Dix ans après le vote historique du 23 juin 2016, qui avait conduit le Royaume-Uni à quitter l’Union européenne, le pays observe une montée des courants nationalistes et identitaires. Selon Le Monde, cette dynamique s’explique en grande partie par un mécontentement persistant autour de la gestion des flux migratoires, un sujet qui avait déjà cristallisé le vote en faveur du Brexit.
Ce qu'il faut retenir
- Le mécontentement sur la gestion de l’immigration, déjà central en 2016, alimente la montée des mouvements nationalistes et identitaires au Royaume-Uni.
- Nigel Farage, figure historique de l’europhobie, bénéficie de cette dynamique grâce à son parti, Reform UK, qui capitalise sur ce sentiment.
- La gestion post-Brexit des frontières et des politiques migratoires reste un sujet de tensions récurrentes entre Londres et Bruxelles.
- Le parti de Nigel Farage, anciennement Brexit Party, a évolué vers une ligne plus radicale, intégrant des thèmes liés à l’identité nationale.
Dans une chronique publiée ce dimanche, Philippe Bernard, éditorialiste au Monde, souligne que le contexte actuel rappelle étrangement celui qui avait conduit au vote de 2016. « Le mécontentement autour de la gestion de l’immigration a nourri la montée d’un nationalisme identitaire », explique-t-il. Cette fois, cependant, le phénomène dépasse le simple rejet de l’Union européenne pour s’étendre à une remise en cause plus large des politiques d’ouverture et de diversité.
Nigel Farage, qui avait joué un rôle clé dans la campagne pour le Brexit, est de nouveau au cœur de l’actualité politique. Son parti, Reform UK — anciennement Brexit Party —, mise sur une rhétorique anti-immigration et anti-establishment pour séduire un électorat en quête de réponses simples face à des défis économiques et sociaux persistants. Les sondages récents placent Reform UK en troisième position des intentions de vote au Royaume-Uni, derrière les travaillistes et les conservateurs, un score inédit pour un parti d’extrême droite dans le pays.
Cette progression s’inscrit dans un contexte plus large, marqué par une défiance accrue envers les institutions européennes et une radicalisation des discours sur la souveraineté nationale. Les critiques visent particulièrement les accords post-Brexit, jugés inefficaces par une partie de la population. « Le Royaume-Uni paie encore les conséquences de son départ de l’UE », rappelle Philippe Bernard dans sa chronique. Les tensions commerciales avec Bruxelles, les difficultés des secteurs économiques dépendants de la main-d’œuvre européenne, et les débats sur l’immigration illégale alimentent ce sentiment d’échec.
« Le mécontentement autour de la gestion de l’immigration, qui a cristallisé le vote en faveur de la sortie de l’Union européenne en 2016, nourrit aujourd’hui la montée d’un nationalisme identitaire et profite à Nigel Farage. » — Philippe Bernard, éditorialiste au Monde
Les observateurs politiques notent également une évolution dans la stratégie de Reform UK. Autrefois focalisé sur la sortie de l’UE, le parti a élargi son discours à des thèmes comme la défense de la culture britannique, la restriction de l’immigration légale, ou encore la critique des politiques « wokistes » perçues comme une menace pour les traditions nationales. Ces prises de position trouvent un écho croissant dans les régions du nord de l’Angleterre et du Midlands, historiquement travaillistes, où le chômage et la précarité ont accentué le rejet des élites politiques.
Pour autant, cette dynamique ne fait pas l’unanimité. Les défenseurs des droits humains et les associations antiracistes dénoncent une instrumentalisation dangereuse de l’immigration à des fins électorales. « Farage instrumentalise les peurs pour diviser la société », a réagi un porte-parole de l’organisation Hope not Hate. De son côté, le gouvernement conservateur de Rishi Sunak tente de reprendre la main en durcissant sa politique migratoire, avec notamment le projet controversé de « Rwanda deportation scheme », destiné à dissuader les demandeurs d’asile de traverser la Manche.
Le référendum de 2016 avait marqué un tournant dans l’histoire européenne, mais ses conséquences politiques, économiques et sociales continuent de façonner le débat public au Royaume-Uni. Dix ans plus tard, l’ombre du Brexit plane toujours — autant dire que le pays reste engagé dans une période de profonde remise en question.