrait accélérer le déploiement de son KF51 Panther, notamment si les retards du MGCS persistent. Enfin, Loras pourrait être testé par plusieurs armées européennes d’ici 2028, en fonction des besoins opérationnels.

Cette annonce de KNDS intervient dans un contexte de montée des tensions en Europe, où les armées cherchent à moderniser leurs équipements face aux menaces émergentes. Si le Capint et Loras offrent des solutions à court terme, la réussite du MGCS reste cruciale pour garantir une autonomie stratégique européenne à long terme.

Le programme MGCS souffre de tensions industrielles et politiques entre la France et l’Allemagne, ainsi que de la concurrence accrue de Rheinmetall, qui propose déjà son démonstrateur KF51 Panther. L’arrivée de Rheinmetall dans le projet en 2019 a bousculé l’équilibre initial, et les désaccords persistent sur l’architecture du futur char.

Rheinmetall propose le KF51 Panther, déjà engagé dans un programme de développement avec la Hongrie et pressenti pour équiper l’Italie via un partenariat avec Leonardo. Par ailleurs, le Capint de KNDS et les systèmes d’artillerie Loras offrent des solutions transitoires en attendant l’arrivée de MGCS.