Moins de 0,001 % des océans ont été explorés à ce jour, selon Libération. Face à ce constat, l’océanographe Sylvia Earle et le réalisateur James Cameron plaident, dans une tribune conjointe, pour un engagement accru des États dans l’exploration des eaux profondes. Leur objectif : mieux comprendre les écosystèmes marins et renforcer leur protection.

Ce qu'il faut retenir

  • Moins de 0,001 % des océans ont été explorés à ce jour, un chiffre qui illustre l’ampleur des zones encore inconnues.
  • Sylvia Earle, océanographe de renom, et James Cameron, réalisateur et explorateur sous-marin, appellent les États à investir dans l’exploration des fonds marins.
  • Les fonds océaniques abritent des écosystèmes essentiels à la régulation du climat et à la biodiversité, soulignent les deux experts.
  • Une meilleure connaissance des océans est indispensable pour développer des stratégies de préservation efficaces.

Des océans encore largement méconnus

Selon les dernières estimations, moins de 0,001 % des océans ont été observés ou cartographiés avec précision. Pourtant, les fonds marins jouent un rôle clé dans la régulation du climat, la production d’oxygène et le stockage du carbone. « On parle souvent de l’espace comme d’une frontière à explorer, mais les océans, eux, restent une terra incognita », a rappelé Sylvia Earle, lors d’une conférence organisée en marge du Forum international de l’océan à Paris en 2025.

James Cameron, connu pour ses expéditions sous-marines et ses films comme *Titanic* ou *Abyss*, a également souligné l’urgence d’agir. « Chaque plongée dans les abysses révèle des espèces inconnues et des paysages inédits. Pourtant, ces découvertes restent marginales face à l’immensité des zones inexplorées », a-t-il déclaré. Selon lui, les technologies actuelles permettent désormais d’envisager une exploration systématique des grands fonds.

Pourquoi explorer les fonds marins ?

Les océans couvrent plus de 70 % de la surface terrestre et abritent une biodiversité majeure, encore largement sous-estimée. Les écosystèmes profonds, comme les récifs coralliens ou les sources hydrothermales, jouent un rôle dans le cycle du carbone et la production de ressources génétiques potentielles pour la médecine ou l’industrie.

« Les fonds marins sont le dernier grand réservoir de biodiversité sur Terre », a expliqué Sylvia Earle. « Sans une exploration approfondie, il est impossible de mesurer l’impact des activités humaines, comme la pêche industrielle ou l’exploitation minière, sur ces écosystèmes fragiles. » Les deux experts rappellent que la pression sur les ressources marines ne cesse de croître, notamment avec l’augmentation de la demande en minerais rares ou en protéines issues des fonds océaniques.

Un appel à l’action politique et scientifique

Dans leur tribune, Sylvia Earle et James Cameron exhortent les États à allouer des budgets significatifs à l’exploration des océans, comparables à ceux consacrés à l’exploration spatiale. Ils citent en exemple le programme Nekton, une initiative internationale visant à cartographier les fonds marins, ou encore les expéditions menées par le Schmidt Ocean Institute, financé par des philanthropes américains.

« Les océans ne sont pas une ressource inépuisable, a averti James Cameron. Si nous voulons éviter des catastrophes écologiques, il faut agir maintenant. » Les deux figures proposent notamment la création d’un fonds mondial dédié à l’exploration des abysses, ainsi que l’adoption de traités internationaux pour protéger les zones les plus vulnérables. Sylvia Earle a ajouté : « La connaissance est la première étape vers la protection. Sans données, il est impossible de prendre des décisions éclairées. »

Et maintenant ?

La prochaine étape pourrait être l’organisation d’un sommet international dédié à l’exploration des océans, prévu pour 2027. Plusieurs pays, dont la France et les États-Unis, ont déjà manifesté leur intérêt pour participer à cette initiative. Cependant, aucun calendrier précis n’a encore été adopté. Bref, l’enjeu est désormais de transformer ces appels en actions concrètes, alors que la communauté scientifique alerte depuis des années sur la dégradation accélérée des écosystèmes marins.

En attendant, les expéditions continues, comme celles menées par le navire RV Falkor ou les plongeons de l’équipe de James Cameron, devraient permettre d’accumuler de nouvelles données. Reste à savoir si les États sauront saisir cette opportunité pour éviter un déclin irréversible des océans.

Plusieurs facteurs expliquent ce retard : les technologies nécessaires pour explorer les grands fonds sont coûteuses et complexes à mettre en œuvre. Les conditions extrêmes (pression, obscurité, froid) rendent les missions risquées et limitées dans le temps. Enfin, les financements publics et privés ont longtemps privilégié d’autres priorités, comme l’exploration spatiale ou les énergies renouvelables.