Lors des Rencontres économiques d’Aix-en-Provence, les dirigeants des deux géants français de l’énergie, EDF et TotalEnergies, ont mis en avant la nécessité de s’allier aux industriels chinois pour accélérer la transition vers une électrification décarbonée. Selon BFM Business, cette prise de position intervient alors que la Chine démontre une capacité d’exécution sans équivalent en matière de construction d’infrastructures énergétiques.

Ce qu'il faut retenir

  • Les PDG d’EDF et de TotalEnergies ont appelé à une collaboration avec les industriels chinois lors des Rencontres économiques d’Aix-en-Provence, le 4 juillet 2026.
  • Bernard Fontana (EDF) a souligné l’efficacité de l’industrie nucléaire chinoise, capable de réaliser en « deux semaines » ce qui prendrait « deux ans » en France.
  • Patrick Pouyanné (TotalEnergies) a évoqué la construction d’un réacteur nucléaire par mois en Chine, un rythme rendu possible par un cadre réglementaire plus souple.
  • Les deux dirigeants ont proposé des co-entreprises avec une répartition du capital de 51%-49% et un partage des technologies, sur le modèle des exigences chinoises envers les groupes européens.
  • Ils estiment que l’Europe ne peut se permettre de rester à l’écart de cette dynamique sous peine de subir un retard stratégique.

Côté EDF, le PDG Bernard Fontana a partagé son expérience d’un récent déplacement en Chine, où il a pu observer de près le développement de la filière nucléaire locale. Dans une déclaration rapportée par BFM Business, il a décrit un « partenariat ancien » avec « nos amis chinois », tout en insistant sur l’autonomie méthodologique de cette collaboration. « L’aide qu’ils nous apportent, elle est méthodologique et ils le font avec plaisir, mais ça ne crée pas une dépendance », a-t-il affirmé. L’enjeu, selon lui, est de « voir que les enjeux sont à notre portée et qu’il faut aller les chercher ».

Quant à Patrick Pouyanné, le PDG de TotalEnergies, il a mis en lumière la « capacité d’exécution » des industriels chinois, qu’il a pu constater lors d’une visite récente en Chine. « J’ai essayé de comprendre comment ils arrivent à construire un réacteur par mois en ce moment, des usines absolument neuves en deux ans », a-t-il expliqué. Pour lui, la différence majeure réside dans les procédures administratives : « En Chine, quand ils veulent construire une usine nouvelle, ça y est, deux ans, ça va, la zone industrielle est libérée et on construit. »

« Je pense que maintenant il faut qu’on leur dise de venir, mais à nos conditions. Moi, je n’ai pas peur des Chinois. Je pense que l’Europe, ce n’est pas en mettant la ligne Maginot qu’on va y arriver. Il va se passer pire : ils vont rentrer sans nous rien nous apporter. »
Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies

Pour les deux dirigeants, l’enjeu est double : accélérer la transition énergétique en Europe et éviter un retard structurel face à la Chine. Pouyanné a proposé de créer des co-entreprises avec les industriels chinois, en s’inspirant du modèle qu’ils imposent eux-mêmes aux groupes européens s’implantant sur leur territoire. « Ce qu’il faut, c’est mettre maintenant des conditions », a-t-il insisté, évoquant une répartition du capital de 51%-49% et un partage des technologies. « Maintenant, nous Européens, on doit faire cela, on a besoin d’eux, sinon on va être en retard », a-t-il ajouté.

Cette prise de position intervient dans un contexte où la Chine domine déjà largement le marché des équipements et infrastructures liés aux énergies renouvelables et au nucléaire. Selon les dernières données disponibles, le pays représente plus de 70 % de la production mondiale de panneaux solaires et est le premier constructeur de réacteurs nucléaires au monde, avec un objectif affiché de 100 nouveaux réacteurs d’ici 2035. « Ce qui est impressionnant, c’est la capacité d’exécution des Chinois », a résumé Pouyanné, soulignant que leur avance repose autant sur des choix industriels que sur un cadre réglementaire plus réactif.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes dépendront des réactions des pouvoirs publics européens et des industriels locaux. Une réunion de travail entre la Commission européenne et les représentants des deux groupes énergétiques est attendue d’ici la fin de l’année 2026 pour préciser les modalités d’une éventuelle collaboration avec la Chine. Par ailleurs, les associations de défense de l’environnement pourraient exercer des pressions pour que les conditions de transfert de technologies soient strictement encadrées, notamment en matière de protection des données industrielles.

Reste à voir si les propositions de Fontana et Pouyanné seront suivies d’effets concrets. La question d’un éventuel rattrapage technologique se pose, alors que l’Europe tente de concilier transition énergétique et souveraineté industrielle. Pour l’heure, les deux PDG ont clairement indiqué que l’inaction n’était plus une option.

Leur avance tient à deux facteurs principaux : une capacité de production massive et un cadre réglementaire plus flexible. En Chine, les délais pour obtenir des autorisations de construction sont bien inférieurs à ceux observés en Europe, où les procédures administratives peuvent s’étendre sur plusieurs années. De plus, les industriels chinois maîtrisent l’ensemble de la chaîne de valeur, des minerais critiques aux infrastructures clés, ce qui leur confère une position dominante sur les marchés mondiaux.