« Les salariés sont morts de peur » : c’est en ces termes que la députée LFI Aurélie Trouvé, rapporteure d’une enquête parlementaire sur la « prédation des capacités productives par les fonds spéculatifs », a décrit la situation au sein du groupe Europlasma, lors d’une conférence de presse organisée lundi. Selon BFM Business, cette entreprise, spécialisée à l’origine dans la dépollution industrielle, est désormais au cœur d’une polémique concernant ses méthodes de gestion et sa stratégie de reconversion vers le secteur de la défense.
D’après le rapport parlementaire, les employés des sites repris par Europlasma – dont Valdunes (spécialiste des roues et essieux ferroviaires), les Forges de Tarbes (fournisseur de la défense nationale) ou encore la Fonderie de Bretagne – subiraient une « forme de terreur » pour les empêcher de s’exprimer. « Nous n’avons jamais réussi à auditionner les représentants de salariés de Valdunes », a expliqué Aurélie Trouvé, dénonçant « une autorisation de Bercy pour faire entrer des fonds crapuleux dans des entreprises destinées à participer à l’armement de la France ».
Ce qu'il faut retenir
- Une députée LFI dénonce des pressions sur les salariés d’Europlasma, repreneur de sites industriels en difficulté comme Valdunes, les Forges de Tarbes ou la Fonderie de Bretagne.
- Europlasma, initialement spécialisé dans la dépollution, a recentré son activité vers la production d’équipements pour la défense, suscitant des interrogations.
- Le groupe, coté en Bourse, affiche une perte nette de 35,6 millions d’euros en 2025 pour un chiffre d’affaires de 70,4 millions d’euros, en hausse de 65,9 % sur un an.
- Un signalement pour « soupçon de manipulation de cours » a été déposé auprès de l’AMF après l’annonce de discussions avec un industriel du secteur de la défense.
- La commission parlementaire, dirigée par le député Modem Thierry Mandon, s’est dite « pas du tout convaincue » par la stratégie industrielle d’Europlasma.
Une stratégie industrielle sous haute surveillance
Europlasma a multiplié ces dernières années les rachats de sites industriels français en difficulté, un choix justifié par une volonté de réorienter ces activités vers le secteur de la défense. Le groupe mise notamment sur la production de « corps creux d’obus », une diversification qui soulève des questions quant à sa viabilité économique et sociale. En avril 2026, l’entreprise a annoncé être en discussion avec un « industriel français du secteur de la défense » pour lui céder potentiellement ses activités dans ce domaine. Selon BFM Business, ces négociations pourraient aboutir d’ici au 25 juin 2026.
Cette annonce a suscité une réaction immédiate de la part d’Aurélie Trouvé, qui a saisi l’Autorité des marchés financiers (AMF) pour « soupçon de manipulation de cours ». Interrogée sur l’avancée de cette procédure, la députée a indiqué ne pas savoir si l’AMF avait ouvert une enquête. Parallèlement, la commission parlementaire dirigée par le député Modem Thierry Mandon a exprimé ses réserves quant à l’approche industrielle d’Europlasma, se disant « pas du tout convaincue » après les auditions menées.
Des finances en dégradation malgré une hausse du chiffre d’affaires
Côté Bourse, Europlasma affiche des résultats contrastés. En 2025, le groupe a enregistré une perte nette de 35,6 millions d’euros, en aggravation par rapport aux exercices précédents. Pourtant, son chiffre d’affaires a progressé de 65,9 % sur un an, atteignant 70,4 millions d’euros. Une partie de cette croissance s’explique par des acquisitions récentes, mais à périmètre constant, l’augmentation reste significative (+40,5 %). Ces chiffres illustrent les difficultés financières persistantes d’une entreprise en pleine mutation stratégique.
Cette situation financière fragile contraste avec les ambitions affichées par Europlasma, qui mise sur la défense pour relancer son activité. Pourtant, les doutes sur la viabilité de ce virage persistent, d’autant que les méthodes de gestion du groupe sont désormais pointées du doigt. Les révélations du rapport parlementaire et les déclarations d’Aurélie Trouvé alimentent un climat de défiance autour de cette entreprise, dont l’avenir reste incertain.
Des fonds spéculatifs accusés de prédation industrielle
Le cœur de la polémique réside dans l’accusation portée par la députée LFI : celle d’une « prédation des capacités productives par les fonds spéculatifs », avec la complicité supposée de l’État. Aurélie Trouvé a dénoncé une « autorisation de Bercy pour faire entrer des fonds crapuleux dans des entreprises » stratégiques, comme celles reprises par Europlasma. Ces allégations s’inscrivent dans un débat plus large sur le rôle des fonds d’investissement dans l’industrie française, notamment dans des secteurs sensibles comme la défense.
Les sites repris par Europlasma – Valdunes, les Forges de Tarbes ou la Fonderie de Bretagne – sont tous des acteurs historiques de l’industrie française. Leur rachat par un groupe dont la stratégie repose sur la défense soulève des questions sur la pérennité de ces activités et les garanties offertes aux salariés. « Un système crapuleux », selon les termes mêmes d’Aurélie Trouvé, qui évoque une « forme de terreur » visant à empêcher les employés de témoigner.
En attendant, les salariés des sites repris par le groupe restent sous haute tension. Leur capacité à s’exprimer librement, déjà limitée selon le rapport parlementaire, pourrait bien devenir un enjeu central dans les prochaines semaines. Quant à la stratégie industrielle d’Europlasma, elle continue de susciter des interrogations, tant sur le plan économique que social.
Europlasma est accusé par une députée LFI de faire subir une « forme de terreur » à ses salariés pour les empêcher de parler, dans le cadre d’une stratégie de prédation industrielle par des fonds spéculatifs. Le groupe, qui a recentré son activité vers la défense, est également critiqué pour sa gestion financière et ses méthodes de gestion.
Europlasma a repris plusieurs sites en difficulté, dont Valdunes (spécialiste des roues et essieux ferroviaires), les Forges de Tarbes (fournisseur de la défense nationale) et la Fonderie de Bretagne (héritière des Forges d’Hennebont, prestataire historique de Renault).