La question des origines de l’Univers et de la place de l’humanité dans le cosmos trouve un nouvel écho avec la publication en français, début mars 2026, de L’Origine du temps, ouvrage du cosmologiste belge Thomas Hertog, proche collaborateur de Stephen Hawking. Selon Futura Sciences, ce livre, initialement paru en mars 2023 aux éditions Odile Jacob puis réédité en poche, expose une théorie quantique du cosmos développée sur vingt ans par les deux chercheurs. Une perspective profondément darwinienne qui questionne la nature même des lois physiques et leur rôle dans l’émergence de la vie.

Ce qu'il faut retenir

  • Une théorie quantique du cosmos, élaborée par Stephen Hawking et Thomas Hertog sur deux décennies, suggère que les lois de la physique évoluent avec l’Univers plutôt que d’être immuables.
  • Thomas Hertog, professeur à l’Université catholique de Louvain, publie L’Origine du temps pour vulgariser cette dernière théorie, inspirée notamment de la conjecture AdS/CFT et d’une réinterprétation darwinienne du Big Bang.
  • L’ouvrage aborde des questions philosophiques, un aspect inhabituel dans les travaux contemporains de cosmologie, et s’inscrit dans le débat sur le principe anthropique et l’apparente « biophilie » de l’Univers.
  • La théorie remet en cause l’idée d’un réglage fin de l’Univers par une cause externe (multivers ou intelligence créatrice), proposant à la place une co-évolution des lois physiques et du cosmos.
  • Hawking avait lui-même qualifié la philosophie de « morte » en 2011, mais ses travaux ultimes intégraient pourtant des interrogations métaphysiques, selon Hertog.

Une théorie née d’un quart de siècle de collaboration

Selon Futura Sciences, Thomas Hertog et Stephen Hawking ont uni leurs forces pendant près de vingt ans, jusqu’au décès de ce dernier en 2018, pour explorer les origines ultimes de l’Univers. Leur approche, exposée dans L’Origine du temps, s’appuie sur une révision radicale de la proposition « sans bord » en cosmologie quantique, initialement formulée par Hawking et James Hartle dans les années 1980. Cette théorie suggère que les lois physiques ne sont pas des constantes gravées dans le marbre, mais qu’elles émergent et se transforment en même temps que l’Univers lui-même, à mesure que celui-ci prend forme. Une idée qui bouleverse les fondements de la physique théorique.

Hertog, diplômé de la KU Leuven et de l’Université de Cambridge, où il a soutenu sa thèse sous la direction de Hawking, explique dans son livre que leur collaboration a abouti à une « nouvelle cosmologie quantique ». Celle-ci vise à expliquer l’existence d’observateurs et de la vie dans l’Univers, un enjeu central de la théorie. Pour Hertog, cette approche n’est pas seulement scientifique : elle ouvre des perspectives philosophiques inédites, comme en témoignent les nombreuses références à Platon, Aristote, Kant ou Hannah Arendt dans son ouvrage.

Un Univers « biophile » et le principe anthropique revisité

L’un des débats les plus anciens en cosmologie concerne le caractère apparemment « réglé » des lois physiques pour permettre l’émergence de la vie. Selon Futura Sciences, modifier ne serait-ce que légèrement certaines constantes fondamentales – comme la force nucléaire forte ou la constante cosmologique – rendrait l’Univers stérile, sans planètes stables ni atomes viables. Cette observation a donné naissance au principe anthropique, qui s’articule autour de deux formulations : l’une faible, l’autre forte. La seconde, souvent médiatisée, suggère une forme de finalisme, mais les spécialistes comme George F. R. Ellis ou Jean-Pierre Luminet insistent sur sa version faible, plus neutre.

