Depuis quatre jours déjà, Justine Ray Le Solliec, gérante de la société Cinébébé, arpente les allées du Festival de Cannes aux côtés de ses deux derniers modèles : Paloma, un nourrisson de taille naissance en silicone, et Jack, âgé de trois mois. Selon Franceinfo - Culture, cette entreprise innovante de Seine-Saint-Denis, spécialisée dans la création de bébés réalistes pour le cinéma et le spectacle vivant, mise sur ces petits mannequins artificiels pour séduire les professionnels du 7e art et élargir son réseau international.

Ce qu'il faut retenir

  • Cinébébé conçoit des bébés en silicone ultra-réalistes pour le cinéma, la télévision et la formation médicale, une expertise unique au monde.
  • La société, basée à La Plaine Saint-Denis (93), propose des modèles de 0 à 18 mois, un fœtus et un prématuré, tous fabriqués à la main en deux mois environ.
  • Les tarifs de location varient de 750 euros pour trois jours à plusieurs milliers d’euros pour un trimestre, tandis que des modèles sur mesure peuvent être achetés et expédiés à l’étranger.
  • À Cannes cette année, Cinébébé met en avant cinq films pour lesquels ses créations ont été utilisées, dont Sanguine de Marion Le Corroller et Si tu penses bien de Géraldine Nakache.
  • Justine Ray Le Solliec y a signé au moins un nouveau contrat pour un long-métrage finlandais et probablement un deuxième pour un film français, en plus d’éventuels projets franco-marocains et courts-métrages.

Une expertise unique au service du cinéma et de la santé

Fondée avec son associée Julie Barrère, Cinébébé s’est imposée comme un acteur incontournable dans la fabrication de bébés en silicone pour les tournages. Installée à La Plaine Saint-Denis, l’entreprise propose une gamme variée de modèles, allant des nouveau-nés aux grands prématurés, en passant par des fœtus. Ces créations, entièrement réalisées à la main – de la sculpture à la peinture en passant par la pose des cheveux –, sont utilisées pour des scènes nécessitant une précision anatomique impossible à obtenir avec des nourrissons réels.

Leur savoir-faire ne se limite pas au cinéma. Cinébébé fabrique également des ventres de grossesse factices et du matériel obstétrical pour la formation des soignants et des secouristes. Un financement du Centre national du cinéma (CNC) a permis à l’entreprise de perfectionner ses techniques et de maintenir son avance technologique. À ce jour, près de 70 % de sa production est louée pour des tournages de quelques jours, tandis que les modèles sur mesure peuvent être achetés et livrés dans le monde entier.

Paloma et Jack, ambassadeurs de l’entreprise à Cannes

Pour sa quatrième participation au Festival de Cannes, Justine Ray Le Solliec a choisi d’emmener deux de ses modèles phares : Paloma, un bébé de taille naissance vieillissant de cinq ans mais toujours aussi réaliste, et Jack, âgé de trois mois, dont la finition a été finalisée la veille du départ. « On prend ceux dont on est fiers », explique-t-elle. Les deux modèles ont voyagé dans des sacs à langer spécialement adaptés, habillés pour l’occasion afin de résister aux allers-retours entre les rendez-vous professionnels et les événements du festival.

Sur place, la stratégie est simple : sortir les bébés pour attirer l’attention. « Nos bébés attirent les regards et tout le monde vient les voir », confie Justine Ray Le Solliec. Les réactions sont contrastées : certains spectateurs sont émerveillés, d’autres déstabilisés, voire choqués par l’hyperréalisme de ces créations. « Certains veulent tout de suite le porter, se prendre en photo avec. Pour d’autres, c’est un objet trop bizarre, hyperdérangeant », précise-t-elle. L’entreprise adapte alors son discours en fonction des publics, en montrant par exemple le corps en tissu pour rassurer.

« L’hyperréalisme peut faire peur. C’est vraiment un objet très émotionnel. »
— Justine Ray Le Solliec, gérante de Cinébébé

Cinq films et cinq opportunités à Cannes en 2026

Parmi les cinq films présentés à Cannes cette année et pour lesquels Cinébébé a travaillé, on retrouve Butterfly Jam de Kantemir Balagov, qui a ouvert la Quinzaine des réalisateurs, ainsi que Histoires parallèles d’Asghar Farhadi. Ce dernier a notamment utilisé des dispositifs de corps grossissants sous les vêtements, une autre spécialité de l’entreprise. Sanguine de Marion Le Corroller a également mobilisé Cinébébé pour une scène d’accouchement, avec un bébé modifié pour être asexué, tandis que Si tu penses bien de Géraldine Nakache a bénéficié de leurs créations pour des scènes particulièrement réalistes.

« Cette année, c’était vraiment un bon cru », se réjouit Justine Ray Le Solliec. Les projets futurs restent pour l’instant confidentiels, mais la société a déjà signé au moins un contrat pour un long-métrage finlandais et probablement un deuxième pour un film français. Des discussions sont également en cours pour des projets franco-marocains et deux courts-métrages, l’un italien et l’autre français.

Une stratégie internationale pour écarter la concurrence

Pour Cinébébé, le Festival de Cannes représente une opportunité majeure : rassembler en un seul lieu des professionnels du monde entier. « À Cannes, tout le monde est au même endroit au même moment. C’est l’occasion de rencontrer des gens d’un peu tous les pays très facilement », souligne la gérante. L’objectif est double : établir des partenariats avec des studios et accessoiristes pour distribuer ses accessoires à l’international, et trouver de nouveaux clients prêts à investir dans des modèles sur mesure.

Malgré une concurrence quasi inexistante en France comme à l’étranger, Cinébébé doit constamment innover pour conserver son avance. Les améliorations apportées aux armatures des modèles, permettant désormais aux bras et aux doigts de se plier, illustrent cette quête de perfectionnement. Les collerettes en silicone intégrées aux nouveaux bébés facilitent également l’habillage, un détail qui fait la différence sur les tournages.

Et maintenant ?

Justine Ray Le Solliec et son équipe quitteront Cannes d’ici la fin de la semaine avec au moins un nouveau contrat signé et plusieurs pistes sérieuses. Pour l’entreprise, l’enjeu sera désormais de concrétiser ces partenariats et de livrer des modèles à temps pour les prochains tournages. Coté innovation, Cinébébé pourrait prochainement dévoiler de nouvelles créations, notamment pour répondre aux demandes croissantes du secteur médical.

Si l’expérience des bébés de cinéma continue de fasciner autant qu’elle dérange, leur utilité sur les plateaux de tournage ne fait plus de doute. À l’issue de cette édition cannoise, Cinébébé aura une nouvelle fois prouvé que l’artificialité peut, parfois, être plus vraie que nature.

À ce stade, tous les modèles fabriqués par Cinébébé ont les yeux clos. Selon Justine Ray Le Solliec, cette caractéristique est maintenue pour des raisons esthétiques et pratiques, bien que l’entreprise travaille sur de nouvelles versions. « Les matériaux et les techniques restent plus ou moins les mêmes, mais de petites choses ont changé », précise-t-elle.

Il faut environ deux mois pour créer un nouveau modèle de toutes pièces, de la sculpture initiale à la fabrication du moule, en passant par la peinture et l’assemblage. Chaque étape est réalisée à la main, y compris la pose des cheveux.