Alors que l'Alternativ für Deutschland (AfD), parti d'extrême droite allemand, tient ce week-end les 4 et 5 juillet son congrès annuel à Erfurt, capitale de la Thuringe, des militants antifascistes mènent depuis près de trois mois une campagne de porte-à-porte dans la région pour alerter sur la montée de ce mouvement. Selon Franceinfo - Politique, ces activistes, répartis par équipes de deux, ont déjà frappé à près de 20 000 portes et distribué autant de tracts dans une démarche visant à sensibiliser la population aux risques liés à l'extrême droite.
Ce qu'il faut retenir
- L'AfD organise son congrès les 4 et 5 juillet 2026 à Erfurt, en Thuringe, avec plus de 1 200 participants attendus
- Un collectif antifasciste mène depuis trois mois une campagne de porte-à-porte ayant touché près de 20 000 foyers
- En Thuringe, un électeur sur trois a voté pour l'AfD lors des régionales de 2024
- Les militants rencontrent aussi bien des soutiens que des opposants à leur démarche, certains saluant leur engagement
- Plus de 60 000 manifestants sont attendus ce week-end pour protester contre l'AfD
Depuis le mois d'avril 2026, le collectif Résister — ou Widersetzen en allemand — sillonne Erfurt et ses environs afin de discuter avec les habitants des dangers que représente, selon eux, la progression de l'AfD. Ce parti, désormais première force d'opposition au Bundestag, organise son congrès sous haute surveillance dans la capitale thuringienne. Les militants, comme Lola, 24 ans, et Carlos, 22 ans, frappent aux portes sans distinction de quartier, que ce soit dans les zones résidentielles aisées ou dans les cités ouvrières.
Leur démarche repose sur deux axes principaux : inciter les électeurs de l'AfD à lire le programme du parti — qu'ils sont souvent nombreux à ignorer — et rappeler à l'ensemble de la population que l'extrême droite ne doit pas devenir une force gouvernante. « Beaucoup de gens n'aiment pas l'AfD mais ils ont peur de le dire publiquement ou de manifester », explique Carlos. « Nous, on leur dit : "Rejoins-nous, nous sommes des milliers et c’est notre force. Il est temps d’agir avant que l’AfD ne soit en mesure de gouverner seule." »
Les retours sont contrastés. Si certains habitants ferment la porte au nez des militants, d'autres accueillent favorablement leur initiative. C'est le cas de Christine, 65 ans, qui salue leur courage : « Ils sont courageux de s’y opposer. C’est très bien que ces jeunes aient déjà compris que ce n’est pas la bonne voie. La démocratie a été durement acquise, c’est un bien précieux. On s’est battus pour. »
Cette campagne s'inscrit dans un contexte électoral tendu. En Thuringe, région traditionnellement marquée par une forte présence de l'AfD, près d'un électeur sur trois a choisi ce parti lors des élections régionales de 2024. Ce soutien massif dans un Land de l'ex-RDA illustre la progression constante de l'extrême droite dans l'ex-Allemagne de l'Est, où elle réalise régulièrement des scores supérieurs à la moyenne nationale.
Les militants du collectif Résister ne sont pas les seuls à s'opposer à l'AfD. Ce week-end, ils prendront part aux manifestations prévues aux côtés d'autres opposants. Selon les organisateurs, plus de 60 000 personnes devraient défiler dans les rues d'Erfurt pour dénoncer les positions du parti, notamment ses références ambiguës au nazisme, un sujet régulièrement pointé du doigt par les détracteurs de l'AfD. Ces références, ainsi que ses prises de position sur l'immigration ou l'identité nationale, ont valu au parti d'être surveillé de près par les services de renseignement allemands.
Pour Lola, l'enjeu est clair : « Quand on tombe sur des électeurs de l’AfD, on leur recommande de lire le programme du parti, ce que souvent ils n’ont pas fait », précise-t-elle. « Bien sûr, parfois on nous claque la porte au nez. Mais ce n’est pas grave. » Cette détermination contraste avec le climat de peur que l'AfD cherche à entretenir, selon plusieurs observateurs. Le parti multiplie en effet les discours sur l'insécurité et l'immigration, thèmes qui résonnent particulièrement dans certaines franges de la population allemande.
Pour les opposants à l'AfD, l'objectif reste d'empêcher le parti de franchir la ligne jaune menant à une participation au pouvoir. En Allemagne, où la culture de la mémoire historique est forte, la perspective de voir l'extrême droite accéder à des responsabilités gouvernementales locales ou nationales suscite une mobilisation croissante. Les prochains mois s'annoncent donc décisifs pour les deux camps.
La Thuringe, comme d'autres Länder de l'ex-Allemagne de l'Est, concentre des facteurs socio-économiques et historiques favorables à l'AfD. Le chômage structurel, le déclin démographique et une défiance envers les partis traditionnels expliquent en partie ce vote protestataire. De plus, la région a été le théâtre de tensions mémorielles liées à l'histoire du nazisme et du communisme, ce qui nourrit un discours sur la nécessité de « protéger » l'identité allemande.