L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a revu en forte baisse son estimation du nombre de cas suspects d’Ebola en République démocratique du Congo (RDC) et en Ouganda, passant de 906 à 116 en une semaine, selon BMF - International. Cette révision s’accompagne d’une augmentation des cas confirmés, qui s’élèvent désormais à 330, contre 134 précédemment. Christian Lindmeier, porte-parole de l’organisation, a précisé lors d’un point presse à Genève, mardi 2 juin 2026, que de nombreux malades avaient été « écartés après vérification », car souffrant d’autres pathologies ou présentant seulement un épisode de fièvre sans symptôme supplémentaire.

Ce qu'il faut retenir

  • 116 cas suspects d’Ebola désormais recensés en RDC et en Ouganda, contre 906 la semaine dernière (chiffre du 29 mai 2025).
  • 330 cas confirmés de la maladie, soit une hausse de 134 à 330 en sept jours.
  • 49 décès confirmés et 6 guérisons enregistrés à ce jour par l’OMS.
  • L’épidémie a été déclarée le 15 mai 2026 dans le nord-est de la RDC, avec une propagation limitée pour l’instant à l’Ouganda voisin.
  • L’OMS a déclenché une alerte sanitaire internationale, tandis que l’Africa CDC prévoit un vaccin d’ici la fin de l’année.

Une révision drastique des chiffres, liée à des vérifications accrues

Cette baisse spectaculaire du nombre de cas suspects s’explique par un processus de vérification intensifié. Comme l’a expliqué Christian Lindmeier, « de nombreux malades ont été écartés après vérification et souffrent soit d’autres maladies, soit n’ont présenté qu’un épisode de fièvre sans autre symptôme ». L’OMS considère désormais comme « suspects » toute personne repérée par le système de surveillance ou se présentant dans un établissement de santé avec des symptômes pouvant évoquer Ebola. Cette définition large avait conduit à une surestimation initiale des cas.

Dans le même temps, le nombre de cas confirmés a augmenté, reflétant une meilleure identification des patients réellement infectés. Christian Lindmeier a souligné que cette révision « permet d’avoir une vision plus précise de l’épidémie », évitant ainsi une confusion entre symptômes similaires à ceux d’autres maladies tropicales fréquentes dans la région, comme le paludisme ou la fièvre typhoïde.

Une épidémie déclarée en mai dans une région déjà fragilisée

L’épidémie d’Ebola en RDC a été officiellement déclarée le 15 mai 2026 dans la province de l’Ituri, dans le nord-est du pays, une zone déjà touchée par des conflits armés et des crises humanitaires récurrentes. L’Ouganda, pays voisin, est le seul autre État où des cas ont été confirmés à ce jour, avec neuf infections, dont un décès. Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS, s’est rendu sur place le 30 mai pour évaluer la situation et coordonner la réponse internationale.

Cette région de l’Ituri, frontalière avec l’Ouganda, est connue pour sa vulnérabilité aux épidémies en raison d’un accès limité aux soins, d’une mobilité transfrontalière importante et d’un système de santé sous-financé. L’OMS a donc activé une alerte sanitaire internationale, un dispositif exceptionnel réservé aux urgences de santé publique de portée mondiale.

Des chiffres qui contrastent avec les estimations de l’Africa CDC

Les données publiées par l’OMS diffèrent de celles avancées par l’Africa CDC, l’agence sanitaire de l’Union africaine, qui recensait encore 1 139 cas suspects et 246 décès probables le 29 mai. Cette différence s’explique en partie par la méthodologie employée : l’OMS ne retient plus les décès « probables », contrairement à l’Africa CDC, qui inclut dans ses statistiques les cas présentant des symptômes évocateurs mais non confirmés en laboratoire. Par ailleurs, l’OMS a révisé à la baisse ses critères de classement des cas suspects, ce qui explique l’écart entre les deux sources.

Cette disparité illustre les défis auxquels sont confrontés les systèmes de santé en Afrique centrale, où les capacités de diagnostic et de suivi épidémiologique restent limitées. L’Africa CDC a d’ailleurs réaffirmé son engagement à fournir un vaccin contre la souche Bundibugyo d’ici la fin de l’année 2026, tandis que l’OMS mène des essais cliniques pour évaluer l’efficacité de traitements existants contre cette souche, pour laquelle aucun vaccin n’est encore disponible.

Des perspectives d’amélioration, mais des risques persistants

Malgré cette révision à la baisse, la situation reste sous haute surveillance. Les 49 décès confirmés et les 6 guérisons enregistrées à ce jour rappellent la dangerosité du virus Ebola, dont le taux de létalité peut dépasser 50 % selon les souches. La souche Bundibugyo, en cause dans cette épidémie, est l’une des moins documentées et l’une des plus contagieuses, ce qui explique la prudence des autorités sanitaires.

Les autorités locales et internationales misent sur un renforcement des mesures de détection précoce et de traçage des contacts, ainsi que sur la sensibilisation des populations. « La vigilance doit rester maximale », a rappelé Christian Lindmeier, tout en saluant les progrès réalisés dans l’identification des cas. L’OMS collabore étroitement avec les gouvernements de la RDC et de l’Ouganda pour éviter une propagation plus large, notamment dans les zones frontalières où les mouvements de population sont fréquents.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront déterminantes pour évaluer l’évolution de l’épidémie. L’OMS devrait publier un nouveau bilan d’ici le 9 juin 2026, qui permettra de confirmer si la tendance à la baisse des cas suspects se poursuit. Par ailleurs, les premières livraisons de vaccins promises par l’Africa CDC pourraient commencer dès le quatrième trimestre 2026, sous réserve des résultats des essais cliniques en cours. En attendant, la priorité reste la prévention, avec une attention particulière portée aux zones où l’accès aux soins est le plus difficile.

Cette épidémie rappelle une fois encore les défis posés par les maladies infectieuses émergentes en Afrique, dans un contexte où les ressources sanitaires sont souvent limitées. Si les chiffres révisés par l’OMS sont encourageants, la prudence s’impose : chaque cas non détecté ou mal pris en charge pourrait relancer la propagation du virus.

L’épidémie actuelle est causée par la souche Bundibugyo, l’une des six souches connues du virus Ebola. Cette souche est particulièrement contagieuse et présente un taux de létalité élevé, ce qui en fait une menace sanitaire majeure. Aucun vaccin n’est encore disponible pour cette souche, bien que des essais cliniques soient en cours sous l’égide de l’OMS.

Les écarts s’expliquent par des méthodologies distinctes. L’OMS ne retient plus les décès « probables » et a révisé ses critères de classement des cas suspects, ce qui a conduit à une baisse du nombre de cas suspects. L’Africa CDC, en revanche, inclut dans ses statistiques les cas présentant des symptômes évocateurs mais non confirmés en laboratoire, ainsi que les décès probables, d’où des chiffres plus élevés.