Le marché du bricolage enregistre une nouvelle année de recul en 2025, selon BFM Business. Après deux années record en 2021 et 2022, marquées par l’essor de l’aménagement intérieur et extérieur lié à la crise sanitaire, le secteur entame une troisième année consécutive de baisse. Les grandes surfaces spécialisées, dont Leroy Merlin, Castorama ou encore Mr Bricolage et Bricomarché, ont réalisé un chiffre d’affaires global de 21,8 milliards d’euros, en recul de 1,4 % par rapport à 2024.

Ce qu'il faut retenir

  • En 2025, le marché du bricolage atteint 21,8 milliards d’euros, en baisse de 1,4 % sur un an, soit une troisième année consécutive de repli.
  • Le chiffre d’affaires reste cependant supérieur à son niveau d’avant-crise, avec 20 milliards d’euros en 2019.
  • Deux rayons enregistrent une croissance : le chauffage (+3,3 %), porté par les épisodes caniculaires, et l’électricité (+0,6 %), grâce à l’intérêt pour les travaux de rénovation.
  • Les rayons bois-menuiserie (-2,4 %) et plomberie-salle de bain-cuisine (-1,5 %) reculent en 2025.
  • Les ventes en ligne progressent de 7,7 %, tandis que celles en magasin chutent de 1,9 %.
  • Les transactions immobilières dans l’ancien ont augmenté de 14 %, avec 951 000 ventes en 2025, souvent suivies de rénovations lourdes.

Un marché en repli après le boom post-Covid

Le secteur du bricolage avait atteint son apogée en 2021 et 2022, avec un chiffre d’affaires de 23,4 milliards d’euros chaque année. Cette performance s’expliquait alors par la période de confinement, qui avait poussé les ménages à investir dans l’aménagement de leur logement et de leur jardin. Depuis 2023, le marché amorce un retour à la normale, mais cette fois sous l’effet d’un environnement économique toujours complexe. « Malgré trois années consécutives de recul, le marché demeure supérieur à son niveau d’avant-crise sanitaire », ont souligné la Fédération des magasins de bricolage (FMB) et Inoha (les industriels du secteur) dans un communiqué commun.

Pour Paul Cassignol, président de la FMB, la baisse actuelle s’explique en partie par les « arbitrages de consommation » imposés par un contexte économique difficile. Pourtant, il rappelle que « les Français continuent de considérer leur habitat comme une valeur refuge ». Une tendance qui tempère l’ampleur du recul et laisse penser que les dépenses liées au logement conservent une place centrale dans le budget des ménages.

Des disparités marquées entre les rayons

Tous les segments du bricolage ne subissent pas la même dynamique. Deux rayons se distinguent par leur progression en 2025 : le chauffage, qui enregistre une hausse de 3,3 %, et l’électricité, en légère croissance de 0,6 %. Pour le premier, la demande est tirée par les épisodes caniculaires répétés, qui ont dopé les ventes de climatiseurs et de ventilateurs. Côté électricité, l’engouement des particuliers pour les travaux de rénovation et les installations électriques explique cette dynamique positive.

À l’inverse, d’autres rayons reculent de manière plus marquée. La bois-menuiserie affiche un repli de 2,4 %, tandis que la plomberie, la salle de bain et la cuisine perdent 1,5 % par rapport à 2024. Ces secteurs, souvent associés à des projets de rénovation plus lourds, subissent de plein fouet le ralentissement général du marché. « L’environnement économique pousse les ménages à prioriser leurs dépenses », analyse un expert du secteur, qui estime que les projets les plus coûteux sont reportés ou réduits.

L’immobilier ancien, un moteur malgré tout

Un autre indicateur intrigue les observateurs : les transactions immobilières dans l’ancien ont progressé de 14 % en 2025, atteignant 951 000 ventes. Un chiffre qui s’explique en partie par la stabilisation des taux d’intérêt et une offre qui s’est adaptée à la demande post-Covid. Or, ces acquisitions s’accompagnent souvent de travaux de rénovation, ce qui constitue traditionnellement un levier important pour le marché du bricolage. « L’achat d’un logement ancien génère des besoins en aménagements et en améliorations énergétiques », rappelle la FMB.

Cette tendance pourrait atténuer, en partie, l’impact de la baisse globale du secteur. Les professionnels estiment que les nouveaux propriétaires, même en contexte économique contraint, consacrent une partie de leur budget aux améliorations de leur habitat. Reste à savoir si cette dynamique suffira à inverser la tendance à moyen terme.

Le e-commerce confirme son essor, les magasins physiques en difficulté

Une autre évolution majeure concerne la répartition des ventes entre les canaux de distribution. En 2025, les ventes en ligne ont progressé de 7,7 %, représentant désormais 6,2 % du chiffre d’affaires total des grandes surfaces de bricolage. À l’inverse, les ventes en magasin reculent de 1,9 %, confirmant une tendance de fond observée depuis plusieurs années. « Les consommateurs privilégient la commodité et la comparaison des prix en ligne », explique un porte-parole de la FMB.

Cette évolution pose la question de l’adaptation des enseignes physiques, qui doivent désormais concilier expérience en magasin et développement de leur présence digitale. Certaines, comme Leroy Merlin, ont déjà investi massivement dans leurs plateformes en ligne et dans des services comme la click-and-collect ou les conseils à distance. D’autres, plus modestes, pourraient peiner à suivre le rythme.

Et maintenant ?

Plusieurs scénarios se dessinent pour les mois à venir. D’une part, la persistance d’un environnement économique tendu pourrait maintenir la pression sur les dépenses des ménages, notamment pour les projets les plus coûteux. D’autre part, la reprise des transactions immobilières, si elle se confirme, pourrait relancer une partie de la demande en rénovation. Enfin, l’essor du e-commerce, déjà bien engagé, devrait encore s’accentuer, contraignant les acteurs traditionnels à accélérer leur transformation digitale.

Reste à surveiller les prochaines annonces des enseignes, notamment sur leurs politiques tarifaires et leurs offres promotionnelles, qui pourraient jouer un rôle clé dans la reprise du marché. La prochaine publication des résultats semestriels, attendue pour l’automne 2026, apportera sans doute de premiers éléments de réponse.

Avec un marché toujours supérieur à son niveau d’avant-crise, mais en repli depuis trois ans, le secteur du bricolage se trouve à un tournant. La capacité des acteurs à s’adapter aux nouvelles habitudes de consommation et à capter les opportunités nées des évolutions du marché immobilier sera déterminante pour l’avenir.

Le recul s’explique principalement par un environnement économique toujours complexe, qui pousse les ménages à arbitrer leurs dépenses. La baisse des revenus disponibles, l’inflation persistante et le maintien de taux d’intérêt élevés ont conduit à une réduction des budgets consacrés aux travaux de bricolage, surtout pour les projets les plus lourds. La fin du boom post-Covid, qui avait dopé les dépenses liées à l’aménagement intérieur et extérieur, joue également un rôle majeur dans ce repli.

Pour l’instant, la progression du e-commerce (+7,7 % en 2025) ne compense pas totalement le recul des ventes en magasin (-1,9 %). Les 6,2 % du chiffre d’affaires total générés en ligne restent marginaux par rapport aux ventes physiques. Cependant, cette tendance devrait s’accentuer dans les années à venir, poussant les enseignes à repenser leur modèle et à renforcer leur présence digitale pour capter une part croissante du marché.