Selon Courrier International, des services de renseignement russes et iraniens utilisent les plateformes de messagerie instantanée comme Telegram, Discord ou WhatsApp pour recruter des adolescents dans des activités d’espionnage et de sabotage. Cette pratique, d’abord observée en Ukraine, s’étend désormais à plusieurs pays européens ainsi qu’à Israël, soulevant des inquiétudes croissantes parmi les autorités sécuritaires.
Ce qu'il faut retenir
- Des centaines de jeunes Ukrainiens ont été approchés en 2025 par des recruteurs russes via Telegram, WhatsApp, Viber ou Discord.
- Les adolescents sont incités à réaliser des missions rémunérées entre 100 et 1 000 dollars (85 à 850 euros), comme photographier des cibles militaires ou incendier des véhicules.
- Cette méthode s’est étendue aux Pays-Bas, au Royaume-Uni, à la Pologne et à Israël, avec des mineurs arrêtés dans plusieurs pays.
- En Ukraine, 21 % des personnes arrêtées en 2025 pour collaboration avec la Russie étaient des adolescents.
- Les recruteurs utilisent des plateformes comme World of Tanks ou Discord pour cibler des jeunes, souvent via des « fausses quêtes » ou des prétextes fallacieux.
Une stratégie mise en place en Ukraine avant de s’exporter
Comme le rapporte Courrier International, le phénomène a émergé en Ukraine sous l’impulsion des services de sécurité russes. Dès juin 2025, le Financial Times révélait que des centaines de jeunes Ukrainiens avaient été contactés via des applications de messagerie pour des missions allant du repérage militaire à des actes de sabotage. Ces opérations étaient rémunérées entre 100 et 1 000 dollars, une somme attractive pour des adolescents. Les cibles incluaient des infrastructures énergétiques, des bureaux de recrutement ou des véhicules militaires.
Cette stratégie a depuis essaimé. Aux Pays-Bas, un garçon de 17 ans a été arrêté en septembre 2025 pour espionnage au profit d’un groupe de hackers lié à Moscou. Ce mineur, décrit comme « passionné de jeux vidéo et doué en informatique », aurait utilisé un appareil pour intercepter les réseaux wifi de bâtiments officiels à La Haye. Son père, interrogé par la presse néerlandaise, a souligné l’absence de préparation des parents à ce type de danger : « On élève nos enfants pour les préparer à toutes sortes de dangers dans la vie : la cigarette, la vapoteuse, l’alcool et la drogue. Mais pas à une chose pareille. »
Des méthodes adaptées aux jeunes et aux nouvelles technologies
Les services de renseignement russe et iranien exploitent les habitudes numériques des adolescents. Selon Courrier International, les recruteurs ciblent les jeunes sur des plateformes comme Telegram, TikTok, Snapchat, Facebook, Discord ou même dans des jeux vidéo comme World of Tanks. Dans ce dernier, des mineurs ukrainiens auraient été entraînés à photographier des systèmes de défense près de Kharkiv sous couvert de « fausses quêtes ».
Les missions évoluent progressivement. Elles commencent souvent par des tâches simples, comme incendier une voiture pour un montant modique, avant de cibler des infrastructures plus sensibles. Les recruteurs masquent leur identité derrière des histoires plausibles, comme celle d’un « individu endetté » dont la voiture devrait être « punie » pour 500 euros. Cette escalade permet de tester la fiabilité des recrues avant de leur confier des missions plus risquées.
L’Iran adopte la même tactique, avec des cibles en Israël et en Europe
L’Iran a repris cette méthode, notamment en Israël. Un garçon de 14 ans a été inculpé après avoir filmé des sites militaires à Tel-Aviv pour le compte d’un agent iranien. En Europe, plusieurs mineurs ont été arrêtés dans des attaques antisémites revendiquées par Hayi, un groupe présenté par le ministère de la Justice américain comme un relais de Téhéran. Ces arrestations illustrent la diversité des cibles et des méthodes utilisées par les deux pays.
Les services de sécurité européens s’alarment de la rapidité avec laquelle ces échanges virtuels se transforment en actes réels. Dominic Murphy, ancien chef de l’antiterrorisme londonien, a souligné : « Le nombre de jeunes prêts à s’engager en ligne m’a frappé, tout comme la vitesse à laquelle ces interactions débouchent sur des actions concrètes. » En Ukraine, 21 % des personnes arrêtées en 2025 pour collaboration avec la Russie étaient des adolescents, un chiffre qui témoigne de l’efficacité de cette stratégie.
« Si vous croyez que vos gosses sont sur Discord et qu’ils discutent juste avec leurs copains d’école, il y a de grandes chances que vous vous trompiez. »
Un responsable du MI5
Des recruteurs peu coûteux et faciles à remplacer
Pour Moscou comme pour Téhéran, l’avantage de cette méthode est double : les jeunes recrues sont à la fois peu coûteuses et facilement remplaçables. Catherine De Bolle, ancienne directrice d’Europol, évoque une arme de type « tire et oublie ». « Si l’opération réussit, tant mieux. Si l’adolescent est arrêté ou tué, ‘et alors ?’ C’est l’adaptation criminelle de notre société où tout est jetable », a-t-elle expliqué. Cette approche reflète une logique pragmatique, où le coût humain est considéré comme un risque calculé.
Les parents, souvent désemparés, constituent le principal angle mort de cette menace. Comme le souligne Courrier International, beaucoup de familles perçoivent encore Discord ou les jeux vidéo comme des espaces de sociabilité ordinaires. Pourtant, ces plateformes sont devenues des terrains de chasse pour les recruteurs, où la naïveté des adolescents est exploitée sans discernement.
Selon Courrier International, cette stratégie hybride, mêlant cybercriminalité et manipulation, devrait continuer à se développer. Les prochaines cibles pourraient inclure des infrastructures critiques ou des réseaux de communication sensibles, rendant encore plus urgente une réponse coordonnée des services de renseignement et des gouvernements.
Selon les informations rapportées par Courrier International, l’Ukraine, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, la Pologne et Israël figurent parmi les pays les plus touchés par ce type de recrutement. D’autres pays européens pourraient également être concernés, mais les autorités n’ont pas encore communiqué de données exhaustives.
Les parents sont encouragés à dialoguer avec leurs enfants sur les risques liés aux réseaux sociaux et aux jeux en ligne. Il est conseillé de surveiller leur activité numérique sans être intrusif, et de leur expliquer les dangers des contacts inconnus. Des ressources éducatives, comme celles proposées par les services de sécurité nationaux, peuvent également les aider à identifier les signes d’un recrutement suspect.