Le calendrier politique français a une date gravé en rouge : le 7 juillet 2026. Ce jour-là, la cour d’appel du tribunal de Paris rendra son verdict dans l’affaire des assistants parlementaires fictifs du Rassemblement national (RN) au Parlement européen. Selon Courrier International, qui reprend une enquête d’El Confidencial, ce jugement pourrait redessiner la configuration de la présidentielle de 2027, en fonction de l’issue réservée à Marine Le Pen.

Ce qu'il faut retenir

  • Le 7 juillet 2026, la cour d’appel de Paris tranchera sur l’affaire des assistants parlementaires fictifs du RN, un dossier qui implique Marine Le Pen.
  • Une condamnation pourrait prolonger son inéligibilité jusqu’en 2030, tandis qu’un acquittement ou une peine légère lui permettrait de se présenter en 2027.
  • Jordan Bardella, actuel numéro deux du RN et âgé de 30 ans, est donné favori pour représenter le parti en cas d’empêchement du Pen.
  • Les sondages, à prendre avec prudence, créditent Bardella de plus de 30 % des intentions de vote pour 2027.
  • Le parquet a requis en février une peine de 4 ans de prison et 5 ans d’inéligibilité à l’encontre de Marine Le Pen.

La décision de la cour d’appel s’annonce comme un tournant stratégique pour le Rassemblement national. Aujourd’hui, Marine Le Pen est frappée d’une inéligibilité jusqu’en 2030, consécutive au jugement de première instance rendu pour détournement de fonds publics. Or, la présidentielle de 2027 se profile à l’horizon, et son parti ne peut se permettre de laisser le champ libre à ses adversaires sans candidate emblématique.

Côté parquet, les réquisitions sont lourdes : quatre ans d’emprisonnement et le maintien des cinq ans d’inéligibilité. Rares sont les observateurs qui parient sur une issue totalement favorable à Marine Le Pen, même si un acquittement reste théoriquement possible. Pour qu’elle puisse se présenter, deux scénarios seulement s’offriraient : un verdict d’absolution, ou une condamnation assortie d’une inéligibilité de deux ans maximum. Reste que la probabilité d’un tel dénouement semble faible, au vu des éléments présentés lors du procès.

Dans cette hypothèse, le RN devrait se tourner vers son actuel numéro deux, Jordan Bardella. Le jeune eurodéputé de 30 ans incarne une nouvelle génération au sein du parti, tout en capitalisant sur une image médiatique soignée. Selon les sondages, il bénéficierait de plus de 30 % des intentions de vote, un score qui en ferait un candidat sérieux face à ses adversaires. Mais ces chiffres, issus d’enquêtes d’opinion réalisées à un an de l’élection, restent à confirmer dans les urnes.

Un parti divisé face à l’hypothèse Bardella

Si Marine Le Pen devait être écartée de la course, la transition vers Bardella ne se ferait pas sans tensions internes. Le RN, traditionnellement ancré sur des figures charismatiques comme celle du Pen, pourrait rencontrer des résistances pour imposer un candidat plus jeune et moins ancré dans l’histoire du parti. Certains cadres historiques pourraient préférer une stratégie d’attente, espérant une révision de la décision judiciaire ou une mobilisation de l’électorat en leur faveur.

Pour Bardella, la tâche s’annonce complexe : il devra à la fois incarner la continuité avec l’héritage lepéniste et séduire un électorat plus large, au-delà de l’extrême droite traditionnelle. Son profil, plus consensuel que celui de Marine Le Pen, pourrait faciliter cette démarche, mais le parti devra éviter de donner l’impression d’un « virage » trop marqué. Le RN mise sur une campagne axée sur l’immigration, le pouvoir d’achat et la souveraineté nationale, des thèmes qui ont fait ses succès électoraux passés.

Un enjeu qui dépasse le seul RN

L’affaire des assistants parlementaires fictifs ne concerne pas uniquement le Rassemblement national. Elle interroge plus largement sur l’utilisation des fonds publics par les partis politiques et sur l’efficacité des contrôles exercés par les institutions. En 2017 déjà, le RN avait été condamné pour emploi d’assistants parlementaires fictifs au Parlement européen, une pratique qui avait également touché d’autres formations politiques européennes. Le verdict du 7 juillet pourrait donc avoir des répercussions au-delà des frontières françaises.

Pour les autres partis, cette échéance judiciaire représente une opportunité à exploiter. La gauche et le centre pourraient tenter de capitaliser sur les dysfonctionnements mis en lumière par cette affaire, tandis que Les Républicains (LR) et Renaissance (ex-LREM) pourraient chercher à récupérer une partie de l’électorat déçu par le RN. La campagne présidentielle s’annonce donc particulièrement disputée, avec une incertitude persistante sur la candidature de Marine Le Pen.

Et maintenant ?

D’ici le 7 juillet, les stratégies des partis devraient s’affiner en fonction des derniers éléments du dossier. Si Marine Le Pen était empêchée de se présenter, le RN aurait moins de trois mois pour officialiser la candidature de Bardella et lancer sa campagne. Quant aux autres formations, elles pourraient ajuster leurs programmes ou leurs alliances en fonction des dynamiques qui se dégageront de cette décision judiciaire. Reste à voir si ce verdict donnera lieu à des réactions politiques immédiates, ou si les partis préféreront attendre la rentrée politique pour réagir.

Quel que soit l’issue du 7 juillet, une chose est sûre : la présidentielle de 2027 s’annonce comme l’une des plus incertaines de la Ve République. Entre enjeux judiciaires, stratégies partisanes et contexte social tendu, les cartes seront rebattues jusqu’aux derniers instants.

Si le RN officialise la candidature de Jordan Bardella, il devra affronter une campagne présidentielle sous haute tension, avec des risques de radicalisation de la part de ses opposants. Son profil plus consensuel que celui de Marine Le Pen pourrait séduire un électorat modéré, mais le parti devra éviter les divisions internes et les critiques sur son financement ou ses méthodes.

Une inéligibilité prolongée jusqu’en 2030 priverait Marine Le Pen de la présidentielle de 2027, mais aussi des élections intermédiaires (européennes, législatives). Le RN devrait alors se reconstruire autour d’une nouvelle figure, avec un risque de perte de repères pour une partie de son électorat historique. À l’inverse, une condamnation légère pourrait permettre à Le Pen de rester en première ligne politique, malgré une image affaiblie.