La crise ukrainienne a mis en lumière une vulnérabilité persistante des systèmes de défense européens : leur incapacité à contrer efficacement les drones de longue portée, et notamment les Shahed d’origine iranienne. Selon RFI, les retours d’expérience recueillis lors des récents engagements en Ukraine révèlent une fragilité structurelle des dispositifs anti-drones, malgré leur modernisation accélérée. Ces engins, capables de parcourir des centaines de kilomètres à basse altitude, posent un défi inédit aux armées occidentales, qui peinent à adapter leurs stratégies en temps réel.

Ce qu'il faut retenir

  • Le drone Shahed, d’origine iranienne, est devenu une menace centrale dans les conflits modernes, notamment en Ukraine.
  • Les systèmes de défense européens montrent des limites majeures face à ces engins, malgré les investissements récents.
  • Deux sommets internationaux, l’un à Shenzen fin mai 2026, l’autre à Riga début juin, doivent tenter d’apporter des solutions coordonnées.
  • Les retours d’expérience en Ukraine soulignent l’urgence d’une réponse collective.

L’actualité militaire récente a placé les drones au cœur des débats stratégiques. Selon RFI, le Congrès mondial sur les drones, qui s’est ouvert jeudi 21 mai 2026 à Shenzen, en Chine, a réuni les principaux acteurs du secteur pour évoquer les innovations technologiques et les enjeux sécuritaires. Mais c’est bien la menace représentée par les drones iraniens qui domine les discussions. Ces engins, déjà utilisés lors du conflit ukrainien, sont désormais considérés comme un symptôme d’une nouvelle forme de guerre hybride, où la technologie bon marché et la précision des frappes redéfinissent les équilibres stratégiques.

Le deuxième Sommet international sur les drones, prévu à Riga, en Lituanie, du 28 au 30 mai 2026, doit notamment aborder la question de la coordination entre les États membres de l’OTAN. Les experts s’accordent à dire que les systèmes anti-aériens classiques, conçus pour intercepter des missiles ou des avions, sont peu adaptés aux drones de petite taille et à faible signature radar. «

Les Shahed volent si bas et si lentement qu’ils échappent souvent aux radars conventionnels, et leur coût réduit rend toute interception économiquement disproportionnée
», a expliqué un officier supérieur de l’OTAN, cité par RFI.

Les retours d’expérience ukrainiens sont sans appel. Depuis leur première utilisation massive en 2022, les drones iraniens ont causé des dégâts matériels estimés à plusieurs milliards de dollars. Leur capacité à saturer les défenses, combinée à leur faible coût de production, en fait une arme redoutable pour les États aux moyens limités. En Europe, où les stocks de missiles sol-air sont déjà sous tension en raison du soutien à l’Ukraine, la question de l’efficacité des contre-mesures se pose avec une acuité particulière. Plusieurs pays, dont la France et l’Allemagne, ont accéléré le déploiement de systèmes comme le Patriot ou le IRIS-T, mais leur efficacité reste inégale face à cette menace.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines devraient voir une intensification des discussions entre alliés pour harmoniser les stratégies. Le sommet de Riga, en particulier, pourrait aboutir à des annonces concrètes sur le partage des données de surveillance et le développement de systèmes hybrides combinant détection radar, brouillage électronique et intercepteurs à bas coût. Reste à savoir si ces mesures suffiront à combler le retard accumulé. Pour l’instant, les États-Unis, qui ont déjà investi massivement dans des solutions comme le Replicator Initiative, devraient pousser à une accélération des livraisons de matériel aux pays les plus exposés.

Les observateurs soulignent cependant que la réponse ne peut se limiter à une course technologique. Comme le rappelle RFI, « la lutte contre les drones Shahed ne se gagnera pas seulement par la technologie, mais aussi par une meilleure coordination des services de renseignement et une adaptation des doctrines militaires ». Les prochains mois seront donc cruciaux pour évaluer si l’Europe et ses alliés parviennent à transformer l’essai.

Leurs caractéristiques techniques – faible altitude de vol, vitesse réduite et faible signature radar – les rendent particulièrement ardus à détecter pour les systèmes anti-aériens classiques. De plus, leur coût de production très bas (quelques dizaines de milliers de dollars) limite l’intérêt économique d’une interception, qui peut coûter plusieurs millions par missile.