L’écart générationnel entre Marine Le Pen et Jordan Bardella, respectivement figure historique et président actuel du Rassemblement national (RN), s’accompagne de trajectoires politiques distinctes, mais aussi de points communs dans leur ascension au sein du parti. Selon Le Figaro - Politique, cette comparaison éclaire les dynamiques internes du mouvement et les enjeux pour l’avenir, à quelques mois de l’élection présidentielle.

Alors que Marine Le Pen a forgé sa carrière dans les arènes électorales dès les années 1990, Jordan Bardella, aujourd’hui âgé de 27 ans de moins que son aînée, a gravi les échelons plus récemment. Leur relation pourrait même évoluer vers un relais générationnel, comme ce fut le cas lors de la passation de la présidence du RN en novembre 2022.

Ce qu'il faut retenir

  • Marine Le Pen s’est présentée pour la première fois sous son nom aux législatives de 1993 à Paris, obtenant 11,1 % des voix dans la 16e circonscription face à Bernard Pons.
  • Jordan Bardella, lui, a tenté sans succès en 2015 de conquérir le canton de Tremblay-en-France, en Seine-Saint-Denis, à l’âge de 19 ans et demi.
  • Les deux responsables ont adhéré au parti à 18 ans (Marine Le Pen en 1986, Bardella en 2012) après avoir été marqués par des défaites électorales précoces.
  • Le RN, sous leur direction, doit désormais anticiper l’après-2027, avec des spéculations sur un possible changement de garde pour la présidentielle.

Deux parcours politiques aux antipodes de l’expérience

Marine Le Pen a entamé sa carrière politique bien avant l’ère des réseaux sociaux. Selon Le Figaro - Politique, elle a figuré en 1989 en dernière position sur la liste du Front national (FN) pour les municipales à Saint-Cloud, à seulement 20 ans et demi. Son premier scrutin sous son nom remonte à 1993, lorsqu’elle s’est présentée dans la 16e circonscription de Paris face à Bernard Pons, figure du RPR et ancien ministre de Jacques Chirac. Avec 11,1 % des voix, elle a marqué les esprits sans pour autant accéder à l’Assemblée nationale.

Jordan Bardella, quant à lui, a connu une entrée en politique plus tardive, mais tout aussi précoce. À 19 ans et demi, il a tenté de remporter le canton de Tremblay-en-France en 2015, une candidature symbolique dans un bastion historique du RN en Seine-Saint-Denis. Contrairement à Le Pen, il n’a pas encore accumulé d’expérience parlementaire, mais son ascension au sein du parti a été fulgurante : élu président du RN en novembre 2022, il a succédé à une Marine Le Pen qui reste, à ce jour, la figure la plus visible du mouvement.

Une génération d’écart, des destins politiques liés

L’écart de 27 ans entre les deux responsables du RN n’est pas anodin. Marine Le Pen a rejoint le Front national en 1986, après les législatives qui ont vu l’entrée de Jean-Marie Le Pen à l’Assemblée nationale. Elle y a vu un engagement politique précoce, marqué par la défense des idées nationalistes et souverainistes. Jordan Bardella, lui, a adhéré au parti en 2012, après la défaite de Marine Le Pen à la présidentielle de cette année-là. Son engagement coïncide avec une refonte générationnelle du RN, alors en pleine mutation idéologique et stratégique.

Cette différence d’expérience se reflète dans leurs résultats électoraux. Alors que Marine Le Pen a participé à plusieurs scrutins majeurs — des européennes de 2004 à la présidentielle de 2022 — et a été élue députée en 2017 puis présidente du groupe RN à l’Assemblée, Bardella a jusqu’ici axé sa carrière sur la direction du parti. Son parcours, bien que moins long, s’inscrit dans une stratégie de modernisation du RN, avec une communication ciblant les jeunes électeurs et les réseaux sociaux.

Un relais générationnel en question pour 2027

L’élection présidentielle de 2027 s’annonce comme un tournant potentiel pour le RN. Selon Le Figaro - Politique, la question d’un relais entre Marine Le Pen et Jordan Bardella se pose avec acuité. En novembre 2022, Bardella a déjà pris la présidence du parti, marquant une passation symbolique. Cependant, la présidentielle reste un scrutin différent, où l’expérience et la notoriété jouent un rôle clé.

Marine Le Pen a déjà exprimé son intention de se représenter en 2027, tout en laissant planer le doute sur la possibilité d’un changement de candidat. « En 2022, on annonçait Marine Le Pen avec 20 points d’avance sur moi, comme aujourd’hui entre moi et Jordan Bardella. Or, à un cheveu près, elle a pu rester », a rappelé dimanche Jean-Luc Mélenchon, soulignant la volatilité des intentions de vote. Cette remarque rappelle que les sondages ne font pas toujours les élections, et que les dynamiques internes au RN pourraient encore évoluer d’ici 2027.

« En 2022, on annonçait Marine Le Pen avec 20 points d’avance sur moi, comme aujourd’hui entre moi et Jordan Bardella. Or, à un cheveu près, elle a pu rester. »
Jean-Luc Mélenchon, lors d’une intervention publique dimanche.

Et maintenant ?

D’ici à 2027, plusieurs échéances pourraient redéfinir l’équilibre entre Marine Le Pen et Jordan Bardella. Les prochaines élections européennes de 2029, bien que lointaines, pourraient servir de test pour le RN, tout comme les régionales et départementales de 2028. Pour l’heure, le parti mise sur une stratégie de normalisation pour séduire un électorat plus large, tout en maintenant ses fondamentaux. Reste à voir si cette approche portera ses fruits lors de l’échéance présidentielle, ou si un autre nom émergera pour porter les couleurs du RN.

Le RN face à l’après-2027 : entre continuité et renouvellement

Le Rassemblement national doit aujourd’hui concilier deux impératifs : conserver l’héritage de Marine Le Pen, qui a structuré le parti depuis près de quatre décennies, et préparer l’avenir avec une nouvelle génération, incarnée par Jordan Bardella. Selon Le Figaro - Politique, cette dualité pourrait façonner la campagne de 2027, entre fidélité à l’idéologie historique et adaptation aux attentes d’un électorat en mutation.

L’un des défis majeurs pour le RN sera de capitaliser sur les résultats obtenus lors des dernières élections, notamment les législatives de 2022, où le parti avait réalisé une percée historique avec 89 députés. Cette performance a permis à Marine Le Pen de devenir présidente du groupe RN à l’Assemblée nationale, une première pour le parti. Pour Jordan Bardella, l’enjeu sera de transformer cette dynamique en une victoire présidentielle, en évitant les pièges d’une campagne perçue comme trop radicale ou trop opportuniste.

Enfin, l’évolution du paysage politique français jouera un rôle clé. Avec la montée en puissance de figures comme Édouard Philippe ou Gabriel Attal, le RN devra se positionner face à une droite traditionnelle en recomposition. Les sondages actuels, qui placent régulièrement Jordan Bardella en tête des intentions de vote pour la présidentielle, ne préjugent en rien du résultat final. Comme le rappelle Le Figaro - Politique, l’histoire électorale récente a montré que les écarts de pronostics pouvaient être comblés dans les dernières semaines de campagne.

À ce stade, rien n’est acté. Marine Le Pen n’a pas officiellement annoncé sa candidature, mais elle reste la figure la plus emblématique du RN. Jordan Bardella, président du parti, est régulièrement cité comme un successeur potentiel, mais une décision dépendra des équilibres internes et des stratégies électorales d’ici 2027. Une chose est sûre : la question d’un relais générationnel sera au cœur des débats du mouvement dans les mois à venir.