L’homme le plus riche d’Afrique, Aliko Dangote, propriétaire du géant nigérian Dangote Cement, a annoncé vouloir introduire une partie de son capital à la Bourse de Londres. Selon BFM Bourse, ce projet s’inscrit dans le cadre d’une double cotation, aux côtés de celle déjà effective à Lagos depuis 2010.
Avec une fortune estimée à 35,4 milliards de dollars par Bloomberg et 30,7 milliards selon Forbes, Aliko Dangote souhaite vendre environ 10 % du capital de Dangote Cement. Plus de 87 % de l’entreprise reste détenu par son conglomérat, Dangote Industries. « Nous souhaitons procéder à une double cotation. Cela fait sept à dix ans que nous y réfléchissons », a-t-il déclaré au Financial Times, ajoutant que son entreprise entrait dans « la période la plus intense » de son existence.
Ce qu’il faut retenir
- Dangote Cement prépare une introduction en Bourse à Londres, en complément de sa cotation à Lagos depuis 2010, selon BFM Bourse.
- Le groupe souhaite céder 10 % de son capital, tandis que 87 % reste détenu par Dangote Industries.
- La capitalisation boursière de Dangote Cement atteint 10,8 milliards d’euros, avec une progression de 70,8 % depuis le début de l’année.
- Les revenus du cimentier ont atteint 2,7 milliards d’euros en 2025, avec un résultat brut d’exploitation ajusté de 1,24 milliard d’euros.
- Aliko Dangote, homme le plus riche d’Afrique, possède un conglomérat diversifié incluant une raffinerie pétrolière de 650 000 barils par jour.
- Le projet londonien intervient après l’assouplissement des règles de la Financial Conduct Authority (FCA) britannique.
Un projet mûri depuis plus de dix ans
L’idée d’une cotation à Londres n’est pas nouvelle. Aliko Dangote a confirmé au Financial Times que ce projet datait de sept à dix ans. Les récentes simplifications apportées par la Financial Conduct Authority (FCA), le régulateur britannique, ont accéléré la concrétisation de ce plan. « Les efforts entrepris par la FCA pour assouplir ses règles en matière d’introduction en Bourse nous ont convaincus d’avancer », a-t-il précisé.
Dangote Cement, qui emploie plus de 13 000 personnes et dispose de 10 sites industriels en Afrique, affiche une capacité de production de 52 millions de tonnes de ciment par an. Ses performances récentes reflètent cette dynamique : le titre a progressé de 70,8 % depuis janvier 2026, un rythme proche de l’indice principal de la Bourse de Lagos, le NGX 30, en hausse de 55 % sur la même période.
Selon Business Insider Africa, « le marché boursier nigérian s’est imposé comme l’un des plus performants au monde en 2026, grâce aux ajustements monétaires, à la forte croissance des bénéfices nominaux et à la demande des investisseurs pour des actifs capables de suivre le rythme de l’inflation ».
Un conglomérat aux multiples activités
Dangote Industries ne se limite pas au ciment. Le groupe possède également Dangote Sugar Refinery, un raffineur de sucre, ainsi que Nascon Industries, spécialisé dans l’agroalimentaire. Il détient aussi Dangote Fertiliser, un producteur d’engrais, et surtout la plus grande raffinerie pétrolière d’Afrique, située à l’est de Lagos.
Inaugurée en 2024, cette raffinerie de 650 000 barils par jour a permis au Nigéria, peuplé de 230 millions d’habitants, de réduire sa dépendance énergétique. Avant sa mise en service, le pays importait la quasi-totalité de ses carburants, ce qui provoquait régulièrement des pénuries. Aliko Dangote a d’ailleurs annoncé en octobre 2025 son intention de doubler la capacité de cette raffinerie d’ici trois ans, pour la porter à 1,4 million de barils par jour.
Cette infrastructure colossale, dont le coût s’élève à 20 milliards de dollars, avait conduit Dangote à renoncer en 2018 à une précédente tentative d’introduction en Bourse de Dangote Cement à Londres. À l’époque, il avait évoqué un choix entre ce projet industriel et le rachat du club de football anglais Arsenal. « J’ai dû choisir entre construire cette raffinerie et acheter Arsenal », a-t-il confié au Financial Times.
Un parcours entrepreneurial marqué par la diversification
Né en 1957 dans une famille d’entrepreneurs, Aliko Dangote a étudié les affaires à l’université al-Azhar du Caire avant de revenir au Nigéria. Il a lancé son activité dans le commerce de ciment en 1981, avec un prêt de son oncle, et a fondé le Dangote Group la même année. Au fil des décennies, il a diversifié ses activités : sucre, fer, lait, riz, puis production manufacturière à partir de 1996. Il a ensuite développé des raffineries de sel et de sucre, ainsi que des usines de ciment dans plusieurs pays africains.
Son parcours personnel a également connu des transformations. Dans les années 1990, il menait une vie dispendieuse, organisant des soirées mondaines et possédant des résidences à l’étranger, une Ferrari et une Rolls-Royce. Mais à partir des années 2000, il a recentré ses dépenses sur ses projets industriels. « Ses collègues, actuels et anciens, utilisent tous le même adjectif pour le décrire : travailleur », souligne le New York Times. Bousculant les traditions, il a confié des postes de direction à ses trois filles.
L’homme d’affaires est aussi connu pour sa générosité envers ses employés, offrant des voitures aux salariés les plus performants ou organisant des fêtes somptueuses. Pourtant, ses détracteurs lui reprochent de bénéficier d’une situation de quasi-monopole et d’avoir profité de subventions et d’avantages fiscaux accordés par le gouvernement nigérian. Dangote rejette ces critiques : « Je n’ai pas pris grand-chose, car j’ai contribué à construire l’économie du pays », a-t-il affirmé.
Aliko Dangote, 69 ans, reste l’homme le plus riche d’Afrique selon Bloomberg, au 66e rang mondial. En 2014, il figurait déjà parmi les 100 personnes les plus influentes au monde selon le magazine Time. Divorcé deux fois, père de huit petits-enfants, il mène aujourd’hui une vie plus sobre, même si ses origines modestes contrastent avec l’ampleur de son empire industriel.
Comme il l’a raconté lors d’un forum en Côte d’Ivoire en 2019, la prise de conscience de sa fortune fut pour le moins originale. « Un jour, j’ai fait un chèque de 10 millions de dollars à ma banque, je l’ai mis dans le coffre de ma voiture, puis dans ma chambre à coucher. Je l’ai regardé en me disant : ‘Maintenant, je sais que j’ai de l’argent’. Le lendemain, je l’ai rapporté à la banque », a-t-il raconté, provoquant l’hilarité de l’assistance.
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Aliko Dangote cherche à élargir sa base d’investisseurs en bénéficiant de la visibilité des deux places boursières. La cotation à Lagos, effective depuis 2010, lui a déjà permis de lever des fonds localement. Londres offrirait quant à elle un accès à des capitaux internationaux, tout en profitant des réformes récentes de la Financial Conduct Authority pour faciliter les introductions en Bourse.