Lors du sommet Africa Forward organisé à Nairobi, au Kenya, le président français Emmanuel Macron a dévoilé lundi un engagement financier de 23 milliards d’euros en faveur du continent africain, dont 14 milliards d’investissements strictement français, publics et privés. Neuf milliards supplémentaires proviennent d’investisseurs africains, comme l’a précisé l’Élysée. Ces annonces, faites en clôture du forum économique du Sommet franco-africain, interviennent dans un contexte où Paris cherche à renforcer ses partenariats sur le continent, face à une concurrence accrue et à un recul de son influence dans ses anciennes colonies.
Selon BFM Business, ces 14 milliards d’euros d’investissements français se répartissent entre des acteurs privés (entreprises, fondations et fonds d’investissement) et des projets portés par les opérateurs français de l’aide au développement, notamment l’Agence française de développement (AFD), Proparco et la Direction générale du Trésor (DG Trésor). Le Kenya, pays hôte anglophone, a accueilli ce sommet inédit, marquant une volonté française de diversifier ses relations économiques en Afrique, traditionnellement concentrées sur l’Afrique francophone.
Ce qu'il faut retenir
- 23 milliards d’euros d’investissements annoncés pour l’Afrique, dont 14 milliards d’euros en provenance de la France (publics et privés).
- Les 9 milliards restants proviennent d’investisseurs africains, selon les précisions de l’Élysée rapportées par BFM Business.
- Le sommet Africa Forward, premier du genre en terre anglophone, a réuni plus de 30 dirigeants africains aux côtés d’Emmanuel Macron.
- Parmi les engagements concrets, le groupe CMA CGM a annoncé un investissement de 700 millions d’euros pour moderniser un terminal portuaire à Mombasa, au Kenya.
- La France fait face à une montée du sentiment anti-français dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, où des juntes militaires ont rompu avec Paris ces dernières années.
Un sommet historique pour relancer les partenariats économiques
Le sommet Africa Forward, qui s’est tenu du 6 au 11 mai 2026 à Nairobi, a marqué une étape symbolique dans la stratégie française en Afrique. Pour la première fois, la France a organisé un tel événement dans un pays anglophone, reconnaissant ainsi l’importance économique croissante des États non francophones du continent. Parmi les participants figuraient plus de 30 chefs d’État africains, dont le président kenyan William Ruto, ainsi que des figures majeures du secteur privé français et africain.
Lors d’une table ronde avec de jeunes entrepreneurs, Emmanuel Macron a souligné l’importance d’une autonomie stratégique commune entre l’Europe et l’Afrique. « Beaucoup de solutions sont faites aux États-Unis ou en Chine », a-t-il déclaré. « Je pense que nous menons un combat commun (...) qui consiste à construire notre autonomie stratégique pour l’Europe et l’Afrique. Et si nous la construisons ensemble, nous serons bien plus forts. » Selon BFM Business, cette déclaration s’inscrit dans une volonté de contrer l’influence grandissante de Pékin et Washington sur le continent.
Des accords concrets pour moderniser les infrastructures et les secteurs clés
Le sommet a été l’occasion d’annoncer plusieurs partenariats stratégiques. Parmi les plus notables, le groupe français CMA CGM, propriétaire de BFM Business, a révélé un investissement de 700 millions d’euros pour moderniser le terminal à conteneurs du port de Mombasa, un projet visant à renforcer les capacités logistiques du Kenya. D’autres secteurs, comme les énergies propres et l’intelligence artificielle, ont également été mis en avant, sans que des montants précis ne soient communiqués.
Le Kenya, qui mise sur le sommet pour attirer des investisseurs français, espère tirer parti de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Le pays cherche aussi à faire avancer les discussions sur un système financier mondial plus équitable, notamment pour les États africains fortement endettés. « Nous pensons qu’il serait positif que les résultats essentiels de cette réunion (...) puissent également être intégrés comme points clés à l’ordre du jour du G7 », a indiqué à Reuters le ministre kenyan des Affaires étrangères, Musalia Mudavadi. Le président Ruto participera d’ailleurs au sommet du G7, prévu en juin 2026 à Évian-les-Bains, sur invitation de la France, qui assure la présidence tournante du groupe.
Une relation franco-africaine sous tension, mais des efforts de diversification
Cette initiative intervient alors que les relations entre la France et plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest se sont dégradées ces dernières années. Les coups d’État au Mali, au Burkina Faso et au Niger depuis 2020 ont conduit à l’expulsion des troupes françaises, remplacées par des mercenaires russes. En juillet 2025, Paris a également cédé le contrôle de sa dernière grande base militaire au Sénégal, après que le président Bassirou Diomaye Faye a jugé les installations françaises incompatibles avec la souveraineté du pays.
Malgré ces tensions, Emmanuel Macron a minimisé l’absence de certains dirigeants ouest-africains, comme Faye, lors du sommet. Il a souligné que des représentants de la société civile et plusieurs chefs d’État étaient présents, tout en reconnaissant les défis persistants. « Nous sommes face à une compétition accrue sur le continent », a-t-il admis, sans évoquer directement les revers diplomatiques récents. La croissance des échanges commerciaux entre la France et l’Afrique a été présentée comme un argument central du sommet, alors que d’autres acteurs, notamment la Chine, renforcent leur présence économique.
Des projets ambitieux, mais des défis persistants
Parmi les autres annonces marquantes, la présence de l’industriel nigérian Aliko Dangote, homme le plus riche d’Afrique, aux côtés de dirigeants d’entreprises comme TotalEnergies ou Orange, a illustré la volonté de mobiliser des acteurs privés des deux continents. Les discussions ont également porté sur des enjeux transversaux, tels que la transition énergétique ou l’innovation technologique, dans un contexte où l’Afrique cherche à réduire sa dépendance aux modèles étrangers.
Pour le Kenya, l’enjeu est double : attirer des capitaux français pour profiter de la ZLECAf, tout en défendant une réforme des institutions financières internationales, jugées défavorables aux pays africains endettés. Le pays mise aussi sur ce sommet pour relancer des projets suspendus, comme l’extension d’une autoroute confiée en 2025 à un consortium chinois après l’échec d’un accord avec le groupe français Vinci, pour un montant dépassant le milliard de dollars.
Ces annonces interviennent alors que Paris tente de réinventer ses relations avec le continent, après une série de revers politiques et sécuritaires. Si les investissements français en Afrique restent significatifs, leur impact dépendra désormais de la capacité à répondre aux attentes locales, dans un contexte où la concurrence internationale ne cesse de s’intensifier.
Les secteurs prioritaires mentionnés incluent les énergies propres, l’intelligence artificielle, les infrastructures portuaires (comme le projet de modernisation du port de Mombasa par CMA CGM) et les technologies numériques. Aucun montant global n’a été précisé pour ces secteurs, mais des engagements concrets ont été pris dans chacun d’eux.
Le Kenya, pays anglophone et économie dynamique d’Afrique de l’Est, a été choisi pour diversifier les partenariats français en Afrique, traditionnellement concentrés sur l’Afrique francophone. Ce choix reflète aussi une volonté de s’adresser à de nouveaux marchés, comme l’a confirmé la présence de dirigeants et d’investisseurs locaux et internationaux lors du sommet.