Hertog et Hawking proposent une alternative à ces interprétations. Plutôt que d’invoquer un multivers infini – où chaque univers aurait des lois physiques différentes – ou un créateur ayant « programmé » l’Univers pour la vie, leur théorie suggère que les lois physiques et l’Univers évoluent ensemble selon un processus darwinien. Cette idée, inspirée par les travaux en physique des particules et la correspondance AdS/CFT, implique que les propriétés observées aujourd’hui (comme la stabilité des orbites planétaires ou l’existence de la vie) sont le résultat d’une sélection naturelle à l’échelle cosmique. Un renversement de perspective qui rappelle les travaux de Darwin, mais appliqués à l’Univers lui-même.

Hawking, philosophe malgré lui ?

Il est ironique de constater que Hawking, qui avait déclaré en 2011 que « la philosophie était morte », ait finalement contribué à un ouvrage truffé de références philosophiques. Selon Futura Sciences, Hertog révèle que Hawking intégrait explicitement des interrogations métaphysiques dans ses recherches, une approche rare dans le milieu scientifique. Le physicien belge raconte que leur collaboration a été marquée par des discussions approfondies sur la nature du temps, de l’espace et de la réalité, inspirées en partie par des penseurs comme Platon ou Kant.

Hertog lui-même a découvert la philosophie dès l’adolescence, en étudiant le grec ancien et en traduisant des textes de Platon. Il souligne que cette sensibilité l’a aidé à aborder les questions cosmologiques sous un angle nouveau. Dans son livre, il cite même un extrait de la préface de Karl Popper pour La logique de la découverte scientifique (1959) : « Toute Science est cosmologie, et l’intérêt de la Philosophie réside dans ses contributions à l’étude du monde. » Une déclaration qui résume l’ambition de leur théorie : réconcilier science et philosophie pour éclairer les grandes énigmes de l’existence.

Une vision du monde inspirée par Teilhard de Chardin et Hannah Arendt

Le dernier chapitre de L’Origine du temps propose une Weltanschauung – une vision du monde – où l’évolution est un processus central, non seulement pour les êtres vivants, mais aussi pour les lois physiques elles-mêmes. Selon Futura Sciences, cette perspective présente des points communs avec les idées du jésuite Pierre Teilhard de Chardin, qui voyait dans l’Homme une étape d’un processus cosmique plus large. Hertog s’inspire également de Hannah Arendt, notamment pour aborder la place de l’humanité dans un Univers en constante transformation.

Cette vision pourrait-elle influencer la société, comme l’ont fait les découvertes de Galilée ou Newton ? Hertog reste prudent. Interrogé par Futura Sciences, il reconnaît que leur théorie reste un cadre conceptuel, et que son impact sur la culture ou la philosophie ne pourra être évalué que dans les décennies à venir. « On peut se poser la question, mais il est impossible de prédire ce qui va advenir », a-t-il déclaré.

Et maintenant ?

La théorie de Hawking et Hertog, bien que prometteuse, reste à l’état de modèle théorique. Elle devra être confrontée à l’observation et à l’expérimentation pour gagner en crédibilité. Les prochaines années pourraient voir émerger des tests en physique des particules ou en cosmologie observationnelle, notamment grâce aux progrès des télescopes comme le James-Webb ou les détecteurs d’ondes gravitationnelles. Si cette théorie se confirme, elle pourrait relancer le débat sur le rôle de l’humanité dans l’Univers, un siècle après les travaux d’Einstein et Lemaître.

En attendant, L’Origine du temps offre une porte d’entrée accessible à ces questions complexes, mêlant vulgarisation scientifique et réflexion philosophique. Comme le rappelait Einstein, cité par Hertog : « Le théoricien de la physique est un philosophe dans des habits d’ouvrier. » Une phrase qui résonne particulièrement à la lecture de cet ouvrage.

Selon Futura Sciences, les deux chercheurs suggèrent que les lois physiques ne sont pas immuables, mais qu’elles évoluent avec l’Univers, à l’image des espèces vivantes dans la théorie de Darwin. Ce processus de « sélection » des lois physiques expliquerait pourquoi notre Univers semble « réglé » pour permettre la vie, sans recourir à un créateur ou à un multivers infini.