Une grotte perchée à plus de 2 200 mètres d’altitude, à proximité de la frontière franco-espagnole dans la province de Gérone, pourrait bien bouleverser notre compréhension de l’exploitation minière préhistorique dans les Pyrénées. Selon Futura Sciences, des archéologues y ont découvert près de 200 fragments d’une roche verte, identifiée comme de la malachite, un minerai de cuivre.
Ce qu'il faut retenir
- Localisation : Une grotte à plus de 2 200 mètres d’altitude dans les Pyrénées, près de la frontière franco-espagnole.
- Découverte : 200 fragments de malachite, un minerai de cuivre, ainsi que des traces d’altération thermique.
- Datation : Occupation humaine entre 5000 et 4300 avant J.-C., avec une activité intense entre 3600 et 2400 avant J.-C.
- Témoignages : Ossements humains et animaux, céramiques, foyers, pendentifs et objets en coquillage.
- Interprétation : Preuve d’une exploitation minière saisonnière et transmission des savoirs sur des millénaires.
Cette découverte, publiée le 5 mai 2026 dans la revue Frontiers in Environmental Archaeology, suggère que des groupes humains ont exploité ce site à répétition, probablement de manière saisonnière, pour en extraire le cuivre. « Ces fragments ne sont pas naturels dans cette grotte, explique Maria D. Guillén, coautrice de l’étude et archéologue à l’Institut catalan de paléoécologie humaine et d’évolution sociale (Iphes-Cerca). Ils ont été transportés ici intentionnellement, puis chauffés pour libérer le métal. »
Le procédé, relativement simple, consiste à chauffer la malachite pour en extraire l’oxyde de cuivre, puis à la réduire en présence de carbone, issu notamment du charbon de bois. Plusieurs fragments présentent d’ailleurs des traces de chauffe, confirmant une maîtrise du feu par ces populations préhistoriques. « C’est la première fois que nous trouvons des preuves d’une telle exploitation minière en haute montagne dans les Pyrénées », souligne Maria D. Guillén.
Une occupation humaine étalée sur plus de 4 000 ans
Les fouilles ont révélé une occupation humaine continue de 5000 à 4300 avant J.-C., avec un pic d’activité entre 3600 et 2400 avant J.-C., correspondant à l’âge du cuivre. Les vestiges découverts dans la grotte incluent des ossements humains et animaux, des fragments de céramique, des foyers, ainsi que des objets personnels comme un pendentif en coquillage ou une dent d’ours brun perforée. Une dent de lait et une phalange humaine laissent également supposer que ce lieu a pu servir de sépulture.
« Ce site est exceptionnel, car il montre une occupation prolongée et une exploitation systématique des ressources minérales, précise Maria D. Guillén. Cela implique une transmission des connaissances entre générations, ainsi qu’une intégration des Pyrénées dans les stratégies de mobilité et d’exploitation des sociétés préhistoriques. » Les chercheurs estiment que les groupes humains revenaient régulièrement sur place, exploitant les ressources disponibles avant de repartir.
Parmi les objets retrouvés, un pendentif taillé dans une coquille de palourde (Glycymeris) et une dent de lait humaine figurent parmi les artefacts les plus remarquables. « Ces découvertes témoignent d’une présence humaine organisée et durable, bien au-delà de ce que l’on imaginait pour cette région et cette période », ajoute l’archéologue.
Un jalon majeur pour comprendre l’exploitation des ressources minières au Chalcolithique
Jusqu’à présent, les preuves d’exploitation minière en altitude dans les Pyrénées étaient rares, voire inexistantes. Cette grotte, située à plus de 2 200 mètres, prouve que les populations préhistoriques étaient capables de s’aventurer en haute montagne pour y extraire des minerais. « Cela change notre vision des Pyrénées, qui apparaissent désormais comme un territoire pleinement intégré aux réseaux d’échange et d’exploitation des sociétés chalcolithiques », commente Maria D. Guillén.
L’étude des fragments de malachite pourrait également apporter des éclairages sur les techniques métallurgiques utilisées à cette époque. « La malachite est un minerai de cuivre très répandu, mais son exploitation à cette altitude est inédite, indique l’archéologue. Cela suggère que ces groupes avaient une connaissance approfondie des ressources disponibles dans leur environnement. »
Les chercheurs prévoient de poursuivre les fouilles pour confirmer l’identification de la roche verte et mieux comprendre les activités menées dans cette grotte pendant des millénaires. « Nous allons analyser les résidus de chauffe et les traces d’altération pour reconstituer les procédés techniques employés, explique Maria D. Guillén. Cela pourrait nous révéler des détails insoupçonnés sur la métallurgie du cuivre à l’âge du cuivre. »
Cette découverte ouvre également de nouvelles perspectives sur les réseaux d’échange et de mobilité des sociétés préhistoriques dans les Pyrénées. « Si nous confirmons que le cuivre extrait ici était redistribué, cela pourrait indiquer l’existence de réseaux d’échange à longue distance dès le Chalcolithique », souligne Maria D. Guillén. Les prochaines campagnes de fouilles pourraient donc se concentrer sur la recherche de traces de ces échanges, notamment dans les sites voisins.
Pour l’instant, cette grotte des Pyrénées reste un témoignage unique d’une activité humaine à haute altitude, vieille de 7 000 ans. Une preuve supplémentaire que, bien avant l’âge du bronze, les sociétés préhistoriques maîtrisaient déjà des techniques complexes et exploitaient leur environnement avec une grande ingéniosité.
La malachite est un minerai de cuivre qui, une fois chauffée, libère de l’oxyde de cuivre. En présence de carbone, comme du charbon de bois, elle se transforme en cuivre métallique. Les traces d’altération thermique observées sur les fragments découverts dans la grotte confirment que ce procédé a bien été utilisé par les populations préhistoriques.