Un projet de data center d’envergure prévu en Seine-et-Marne, près de Paris, suscite l’opposition de riverains et d’élus locaux. D’après Reporterre, ce futur équipement, situé à Fouju, représenterait une consommation énergétique quasi équivalente à celle d’une centrale nucléaire, tout en générant des rejets de substances chimiques persistantes dans l’environnement. Une mobilisation citoyenne et politique s’organise contre ce projet, tandis que le maire de la commune se montre favorable à son implantation.
Ce qu'il faut retenir
- Un data center géant prévu à Fouju (Seine-et-Marne), près de Paris, avec une consommation électrique proche de celle d’une centrale nucléaire.
- Le projet menace des terres agricoles et pourrait rejeter des polluants éternels (PFAS), selon Reporterre.
- Mobilisation de citoyens et d’élus locaux contre l’implantation, tandis que le maire de Fouju soutient le projet.
- Les PFAS, ou « polluants éternels », sont des substances chimiques non biodégradables, persistantes dans l’environnement.
Un projet industriel d’ampleur dans un cadre rural
À première vue, rien ne laisse présager l’ampleur du chantier qui s’annonce dans ce secteur paisible de Seine-et-Marne. Entre l’autoroute A5 et une départementale, un champ de blé domine le paysage. Pourtant, ce terrain de 25 hectares, situé à quelques kilomètres de Melun, a été retenu pour accueillir le plus grand data center de France. Le projet, porté par un acteur non nommé dans l’enquête de Reporterre, prévoit une consommation électrique estimée à 1 200 MW, soit près de 90 % de la production d’un réacteur nucléaire de type EPR.
Cette infrastructure numérique, qui pourrait s’étendre sur plusieurs bâtiments, s’inscrit dans une logique de demande croissante en stockage de données, accélérée par l’essor de l’intelligence artificielle et du cloud computing. Pourtant, son empreinte environnementale interroge. Les opposants au projet pointent du doigt les risques de pollution liés aux fluides de refroidissement et aux produits chimiques utilisés dans le fonctionnement des serveurs, dont les PFAS.
Les PFAS, ces polluants « éternels » qui inquiètent
Les PFAS (per- et polyfluoroalkylées) sont des composés chimiques synthétiques utilisés depuis les années 1950 pour leurs propriétés antiadhésives et résistantes à la chaleur. Problème : ces substances ne se dégradent pas naturellement et s’accumulent dans les sols, les nappes phréatiques et les organismes vivants. « Leur persistance dans l’environnement est telle qu’on les surnomme les polluants éternels », explique Reporterre. Leur présence est déjà documentée près de sites industriels en Europe et en Amérique du Nord, où des études ont révélé des taux élevés dans le sang de populations exposées.
Dans le cas de Fouju, les craintes portent sur d’éventuelles fuites de ces substances via les systèmes de refroidissement du data center. « Un rejet accidentel pourrait contaminer durablement les terres agricoles environnantes et les ressources en eau », alerte un hydrogéologue cité par Reporterre. Aucune étude d’impact détaillée n’a encore été rendue publique pour ce projet, ce qui renforce l’inquiétude des opposants.
Un maire enthousiaste, des opposants déterminés
Alors que les élus locaux et les habitants de Fouju et des communes voisines s’organisent pour contester le projet, le maire de la commune, Jean-Luc Dubois, affiche un soutien sans réserve. « Ce data center va créer des emplois et dynamiser notre territoire », a-t-il déclaré à Reporterre. Il évoque également des retombées économiques pour la région, sans préciser d’estimations chiffrées. Pour autant, les riverains dénoncent un manque de transparence dans les négociations menées en amont.
Une réunion publique organisée le 15 mai 2026 a rassemblé plus de 200 personnes, selon les organisateurs. « On nous parle de progrès technologique, mais à quel prix pour notre santé et notre environnement ? », s’interroge Claire Martin, porte-parole du collectif « Sauvegardons Fouju ». Les opposants réclament une enquête publique indépendante et l’abandon pur et simple du projet. Une pétition en ligne, lancée en avril 2026, a déjà recueilli plus de 12 000 signatures.
Un débat qui dépasse les frontières locales
L’affaire de Fouju s’inscrit dans un contexte plus large de contestation des mégaprojets numériques en France. En 2023, le gouvernement avait lancé un plan visant à multiplier par cinq la capacité des data centers d’ici 2030, pour répondre à la demande croissante en services cloud. Pourtant, ces infrastructures restent critiquées pour leur consommation énergétique – souvent supérieure à celle de villes entières – et leur impact environnemental. « On construit des cathédrales du numérique sans évaluer correctement leur bilan carbone et leur toxicité », souligne un expert en environnement interrogé par Reporterre.
À l’échelle européenne, la Commission a proposé en 2024 un règlement pour limiter l’usage des PFAS, mais les négociations traînent. En France, seule une poignée de départements, comme l’Isère ou le Finistère, ont interdit ou restreint ces substances. Pour les opposants de Fouju, cette inertie politique justifie leur mobilisation : « Si on n’agit pas ici, où le fera-t-on ? »
Ce projet cristallise les tensions autour de la transition numérique et écologique. Entre impératifs économiques et préservation des écosystèmes, la balance reste à trouver. Une chose est sûre : l’affaire de Fouju ne fait que commencer.
Les PFAS (per- et polyfluoroalkylées) sont une famille de plus de 4 700 composés chimiques synthétiques, utilisés pour leurs propriétés antiadhésives, imperméables et résistantes à la chaleur. Ils ne se dégradent pas dans l’environnement et s’accumulent dans les organismes vivants, d’où leur surnom de « polluants éternels ». Des études scientifiques ont établi des liens entre l’exposition aux PFAS et des risques accrus de cancers, de maladies thyroïdiennes et de perturbations du système immunitaire.