Le président du Medef, Patrick Martin, a vivement critiqué, dans les colonnes du Figaro, la décision du gouvernement de geler les allègements de cotisations patronales à partir du 1er juin 2026. Une mesure qui intervient dans un contexte de hausse du Smic et qui, selon le patron des patrons, risque de peser lourdement sur l’emploi et la compétitivité des entreprises françaises. Cette prise de position, rapportée par BFM Business, s’accompagne d’une proposition de choc de compétitivité de 16 milliards d’euros, financé notamment par une hausse de la TVA.
Ce qu'il faut retenir
- Un gel des allègements de charges patronales estimé à 2 milliards d’euros, équivalent selon le Medef à la perte de 30 000 à 35 000 emplois.
- Patrick Martin qualifie cette décision de « erreur majeure de politique économique », la jugeant « anti-entreprise, anti-emploi, anti-salaire et anti-pouvoir d’achat ».
- Le Medef propose un choc de compétitivité de 16 milliards d’euros, financé entre autres par une hausse de la TVA et des économies sur les retraites aisées.
- Les secteurs à forte intensité de main-d’œuvre, comme la restauration ou la sécurité, seraient particulièrement touchés, avec un risque accru de défaillances d’entreprises.
- Les réformes suggérées par le Medef permettraient un gain net annuel de 300 à 444 euros par salarié, selon leur niveau de rémunération.
Une mesure gouvernementale « à contre-courant » des attentes des entreprises
Patrick Martin, président du Medef, a réagi avec fermeté à l’annonce du gouvernement concernant le gel des allègements de charges patronales. Lors d’un entretien accordé au Figaro et rapporté par BFM Business, il a dénoncé une décision « à la fois anti-entreprise, anti-emploi, anti-salaire et anti-pouvoir d’achat ». Selon lui, cette mesure s’inscrit en totale contradiction avec les besoins des entreprises, déjà fragilisées par un environnement économique incertain.
Le surcoût de 2 milliards d’euros pour les entreprises, engendré par ce gel, est présenté comme un frein majeur à leur compétitivité. « Cela représente l’équivalent de 30 000 à 35 000 emplois », a-t-il précisé, avant d’ajouter que « l’impact sera particulièrement dévastateur pour notre industrie, déjà en souffrance ».
Des secteurs clés menacés par une mesure aux effets « dévastateurs »
Le Medef alerte sur les conséquences de cette décision pour les secteurs les plus dépendants de la main-d’œuvre, comme la propreté, la restauration ou la sécurité. Patrick Martin craint une aggravation des défaillances d’entreprises dans ces domaines, où la rentabilité est déjà fragile. « On observe de l’exaspération, mais aussi du découragement et de la résignation chez les chefs d’entreprise », a-t-il souligné, évoquant un climat social tendu.
Alors que les élections présidentielles et législatives approchent, le président du Medef s’interroge sur l’horizon économique post-élection. « Est-on au moins sûr que l’horizon se dégagera à l’issue des scrutins ? », s’est-il demandé, avant d’appeler de ses vœux « du courage » dans le débat présidentiel, notamment sur les questions sociales. Le Medef milite pour une amélioration des salaires nets et propose des pistes pour y parvenir.
Un « choc de compétitivité » de 16 milliards d’euros proposé par le Medef
Face à cette situation, le Medef a détaillé un plan visant à redonner de l’oxygène aux entreprises. Ce « choc de compétitivité » s’élèverait à 16 milliards d’euros et serait financé par plusieurs leviers. Parmi eux, un transfert de 60 milliards d’euros de cotisations employeurs maladie et famille vers d’autres sources de financement, ainsi qu’une baisse de 10 milliards d’euros des cotisations salariales vieillesse.
Pour compenser ces pertes, le Medef suggère notamment une hausse du taux normal de TVA, représentant 18 milliards d’euros, ou un effort ciblé sur les retraités les plus aisés à hauteur de 6,4 milliards d’euros. « Cela représente un gain net d’environ 16 milliards d’euros pour les entreprises, soit environ 2,6 % de la masse salariale », a indiqué Patrick Martin.
« On nous dit que la TVA sociale serait philosophiquement inadmissible, mais il y a déjà 50 milliards d’euros de la protection sociale qui sont financés par la TVA ! »
— Patrick Martin, président du Medef
Des bénéfices concrets pour les salariés, selon le Medef
Le plan proposé par le Medef prévoit également une baisse des cotisations salariales, ce qui se traduirait par un gain net annuel pour les salariés. « Cela permettrait un gain net estimé à 300 euros par an pour un salarié au Smic et à 444 euros pour un salarié à 1,5 Smic », a expliqué Patrick Martin. Une mesure présentée comme un moyen de soutenir le pouvoir d’achat, alors que le gouvernement affiche des objectifs similaires.
Cependant, cette proposition s’accompagne d’une hausse de la TVA, ce qui pourrait en partie atténuer l’effet positif sur le pouvoir d’achat. Le Medef assume ce choix en rappelant que la TVA finance déjà une partie importante de la protection sociale en France.
Reste à voir si le gouvernement intégrera tout ou partie des suggestions du Medef, ou s’il maintiendra sa ligne actuelle. Une chose est certaine : la pression sur les entreprises et les ménages ne devrait pas faiblir dans un contexte économique toujours aussi incertain.
Cette décision s’inscrit dans le cadre de la hausse du Smic prévue au 1er juin 2026. Le gouvernement a souhaité limiter les effets inflationnistes liés à cette augmentation en recentrant les aides sur les bas salaires, tout en gelant certaines exonérations pour les entreprises. Cependant, cette mesure a été critiquée pour son impact négatif sur la compétitivité et l’emploi.
Les secteurs à forte intensité de main-d’œuvre, comme la propreté, la restauration, la sécurité ou l’hôtellerie, seraient particulièrement affectés. Ces branches, déjà fragiles, pourraient voir leur rentabilité se dégrader davantage, avec un risque accru de défaillances d’entreprises.