Un performeur solaire, un couple uni dans l’adversité, une menace invisible qui rôde dans les rues de New York à la fin des années 1980 : c’est le portrait saisissant que propose le réalisateur américain Ira Sachs dans « The Man I Love », en compétition officielle au Festival de Cannes 2026. Rami Malek, après avoir incarné Freddie Mercury dans *Bohemian Rhapsody*, y endosse le rôle de Jimmy George, une figure charismatique de la scène théâtrale expérimentale new-yorkaise, frappée par la maladie. Selon Franceinfo – Culture, ce film marque la deuxième participation de Sachs en compétition cannoise après *Frankie* en 2019.
Ce qu’il faut retenir
- Jimmy George, interprété par Rami Malek, est un comédien et chanteur emblématique de la scène new-yorkaise de la fin des années 1980, atteint par une maladie alors taboue.
- Le film dépeint sa relation avec Dennis (Tom Sturridge), un compagnon dévoué qui veille sur lui avec une patience et un amour sans faille.
- La maladie, jamais montrée frontalement, plane comme une ombre sur les scènes de vie festives et artistiques de l’époque.
- Ira Sachs signe un portrait à la fois vibrant de vie et mélancolique, où la soif de créer et d’aimer persiste malgré l’échéance funeste.
- Le film, tourné aux États-Unis et en France, sortira prochainement en salles sous le distributeur Memento.
Un film en compétition à Cannes, entre lumière et ombre
Présenté en compétition officielle le 20 mai 2026 sur la Croisette, « The Man I Love » s’inscrit dans la filmographie engagée d’Ira Sachs, cinéaste américain connu pour sa capacité à célébrer la vie tout en abordant des thèmes sombres. Après *Frankie*, son précédent film en compétition à Cannes en 2019, Sachs revient cette année avec une œuvre qui interroge la résilience humaine face à l’inéluctable. Rami Malek, déjà auréolé de l’Oscar du meilleur acteur pour *Bohemian Rhapsody*, incarne ici un personnage aux multiples facettes : artiste flamboyant, amant passionné et homme confronté à sa propre mortalité.
Le film s’ouvre sur le retour de Jimmy à son domicile new-yorkais, après un séjour à l’hôpital. Malgré les signes de faiblesse physique, son énergie créatrice et son désir de vivre restent intacts. Il se lance alors dans un nouveau projet théâtral tout en cédant à la passion avec Vincent, un Britannique récemment installé dans son immeuble. Autour de lui, sa communauté – artistes, amis, amants – continue de danser, de créer, comme si le temps suspendait son cours.
New York en ébullition, la maladie en toile de fond
La fin des années 1980 à New York, c’était cela : une ville où la vie pulsait dans les boîtes de nuit, les bars et les scènes expérimentales, tandis qu’une épidémie silencieuse frappait une partie de la communauté gay. « The Man I Love » choisit de ne pas montrer frontalement le sida, mais de l’évoquer comme une menace diffuse, une ombre qui plane sur chaque moment de joie. Le film joue ainsi sur un contraste saisissant entre l’effervescence des nuits new-yorkaises et la sérénité de l’appartement de Jimmy et Dennis, baigné d’une lumière douce et de plans fixes.
— La maladie n’est jamais nommée directement, mais son ombre plane sur chaque scène, a expliqué Ira Sachs à Franceinfo – Culture. — Le film cherche à capturer l’énergie de cette époque, tout en rendant hommage à ceux qui ont disparu trop tôt.
La mise en scène d’Ira Sachs repose sur ce dialogue entre mouvement et immobilité. D’un côté, les corps qui dansent, les costumes colorés, les décors de fête ; de l’autre, les silences, les regards complices, la tendresse discrète de Dennis. Un équilibre qui reflète la complexité des émotions vécues par Jimmy et son entourage.
Rami Malek et Tom Sturridge, deux interprétations complémentaires
Au cœur du film, deux performances d’acteurs se répondent et se complètent. Rami Malek incarne Jimmy avec une intensité qui oscille entre feu et mélancolie. Après avoir incarné Freddie Mercury dans les derniers mois de sa vie, l’acteur américain semble trouver dans ce rôle une résonance particulière. — Jimmy est une comète, a-t-il déclaré à la presse cannoise. — Il brûle fort, mais son temps est compté.
Face à lui, Tom Sturridge incarne Dennis, le compagnon de Jimmy, avec une pudeur qui renforce l’émotion du récit. Moins flamboyant que Jimmy, Dennis est pourtant le pilier du couple, celui qui veille, qui aime sans compter, qui prépare l’inéluctable avec une dignité tranquille. Leur relation, à la fois tendre et tragique, constitue le cœur émotionnel du film.
Autour d’eux, le casting se complète avec Rebecca Hall et Ebon Moss-Bachrach, qui apportent chacun leur touche à cette fresque humaine. Le film, produit aux États-Unis et en France, mêle ainsi les cultures tout en restant ancré dans le réalisme social de l’époque.
Un portrait intime de la communauté gay new-yorkaise
Plus qu’un film sur le sida, « The Man I Love » est une ode à la vie et à la création artistique dans un contexte de crise. En s’attardant sur les petits riens du quotidien – un repas partagé, une étreinte, une répétition théâtrale –, Ira Sachs rend hommage à ceux qui ont su transformer la peur en énergie, la perte en création. Le film rappelle que, dans les moments les plus sombres, l’art et l’amour peuvent devenir des refuges.
— Ce n’est pas un film sur la mort, mais sur la façon dont on choisit de vivre jusqu’au dernier souffle, a souligné le réalisateur lors de la conférence de presse cannoise. — Jimmy n’est pas un martyr. C’est un homme qui a choisi de danser jusqu’à la fin.
Avec une durée de 1h35, le film mise sur une narration épurée, où chaque plan compte. Les décors, les costumes et la photographie contribuent à recréer l’atmosphère électrique de New York à la fin des années 1980, tout en soulignant le contraste entre la vitalité de la ville et la fragilité de ses habitants. Un équilibre que le public devrait retrouver à sa sortie en salles.
Alors que la compétition cannoise s’annonce particulièrement relevée cette année, « The Man I Love » se distingue par son humanisme et sa sensibilité. Entre hommage et mélancolie, le film d’Ira Sachs rappelle que le cinéma peut être à la fois un miroir et une lumière, même dans les moments les plus sombres.
Le film s’inspire de témoignages et de récits historiques concernant l’impact du sida sur la scène artistique new-yorkaise à la fin des années 1980. Bien que le personnage de Jimmy George soit fictif, son parcours reflète celui de nombreux artistes et performeurs de l’époque, frappés par la maladie tout en continuant à créer et à aimer. Le réalisateur Ira Sachs a expliqué avoir puisé dans des archives et des entretiens pour nourrir son récit, tout en évitant de tomber dans le misérabilisme.