Dans les montagnes du Rif, au nord du Maroc, la légalisation du cannabis à usage médical et industriel, entrée en vigueur en 2021, devait marquer un tournant économique pour des milliers de petits producteurs. Pourtant, cinq ans après cette réforme, ses effets restent limités sur le terrain, selon Le Monde. Entre promesses de développement et réalités d’une filière encore largement informelle, les habitants peinent à tirer pleinement profit de cette nouvelle donne.
Ce qu'il faut retenir
- La légalisation du cannabis médical et industriel au Maroc a été adoptée en 2021.
- Cinq ans plus tard, dans la région du Rif, les bénéfices économiques sont jugés contrastés.
- Les producteurs locaux continuent de vendre une partie de leur récolte sur le marché informel.
- Les autorités misent sur une filière encadrée pour relancer l’économie régionale.
- Les infrastructures et les aides aux agriculteurs restent insuffisantes.
Une réforme ambitieuse aux résultats inégaux
Lors de son adoption en 2021, la loi marocaine sur le cannabis médical et industriel était présentée comme une opportunité historique pour les quelque 40 000 familles dépendantes de cette culture dans le Rif. Le gouvernement promettait une transformation de l’économie locale, marquée par des décennies d’illégalité et de précarité. Pourtant, comme le rapporte Le Monde, la réalité s’avère bien moins enthousiasmante. Les filières légales peinent à s’imposer, et une partie importante de la production continue d’alimenter les réseaux clandestins.
Des producteurs pris entre deux mondes
Dans les villages de la région d’Aklim ou de Chefchaouen, les agriculteurs cultivent toujours une partie de leur cannabis pour le marché noir, où les prix sont bien plus rémunérateurs que ceux proposés par les coopératives agréées. « Les marges sont trop faibles dans le circuit légal », explique un producteur sous couvert d’anonymat. « Le système de quotas et les contrôles sanitaires augmentent nos coûts, alors que les acheteurs illégaux paient cash, sans poser de questions. » Une situation qui illustre les difficultés à concilier réglementation stricte et viabilité économique pour les petits exploitants.
Des infrastructures et des aides en retard
Malgré les annonces des autorités, les infrastructures dédiées à la transformation et à la commercialisation du cannabis restent embryonnaires. Les unités de production, encore rares, sont souvent concentrées entre les mains de grands groupes ou de coopératives soutenues par l’État. Les producteurs locaux, eux, bénéficient rarement d’un accompagnement technique ou financier. « On nous demande de nous moderniser, mais où sont les subventions ? », s’interroge un agriculteur de la province de Taounate. « Les prêts bancaires sont inaccessibles, et les coopératives manquent de moyens pour acheter notre récolte à un prix juste. »
Un bilan économique mitigé pour la région
Selon les chiffres officiels, la filière légale du cannabis a généré près de 1,5 milliard de dirhams (130 millions d’euros) en 2025, un montant en hausse mais bien en deçà des attentes initiales. Les autorités tablent sur une croissance continue, avec l’objectif d’atteindre 2 milliards de dirhams d’ici 2027. Pourtant, ce secteur ne représente encore qu’une fraction infime de l’économie régionale, où le chômage et la pauvreté persistent. « Le cannabis légal ne suffit pas à lui seul à relancer le Rif », souligne un économiste de l’Université Abdelmalek Essaâdi. « Il faudrait des investissements massifs dans l’agriculture, l’éducation et les infrastructures pour que cette filière ait un impact réel. »
Une chose est sûre : le Rif, berceau historique du haschich marocain, ne pourra se contenter d’une légalisation à moitié réussie. Pour les habitants, l’enjeu dépasse désormais la simple question économique. Il s’agit aussi de donner un avenir à une région longtemps marginalisée.
Les principaux freins identifiés sont l’insuffisance des infrastructures, le manque d’aides financières pour les petits producteurs, les marges trop faibles dans le circuit légal par rapport au marché noir, et les coûts élevés liés aux contrôles sanitaires et aux quotas de production.