Selon BFM Business, de nombreux salariés français sous-estiment l’importance de l’épargne salariale, un mécanisme pourtant clé pour compléter leurs revenus à long terme. D’après plusieurs observateurs du secteur, ces dispositifs, souvent perçus comme complexes ou peu rentables, pourraient être optimisés par une gestion plus active. Un constat qui intervient dans un contexte où les pouvoirs publics cherchent à encourager l’épargne longue durée, notamment à travers des incitations fiscales renforcées ces dernières années.

Ce qu'il faut retenir

  • L’épargne salariale est un levier souvent sous-exploité par les salariés, malgré ses avantages fiscaux et sociaux
  • Les dispositifs comme le PERCO ou l’intéressement permettent des versements pouvant atteindre 5 fois par mois, une flexibilité méconnue
  • Les experts soulignent un manque d’information sur les mécanismes de gestion et les rendements potentiels

Des dispositifs méconnus aux avantages multiples

L’épargne salariale regroupe plusieurs outils, dont l’intéressement, la participation et les plans d’épargne entreprise (PEE ou PERCO). Selon les dernières données disponibles, près de 7 millions de salariés en bénéficient en France, mais moins de la moitié en tirent pleinement parti, selon les estimations de plusieurs courtiers spécialisés. Ces mécanismes permettent aux entreprises de redistribuer une partie de leurs bénéfices aux salariés, sous forme de primes ou de versements sur des comptes dédiés. Une particularité souvent ignorée concerne la fréquence des versements : certains dispositifs autorisent jusqu’à cinq acomptes mensuels, une possibilité qui reste largement sous-utilisée.

Les avantages fiscaux associés à ces dispositifs sont pourtant significatifs. Les sommes placées dans un PEE ou un PERCO bénéficient d’une exonération d’impôt sur le revenu, sous réserve de respect de certaines conditions. « Les salariés doivent comprendre que ces outils ne sont pas seulement des compléments de salaire, mais de véritables leviers de constitution d’un patrimoine », explique un expert cité par BFM Business. Pourtant, les études montrent que beaucoup préfèrent percevoir immédiatement leurs primes plutôt que de les investir à long terme.

Un manque d’information persistant malgré les réformes

Malgré les campagnes d’information menées par les pouvoirs publics et les acteurs du secteur financier, le niveau de connaissance des salariés reste faible. Une enquête récente révélait que plus de 60 % des bénéficiaires ne savaient pas que les sommes placées sur un PERCO pouvaient être débloquées, sous conditions, pour l’achat d’une résidence principale. Les syndicats et les associations de consommateurs pointent régulièrement ce déficit d’information, qui limite l’efficacité des dispositifs d’épargne salariale. « On observe une confusion entre l’épargne salariale et les autres formes d’épargne, comme le Livret A ou l’assurance-vie », souligne un responsable d’une fédération syndicale.

Les entreprises, de leur côté, sont encouragées à mieux communiquer sur ces sujets. Depuis 2023, la loi impose aux employeurs d’informer annuellement leurs salariés sur les possibilités offertes en matière d’épargne salariale. Pourtant, les retours terrain montrent que ces obligations sont parfois remplies de manière minimaliste, sans réelle pédagogie. Résultat : les salariés continuent de privilégier des solutions plus simples, comme le versement immédiat de primes, plutôt que des placements à horizon plus lointain.

Les pistes pour une meilleure gestion de son épargne salariale

Face à ce constat, plusieurs acteurs du secteur formulent des recommandations pour inciter à une gestion plus active de l’épargne salariale. La première consiste à simplifier les interfaces de gestion en ligne, souvent jugées trop complexes par les non-initiés. Des plateformes proposées par des acteurs comme Malakoff Humanis ou AG2R La Mondiale tentent d’y remédier en proposant des outils de simulation et de suivi personnalisés. Une autre piste serait de renforcer les incitations fiscales pour les versements volontaires, comme le permet déjà le PERCO. « En majorant les plafonds de déduction fiscale, on pourrait rendre ces dispositifs encore plus attractifs », propose un économiste interrogé par BFM Business.

Enfin, les experts insistent sur l’importance de diversifier ses placements au sein même de l’épargne salariale. Les fonds proposés par les entreprises sont souvent peu risqués, mais leur rendement reste limité. « Les salariés devraient être mieux informés sur les options de gestion pilotée ou les fonds solidaires, qui offrent un meilleur équilibre entre sécurité et performance », explique un conseiller en gestion de patrimoine. Une évolution qui nécessiterait une implication accrue des gestionnaires de fonds et des entreprises elles-mêmes.

Et maintenant ?

Plusieurs réformes pourraient prochainement modifier le paysage de l’épargne salariale. Le gouvernement étudie notamment la possibilité d’élargir les cas de déblocage anticipé des fonds, notamment pour les projets de création d’entreprise ou de formation professionnelle. Une concertation avec les partenaires sociaux est prévue d’ici la fin du premier semestre 2026 pour finaliser ces ajustements. Par ailleurs, la Banque de France a annoncé qu’elle publiera, d’ici l’été, un guide pratique à destination des salariés, afin de les aider à mieux comprendre et utiliser ces dispositifs. Reste à voir si ces mesures suffiront à lever les freins culturels et psychologiques qui persistent.

En conclusion, l’épargne salariale représente un outil encore trop méconnu des Français, malgré son potentiel pour compléter les revenus à la retraite. Une meilleure information et des incitations renforcées pourraient, à terme, transformer ces dispositifs en leviers majeurs de constitution de patrimoine pour les ménages.

Le PEE (Plan d’Épargne Entreprise) permet de placer des primes d’intéressement ou de participation avec une exonération d’impôt sur le revenu, mais les fonds sont bloqués pendant cinq ans minimum. Le PERCO (Plan d’Épargne pour la Retraite Collectif), en revanche, est destiné à la constitution d’une épargne retraite : les sommes versées sont exonérées d’impôt sur le revenu, et les retraits sont possibles à la retraite sous forme de rente ou de capital. Les deux dispositifs bénéficient de la même exonération de cotisations sociales.

Oui, il est possible de détenir plusieurs plans d’épargne salariale, à condition qu’ils soient proposés par des employeurs différents. Chaque plan a ses propres règles de fonctionnement et de déblocage. Par exemple, un salarié peut avoir un PEE dans son entreprise actuelle et un PERCO dans une précédente. Attention cependant : les plafonds de versement s’appliquent globalement pour l’ensemble des dispositifs détenus.