Taty Almeida, présidente des Mères de la Place de Mai et symbole de la lutte pour les droits humains en Argentine, s'est éteinte dimanche 14 juin 2026 à l'âge de 95 ans, selon Ouest France. Militante inlassable, elle a consacré sa vie à faire éclater la vérité sur la disparition de son fils, Alejandro, victime de la dictature militaire argentine (1976-1983).
Ce qu'il faut retenir
- Taty Almeida, figure majeure des Mères de la Place de Mai, est décédée à 95 ans le 14 juin 2026.
- Son engagement s'inscrivait dans la quête de vérité pour son fils, Alejandro, disparu sous la dictature argentine.
- Elle a présidé l'association des Mères de la Place de Mai, mouvement emblématique de la résistance contre les violations des droits humains.
- Son parcours incarne la lutte pour la justice et la mémoire en Argentine et en Amérique latine.
Une militante au service de la mémoire
Née en 1931, Taty Almeida s'est imposée comme l'une des voix les plus influentes de la défense des droits humains en Argentine. Membre fondateur des Mères de la Place de Mai — un collectif créé en 1977 pour dénoncer les enlèvements et disparitions forcées sous la junte militaire — elle en a pris la présidence à plusieurs reprises, perpétuant ainsi l'héritage de lutte de sa fondatrice, Azucena Villaflor. Son fils, Alejandro, était étudiant en médecine lorsqu'il a été enlevé en novembre 1977, à l'âge de 20 ans. Comme des dizaines de milliers d'autres jeunes Argentins, il a disparu dans le cadre de l'opération appelée « guerre sale », menée par le régime de Jorge Videla.
Pendant des décennies, Taty Almeida a mené une bataille sans relâche pour obtenir des réponses. Elle a participé à des manifestations hebdomadaires sur la Place de Mai, à Buenos Aires, où les mères des disparus défilaient en portant des photos de leurs enfants et des fichus blancs sur la tête — un symbole devenu universel. Son combat symbolisait la résistance face à l'impunité, dans un pays où des milliers de cas de violations des droits humains restaient impunis après la chute de la dictature.
Un héritage politique et moral
Son engagement a dépassé les frontières argentines. Taty Almeida est devenue une référence internationale, souvent invitée à témoigner devant des tribunaux étrangers ou des organisations comme l'ONU et Amnesty International. Elle a reçu de nombreuses distinctions, dont la médaille de l'Ordre de Mayo, la plus haute décoration civile argentine. En 2021, elle avait été lauréate du prix des Droits de l'Homme des Nations Unies, une reconnaissance tardive mais symbolique de son combat.
Ses prises de parole étaient toujours marquées par une fermeté teintée d'humanité. « Nous ne demandons pas vengeance, nous demandons la vérité et la justice », avait-elle déclaré à plusieurs reprises, rappelant que des centaines de familles attendaient encore des réponses. Elle a également milité pour la reconnaissance des crimes contre l'humanité commis par la dictature, refusant toute négociation avec les anciens responsables encore en vie. Son dernier combat consistait à exiger l'exhumation et l'identification des restes de son fils, un dossier toujours ouvert malgré les avancées scientifiques.
Un hommage unanime
Dès l'annonce de sa mort, des hommages ont afflué de toute l'Argentine et au-delà. Le président argentin, Javier Milei, a salué « une femme d'une force exceptionnelle, dont le courage a marqué l'histoire de notre pays ». De son côté, l'Association des Mères de la Place de Mai a annoncé qu'elle organiserait une veillée commémorative « pour honorer son combat et poursuivre sa mission ».
Son décès survient alors que l'Argentine commémore les 40 ans de la fin de la dictature, un anniversaire qui rappelle l'urgence de préserver la mémoire collective. Taty Almeida restera dans l'histoire comme l'une des dernières grandes figures de la résistance, aux côtés d'autres militantes comme Estela de Carlotto, présidente des Grands-Mères de la Place de Mai, qui a retrouvé son petit-fils en 2014 après 36 ans de recherche.
Comme elle le disait elle-même : « Tant qu'il restera un disparu, notre combat continuera. »
Alejandro Almeida était un étudiant en médecine de 20 ans lorsqu'il a été enlevé par les forces de sécurité argentines en novembre 1977. Il faisait partie des milliers de jeunes disparus sous la dictature militaire (1976-1983), victimes de l'opération appelée « guerre sale ». Son corps n'a jamais été retrouvé, et son cas reste emblématique des crimes commis par le régime de Jorge Videla.