Alors que le président Emmanuel Macron entame la dernière année de son second mandat, les derniers mois à la tête de l’État s’annoncent marqués par des défis inédits. Entre le départ de collaborateurs clés, une influence réduite sur la scène nationale et l’incertitude de l’après-2027, l’ambiance à l’Élysée reflète une fin de règne complexe, comme le rapporte BFM - Politique.
Le phénomène n’est pas isolé : tous les présidents de la Ve République ont connu des difficultés similaires en fin de mandat. Le départ anticipé de collaborateurs de haut niveau, une priorité redirigée vers l’international et l’ombre de l’après-mandat pèsent sur cette période charnière.
Ce qu'il faut retenir
- Le secrétaire général de l’Élysée, Emmanuel Moulin, a quitté ses fonctions pour prendre la tête de la Banque de France, marquant le début d’une série de départs parmi les proches conseillers.
- Une dizaine de conseillers d’Emmanuel Macron ont déjà quitté l’Élysée depuis le début de l’année 2026, dont Émilie Piette et Constance Bensussan, parties respectivement diriger RTE et la CNAF.
- Le président enchaîne les déplacements internationaux, multipliant les sommets en Europe, en Afrique et en Arménie, dans un contexte géopolitique toujours plus tendu.
- L’incertitude plane sur l’avenir politique de Macron après 2027, malgré ses déclarations rassurantes sur son désengagement de la vie politique.
Des collaborateurs qui quittent le navire avant l’heure
L’Élysée, institution où l’entourage proche du président joue un rôle central, subit une hémorragie de talents. Depuis janvier 2026, une dizaine de conseillers ont quitté leurs postes, souvent pour des fonctions prestigieuses dans le public ou le privé. Parmi eux, Émilie Piette, secrétaire générale adjointe, a pris la présidence de RTE en mars, tandis que Constance Bensussan, autre secrétaire générale adjointe, a été nommée à la tête de la Caisse nationale des allocations familiales fin avril.
D’autres départs marquants ont également eu lieu : Anne-Claire Legendre, conseillère pour l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient, a été remplacée à l’Institut du monde arabe par Jack Lang, tandis que Catherine Pégard, conseillère Culture, a pris le ministère de la Culture après le départ de Rachida Dati. « On sous-estime à quel point l’Élysée tourne avec peu de personnes, souvent en lien d’immense proximité avec le chef de l’État. Aucun départ n’est anodin, ni professionnellement ni humainement », confie un ancien collaborateur de Nicolas Sarkozy à BFM - Politique.
Un vivier restreint pour recruter des remplaçants
Trouver des successeurs à ces collaborateurs n’est pas une mince affaire. Les candidats potentiels sont rares, tant les postes à l’Élysée exigent des compétences pointues, des horaires extensibles et une capacité à gérer des responsabilités écrasantes. « Concrètement, cela revient à demander à des cadres déjà bien installés de quitter leur poste pour un CDD qui s’achève en mai 2027. C’est un pari risqué », souligne un ancien chargé de mission de l’Élysée.
Cette difficulté est d’autant plus marquée après près de dix ans de « macronisme », une période qui a épuisé une partie du vivier traditionnel des conseillers politiques. Les profils disponibles sont souvent moins expérimentés ou moins enclins à s’engager dans une aventure aussi incertaine.
L’international comme planche de salut
Face à la perte d’influence sur la scène intérieure — renforcée par l’échec de la dissolution de 2024 et l’absence de majorité claire — Emmanuel Macron mise sur l’international pour maintenir une visibilité politique. Depuis avril 2026, le président enchaîne les déplacements : sommet de l’UE à Chypre, exercices militaires dans l’est de la France, tournée en Arménie, puis en Afrique. Sans oublier le G7 prévu à Évian dans les prochaines semaines.
Ce recentrage sur la diplomatie n’a rien d’inédit. « C’est un grand classique des fins de mandat : se redéployer sur l’international, car c’est souvent là que restent les principaux leviers d’action », observe Dominique Bussereau, ancien ministre de Jacques Chirac. Même François Hollande, après son quinquennat, avait souligné l’importance de cette dimension dans les derniers mois de sa présidence.
« Quand la présidentielle se lance, les caméras ne sont plus braquées sur vous. Et ça n’a rien d’évident quand vous avez été sous les feux des projecteurs pendant des années. »
L’ombre de l’après-mandat : un défi personnel et politique
À moins de 50 ans à la fin de son mandat, Emmanuel Macron dispose d’une longue carrière professionnelle devant lui. Pourtant, l’incertitude plane sur ses projets futurs. Lors d’un échange avec des élèves à Chypre fin avril 2026, il a déclaré : « Je n’ai pas fait de politique avant et j’en ferai pas après. » Une affirmation que certains dans son entourage peinent à croire.
Les précédents présidentiels montrent que le retour dans l’arène politique est une tentation récurrente. Nicolas Sarkozy a tenté sa chance lors de la primaire de la droite en 2016, tandis que François Hollande a retrouvé un siège de député en 2024 et pourrait jouer un rôle à gauche en 2027. « Emmanuel Macron a au moins 20 ans de vie professionnelle devant lui. Mais comment se réinventer quand on a été président et que la politique a occupé toute sa vie ? », s’interroge un pilier de la macronie.
Dans son camp, certains évoquent même une éventuelle candidature en 2032. Pourtant, l’histoire récente rappelle que l’après-Élysée peut être une période de solitude. « Il espérait que les députés de droite viendraient régulièrement solliciter son avis. Cela n’a pas été aussi fréquent qu’il l’espérait. Les gens vous oublient vite », confie Paul Poudade, ancien chef du protocole de l’Élysée.
Cette dernière année à l’Élysée s’annonce donc comme une période de transition, où le président devra concilier la gestion du quotidien avec une forme de transition vers un nouveau rôle — qu’il soit politique ou non. Une équation qui, pour ses prédécesseurs, s’est souvent révélée plus complexe que prévu.
Pour l’instant, le président a indiqué n’avoir « pas réfléchi » à une telle éventualité, selon ses déclarations de mai 2025. Toutefois, l’histoire des fins de mandat suggère que les projets personnels évoluent souvent avec le temps. Rien n’est exclu, mais aucune indication concrète ne permet d’étayer cette hypothèse à ce stade.
Parmi les postes clés déjà pourvus depuis début 2026 : Émilie Piette à la tête de RTE, Constance Bensussan à la CNAF, et Catherine Pégard au ministère de la Culture. D’autres nominations sont en cours pour remplacer les conseillers ayant quitté l’Élysée.