Un chef criminel considéré comme une cible prioritaire par les autorités équatoriennes a été abattu mercredi soir à l’aéroport international José Joaquín de Olmedo de Guayaquil, deuxième aéroport du pays. Selon Le Figaro, la victime identifiée est Carlos Suástegui, à la tête du gang Las Águilas, une branche armée du puissant groupe criminel Los Choneros. Cette exécution survient dans un contexte de violences endémiques, marqué par la récente déclaration de l’état d’exception par le président équatorien Daniel Noboa, entrée en vigueur mardi pour tenter de juguler la recrudescence des homicides dans dix provinces du pays.
Ce qu'il faut retenir
- Carlos Suástegui, chef du gang Las Águilas, a été abattu mercredi 18 juin 2026 vers 18 heures locales à l’aéroport de Guayaquil, selon le ministre de l’Intérieur John Reimberg.
- Il était recherché pour association de malfaiteurs, meurtre et possession illégale d’armes, et classé comme une cible « à haut risque ».
- Deux adolescents de 15 et 16 ans ont été interpellés, et deux armes à feu saisies sur place.
- Le président Daniel Noboa a instauré un état d’exception dans dix provinces, dont Guayas, dont Guayaquil est la capitale.
- En 2025, l’Équateur a enregistré un taux d’homicides de 51 pour 100 000 habitants, le plus élevé d’Amérique du Sud, selon InSight Crime.
Une exécution en pleine zone sous état d’exception
L’assassinat de Carlos Suástegui s’inscrit dans un climat de tensions extrêmes en Équateur, où les violences liées au narcotrafic et aux gangs criminels ont atteint des niveaux records. Mercredi 17 juin, le président Daniel Noboa, en poste depuis novembre 2023, a décrété l’état d’exception dans dix provinces du pays, dont celle de Guayas. Cette mesure, qui suspend certaines libertés constitutionnelles, vise à renforcer les pouvoirs de la police et de l’armée pour lutter contre la criminalité organisée. Guayaquil, plus grande ville du pays et principale porte d’entrée maritime, est au cœur de cette crise sécuritaire.
C’est dans ce contexte que Suástegui, figure majeure du crime organisé, a été neutralisé. Le ministre de l’Intérieur John Reimberg a confirmé son identité sur les réseaux sociaux et précisé qu’il était activement recherché pour des faits graves. « Il faisait l’objet d’une enquête pour association de malfaiteurs, meurtre et possession d’armes », a-t-il indiqué. L’opération, menée dans l’enceinte même de l’aéroport, souligne l’audace des criminels mais aussi la pression accrue des autorités sur leurs réseaux.
Un bilan encore flou après l’affrontement
Les circonstances exactes de l’exécution restent à éclaircir. Des vidéos circulant sur les réseaux sociaux montrent un homme, visiblement en état de choc, hurlant « Au secours ! Au secours ! Mon père ! » en serrant une personne dans ses bras. À proximité, un autre corps gisait près d’une entrée de l’aéroport. Le ministère de l’Intérieur n’a pas encore communiqué de bilan précis, évoquant simplement une « attaque » survenue vers 18 heures locales, soit 01 heure du matin à Paris. L’aéroport, toujours opérationnel, a temporairement restreint l’accès à ses installations, selon les autorités locales.
Des témoins ont décrit une scène de panique. « Quand on a entendu les coups de feu, environ huit ou dix, on a eu peur, la police nous a fait sortir », a témoigné un passager devant prendre un vol pour Quito à la chaîne TC Télévision. À l’extérieur, des dizaines de voyageurs s’interrogeaient sur l’état de leurs vols ou l’arrivée de leurs proches, tandis que les forces de l’ordre sécurisaient les accès. Deux adolescents, âgés de 15 et 16 ans, ont été interpellés et deux armes à feu saisies sur place, a précisé John Reimberg.
L’Équateur, nouveau front meurtrier du narcotrafic en Amérique latine
Ce drame illustre l’ampleur de la crise sécuritaire que traverse l’Équateur, devenu en quelques années l’un des pays les plus violents du continent. Selon les données d’InSight Crime, le taux d’homicides en 2025 a atteint 51 pour 100 000 habitants, un chiffre vertigineux comparé à la moyenne latino-américaine (18 pour 100 000) et mondiale (5,6 pour 100 000). Cette escalade, marquée par une hausse de 550 % en cinq ans, est directement liée à la guerre des gangs pour le contrôle des routes du narcotrafic, notamment vers l’Europe et les États-Unis.
Les Los Choneros, groupe criminel dont dépend Las Águilas, sont parmi les principaux acteurs de ce trafic. Leur influence s’étend bien au-delà des frontières équatoriennes, avec des ramifications dans plusieurs pays d’Amérique latine. La neutralisation de Suástegui, même symbolique, pourrait fragiliser temporairement l’organisation. Reste à savoir si cette opération suffira à inverser la tendance, alors que le premier trimestre 2026 a déjà enregistré 1 600 morts violentes dans le pays, selon les autorités de Guayaquil.
Un état d’exception qui interroge sur son efficacité
Depuis son entrée en vigueur mardi, l’état d’exception permet aux forces de l’ordre de mener des perquisitions sans mandat, d’imposer des couvre-feux et de restreindre les déplacements dans les zones les plus touchées par la violence. Pourtant, son impact réel reste discuté. Les gangs, comme les Los Choneros, disposent de moyens financiers colossaux et d’un réseau de complicités dans les institutions, ce qui limite l’efficacité des mesures répressives.
Pour le président Daniel Noboa, l’urgence est double : rétablir un minimum de sécurité pour les citoyens et couper les têtes des organisations criminelles. Mais la tâche est ardue. Les gangs n’hésitent plus à s’attaquer aux représentants de l’État, comme en témoigne l’assassinat d’une procureure dans un bastion du narcotrafic en mai 2026. Dans ce contexte, l’élimination de Carlos Suástegui envoie un message fort, mais ne constitue qu’une étape dans une lutte qui s’annonce longue et sanglante.
En attendant, la population équatorienne, en particulier à Guayaquil, vit sous haute tension. Les familles des victimes des gangs et les voyageurs utilisant l’aéroport devront composer avec cette nouvelle réalité, où la violence et l’insécurité sont devenues le quotidien.
Carlos Suástegui dirigeait le gang Las Águilas, une branche armée du puissant groupe criminel Los Choneros. Selon le ministre de l’Intérieur John Reimberg, il était recherché pour association de malfaiteurs, meurtre et possession illégale d’armes, et classé comme une cible « à haut risque ». Son élimination marque un coup porté aux réseaux criminels, mais aussi un symbole de la lutte engagée par les autorités contre les gangs en Équateur.