Le prix Nobel de la paix Denis Mukwege a lancé un appel ce mardi 19 mai pour que le groupe armé Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFC/M23) rouvre l’aéroport de Goma, stratégique pour la lutte contre l’épidémie d’Ebola qui frappe l’est de la République démocratique du Congo (RDC). RFI rapporte que cette prise de position souligne l’urgence humanitaire actuelle, alors que la fermeture de l’aéroport perturbe gravement la réponse médicale et logistique à la crise sanitaire.

Depuis janvier 2025, date à laquelle l’AFC/M23 a pris le contrôle de Goma, l’aéroport de la ville – considéré comme un hub humanitaire majeur pour l’ensemble de la région – reste inutilisable. Les conséquences de cette fermeture s’avèrent particulièrement critiques dans le contexte de l’épidémie d’Ebola, qui continue de progresser dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri. Denis Mukwege, médecin gynécologue et militant des droits humains, a souligné lors de son intervention que « l’accès aux soins et aux approvisionnements médicaux est aujourd’hui entravé par cette situation ».

Ce qu'il faut retenir

  • Le prix Nobel de la paix Denis Mukwege a appelé le 19 mai 2026 à la réouverture de l’aéroport de Goma, fermé depuis janvier 2025 après sa prise par l’AFC/M23.
  • Cet aéroport constitue un point d’entrée essentiel pour les équipes médicales et les fournitures destinées à lutter contre l’épidémie d’Ebola.
  • La fermeture prolongée de l’aéroport aggrave les difficultés logistiques pour la réponse sanitaire dans l’est de la RDC.
  • L’AFC/M23 maintient le contrôle de Goma depuis plus d’un an et demi, malgré les condamnations internationales.

Un appel humanitaire urgent dans un contexte sanitaire critique

L’épidémie d’Ebola en RDC, qui s’étend désormais depuis plusieurs mois, a déjà causé des centaines de morts dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri. Selon les dernières données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le taux de létalité de cette épidémie dépasse 60 %, un chiffre bien supérieur à la moyenne habituelle. Denis Mukwege, dont l’engagement en faveur des victimes de violences sexuelles et de conflits armés est internationalement reconnu, a rappelé que « chaque jour de fermeture de l’aéroport représente un retard dans l’acheminement des vaccins, des médicaments et des équipes médicales ».

La situation à Goma est d’autant plus préoccupante que la ville, située près de la frontière avec le Rwanda, est un carrefour logistique pour les organisations humanitaires. Les Nations unies et plusieurs ONG ont déjà alerté sur les risques d’une propagation incontrôlée du virus, faute d’un accès rapide aux zones les plus touchées. RFI indique que des discussions informelles auraient eu lieu entre les autorités locales et les représentants de l’AFC/M23, mais aucune avancée concrète n’a encore été enregistrée.

L’AFC/M23 face à ses responsabilités internationales

L’AFC/M23, groupe armé classé comme terroriste par plusieurs pays occidentaux, est accusé d’entraver délibérément l’accès des organisations humanitaires à Goma. Depuis sa prise de contrôle de la ville en janvier 2025, les rapports des ONG et des agences de l’ONU décrivent une restriction croissante des mouvements de personnes et de marchandises. Denis Mukwege a d’ailleurs insisté sur le fait que « rouvrir l’aéroport n’est pas une faveur, mais une obligation morale et une responsabilité légale au regard du droit international humanitaire ».

Les analystes politiques estiment que le groupe armé pourrait utiliser la question de la réouverture de l’aéroport comme un levier de négociation dans les discussions en cours avec le gouvernement congolais. En effet, malgré les multiples résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU appelant au retrait des forces du M23 des zones occupées, aucune solution durable n’a encore été trouvée. RFI souligne que cette situation illustre les tensions persistantes entre Kinshasa et les groupes armés, dans un contexte où l’État congolais peine à rétablir son autorité sur l’ensemble du territoire.

Et maintenant ?

La réouverture de l’aéroport de Goma dépendra avant tout de la volonté politique de l’AFC/M23, mais aussi de la capacité des acteurs internationaux à exercer une pression suffisante sur ce groupe. Pour l’instant, aucune date n’a été avancée, et les organisations humanitaires continuent de s’organiser pour contourner, autant que possible, les blocages logistiques. Une réunion d’urgence entre les représentants de l’ONU, de l’Union africaine et des autorités congolaises est prévue dans les prochains jours, mais aucun détail n’a filtré sur son ordre du jour.

Réactions et perspectives

Du côté des autorités congolaises, le gouvernement a réaffirmé sa volonté de « trouver une solution rapide » à la crise humanitaire, sans pour autant évoquer de mesures coercitives contre l’AFC/M23. Denis Mukwege, quant à lui, a appelé la communauté internationale à « agir sans délai », soulignant que « le temps presse » pour éviter une catastrophe sanitaire. Les États-Unis, l’Union européenne et l’Union africaine ont tous exprimé leur préoccupation, mais aucun mécanisme de pression concret n’a encore été annoncé.

Pour les habitants de Goma et des environs, la fermeture de l’aéroport signifie des difficultés accrues pour accéder aux soins, mais aussi pour recevoir des denrées alimentaires et des biens de première nécessité. RFI rapporte que des commerçants locaux commencent à ressentir les effets de cette paralysie, avec une hausse des prix des produits importés et une pénurie de certains médicaments essentiels.

L’aéroport de Goma est le principal point d’entrée pour les équipes médicales, les vaccins et les équipements de protection individuelle. Sa fermeture limite considérablement la capacité des organisations comme l’OMS ou Médecins Sans Frontières à intervenir rapidement dans les zones touchées par l’épidémie.