En 2025, les collectivités locales françaises ont battu deux records simultanés. Selon Le Figaro, leurs investissements ont atteint 84,5 milliards d’euros, en progression de 2,1 % par rapport à 2024, malgré un contexte budgétaire de plus en plus contraint. Dans le même temps, leur endettement a également franchi un seuil historique, avec un encours total de 226 milliards d’euros à la fin de l’année.

Ce qu'il faut retenir

  • Investissements records : 84,5 milliards d’euros engagés en 2025, dont 70 milliards pour des dépenses d’équipement brut.
  • Emprunts en hausse : 29,5 milliards d’euros de nouveaux emprunts contractés, contre 27 milliards en 2024.
  • Dette en progression : l’encours total passe à 226 milliards d’euros, soit une augmentation d’environ 10 milliards en un an.
  • Contexte budgétaire tendu : les recettes des collectivités restent volatiles, tandis que l’État impose des efforts drastiques pour réduire le déficit public, évalué à 5,4 milliards d’euros par la Cour des comptes.
  • Comparaison nationale : la dette des collectivités locales représente 6,5 % de la dette publique totale de la France, estimée à 3 460,5 milliards d’euros fin 2025.

Des investissements en hausse, malgré un environnement financier dégradé

Les collectivités locales ont maintenu un niveau d’investissement élevé en 2025, avec 84,5 milliards d’euros dépensés, en légère progression de 2,1 %. Pourtant, cette dynamique s’inscrit dans un contexte où les contraintes budgétaires se resserrent. L’État, engagé dans une politique de réduction du déficit public, impose aux administrations locales des efforts significatifs. Selon les estimations de la Cour des comptes, ces restrictions représentent un manque à gagner de 5,4 milliards d’euros pour les collectivités.

Parmi ces dépenses, 70 milliards d’euros ont été consacrés à des investissements d’équipement brut, illustrant la volonté des territoires de moderniser leurs infrastructures malgré les difficultés financières. Cependant, cette hausse des dépenses s’accompagne mécaniquement d’un recours accru à l’emprunt, nécessaire pour financer des projets toujours plus ambitieux.

L’endettement des collectivités locales atteint un niveau sans précédent

L’encours de la dette des communes, départements et régions a franchi un cap symbolique en 2025, s’élevant à 226 milliards d’euros à la fin de l’année. Ce chiffre marque une augmentation d’environ 10 milliards par rapport à 2024, où la dette s’élevait déjà à un niveau élevé. Selon l’Agence France Locale (AFL), qui publie son septième baromètre de la santé financière des collectivités, cette progression reflète à la fois la nécessité d’investir et la difficulté à trouver des financements alternatifs dans un contexte de taux d’intérêt élevés et de restrictions budgétaires.

« Après un recours à l’emprunt de 27 milliards d’euros en 2024, l’exercice 2025 marque un nouveau record avec 29,5 milliards d’euros d’emprunts nouveaux. »
— Agence France Locale (AFL), dans son baromètre 2025

Cette augmentation de la dette interroge sur la soutenabilité financière à long terme des collectivités. Alors que la dette publique totale de la France atteint 3 460,5 milliards d’euros, celle des administrations locales en représente 6,5 %, un ratio qui reste modéré comparé à d’autres pays européens. Pourtant, la tendance à la hausse soulève des questions sur la capacité des territoires à absorber de nouveaux emprunts sans hypothéquer leur équilibre budgétaire futur.

Un équilibre fragile entre investissement et rigueur budgétaire

Les collectivités locales se retrouvent prises en étau entre, d’un côté, la nécessité d’investir pour répondre aux besoins des citoyens (transports, écoles, transition écologique) et, de l’autre, les exigences de maîtrise des dépenses publiques imposées par l’État. Le Figaro souligne que cette situation crée une « tension permanente » entre les ambitions locales et les contraintes nationales.

Par ailleurs, les recettes des collectivités restent soumises à des aléas, notamment en raison de la volatilité des dotations de l’État et des fluctuations des recettes fiscales locales. Dans ce contexte, l’emprunt apparaît souvent comme la solution la plus accessible pour boucler les budgets, même si elle accroît mécaniquement l’endettement. Les collectivités doivent désormais composer avec des taux d’intérêt moins favorables qu’auparavant, ce qui renchérit le coût de la dette.

Et maintenant ?

La trajectoire des finances locales dépendra en grande partie des orientations politiques et économiques à venir. D’ici 2027, le gouvernement devra présenter un nouveau cadre budgétaire pour les collectivités, alors que le déficit public reste une préoccupation majeure. Les prochains baromètres de l’AFL, ainsi que les rapports de la Cour des comptes, pourraient révéler si la tendance à l’endettement se poursuit ou si, au contraire, les collectivités parviennent à inverser la courbe grâce à une meilleure gestion ou à des recettes supplémentaires.

Pour les collectivités, la question n’est plus seulement de savoir comment investir, mais aussi comment concilier croissance et soutenabilité. Une équation d’autant plus complexe que les marges de manœuvre budgétaires risquent de se réduire dans les années à venir, en raison des pressions inflationnistes et des engagements européens de la France.

Selon les données disponibles, les dépenses d’équipement brut, qui représentent 70 milliards d’euros sur les 84,5 milliards d’investissements totaux, sont principalement consacrées aux infrastructures de transport, aux équipements scolaires et aux projets liés à la transition écologique. Les collectivités priorisent ainsi des domaines directement utiles aux citoyens, malgré les contraintes budgétaires.

Le gouvernement mise sur une combinaison de mesures : révision des dotations aux collectivités, optimisation des dépenses locales et incitations à mutualiser certains services entre territoires. Cependant, ces leviers restent limités et peinent à compenser les baisses de recettes. La Cour des comptes a déjà alerté sur le risque de creusement des inégalités territoriales si les disparités entre collectivités s’accentuent.