Au soir du 27 mars 1934, près de la frontière libano-palestinienne, une poignée de personnalités attendent l’arrivée d’un visiteur de marque : le Dr Chaim Weizmann. Ce chimiste russe naturalisé britannique, alors président de l’Organisation sioniste mondiale, a troqué ses éprouvettes pour les salons diplomatiques afin de plaider la cause d’un État juif. Sa venue à Beyrouth, rapportée par L’Orient-Le Jour et relayée par Courrier International, marque l’un des premiers échanges publics entre des représentants sionistes et des figures chrétiennes libanaises, dans un contexte régional encore marqué par le mandat français au Liban (1920-1943).

Weizmann, dont le nom deviendra plus tard celui du premier président d’Israël en 1948, entame une tournée régionale pour renforcer les relations avec les voisins arabes de la Palestine mandataire. Beyrouth, alors ville cosmopolite et carrefour des influences méditerranéennes, constitue une étape clé. Selon Courrier International, sa visite s’inscrit dans une stratégie plus large visant à établir des ponts avec les élites locales, y compris celles de confession chrétienne, alors majoritaires au Liban.

Ce qu’il faut retenir

  • Le 27 mars 1934, Chaim Weizmann est attendu près de la frontière libano-palestinienne par des personnalités locales, dans le cadre d’une tournée diplomatique.
  • Cette visite intervient sous le mandat français au Liban (1920-1943), période durant laquelle la France administre les territoires du Levant.
  • Le 28 mars 1934, Weizmann rencontre le haut-commissaire français au Levant, M. de Martel, au Grand Sérail, siège actuel du gouvernement libanais.
  • Il se rend ensuite à Bkerké, siège du patriarcat maronite, où il s’entretient avec le patriarche maronite Mgr Arida (1932-1955), en insistant sur les « relations cordiales » entre sa communauté et les Libanais.
  • L’Orient-Le Jour, quotidien francophone libanais fondé en 1971, joue un rôle central dans la couverture de cette histoire, en tant que titre historique de l’élite chrétienne avant de se diversifier.
  • Cette rencontre illustre les premières tentatives de dialogue entre sionistes et chrétiens libanais, bien avant la création d’Israël en 1948.

Une visite protocolaires sous haute surveillance

Dès son arrivée à Beyrouth, le 28 mars 1934, Chaim Weizmann est reçu au Grand Sérail, siège du gouvernement libanais sous le mandat français. Il y est accueilli par le haut-commissaire français au Levant, M. de Martel, figure centrale de l’administration coloniale. Selon Courrier International, les discussions portent principalement sur le développement des échanges commerciaux entre la Palestine mandataire et le Liban, ainsi que sur le renforcement des liens amicaux entre les populations des deux territoires voisins.

Cette rencontre, bien que protocolaires, revêt une importance symbolique. Le Liban, alors sous tutelle française, est un acteur clé dans la région. La présence de Weizmann à Beyrouth reflète l’intérêt des sionistes pour le Liban, pays perçu comme un pont entre l’Occident et le monde arabe. L’Orient-Le Jour, qui couvre l’événement, souligne à l’époque l’ouverture des milieux chrétiens libanais à ce type d’échanges, malgré les tensions grandissantes en Palestine.

Un dialogue avec l’Église maronite, pilier de la société libanaise

L’après-midi du même jour, la délégation sioniste se rend à Bkerké, siège de l’Église maronite au nord de Beyrouth. Weizmann y est reçu par le patriarche maronite Mgr Arida, qui dirige l’Église entre 1932 et 1955. Le leader sioniste y déclare, selon les comptes-rendus de l’époque : « « Sa communauté est heureuse d’entretenir des relations cordiales avec les populations libanaises » », une phrase rapportée par Courrier International et reprise par L’Orient-Le Jour.

Ce message, bien que mesuré, marque une volonté de dialogue avec les chrétiens libanais, alors perçus comme un interlocuteur privilégié. À cette époque, les maronites, concentrés dans les zones montagneuses et urbaines, jouent un rôle politique et social majeur au Liban. Leur soutien, même discret, pourrait s’avérer précieux pour les sionistes dans leur quête d’un État juif. Les archives de L’Orient-Le Jour révèlent que cette rencontre, bien que confidentielle, est perçue comme un pas vers une reconnaissance mutuelle dans une région en pleine mutation.

Un quotidien libanais au cœur de l’histoire : L’Orient-Le Jour

L’Orient-Le Jour, quotidien francophone né en 1971 de la fusion entre L’Orient et Le Jour, est aujourd’hui l’un des titres les plus lus au Liban et parmi la diaspora libanaise francophone. Fondé dans un contexte de guerre civile (1975-1990), il s’est progressivement imposé comme une voix influente, défendant la souveraineté libanaise et les libertés, notamment face à la tutelle syrienne (1990-2005).

Historiquement proche de l’élite chrétienne de droite, le journal a su se renouveler ces quinze dernières années, modernisant sa rédaction et lançant une version anglophone, L’Orient Today. Aujourd’hui, il reste l’un des médias les plus critiques à l’égard de l’influence croissante du Hezbollah, parti chiite armé soutenu par l’Iran, et de son rôle dans la vie politique libanaise. Courrier International, qui reprend cette histoire, souligne ainsi l’importance de la presse libanaise dans la préservation de la mémoire historique du pays.

Et maintenant ?

Plus de quatre-vingt-dix ans après cette visite, les relations entre Israël et le Liban restent marquées par des tensions persistantes, notamment en raison du conflit israélo-palestinien et de la présence du Hezbollah à la frontière sud. Si ces échanges discrets de 1934 n’ont pas empêché l’éclatement de guerres successives, ils rappellent cependant l’importance des dialogues informels dans l’histoire régionale. Aujourd’hui, les questions de souveraineté et de coexistence au Liban, ainsi que les dynamiques géopolitiques au Proche-Orient, continuent de façonner les relations entre les communautés de la région.

Pour les historiens, cette visite de Chaim Weizmann à Beyrouth reste un épisode méconnu mais révélateur des tentatives de rapprochement entre sionistes et chrétiens libanais, bien avant les conflits des décennies suivantes. Elle illustre également le rôle central joué par le Liban, et par son presse, dans la documentation des événements qui ont façonné le Moyen-Orient moderne.

Le Liban, sous mandat français, était perçu comme une porte d’entrée vers le monde arabe et une région stable comparée à la Palestine, alors en proie à des tensions croissantes entre communautés juives et arabes. De plus, les chrétiens libanais, notamment les maronites, étaient considérés comme des alliés potentiels en raison de leurs liens historiques avec l’Occident.