Selon BFM Business, la France a conservé en 2025 sa première place en Europe pour l’attractivité des investissements directs étrangers (IDE), une position qu’elle occupe depuis sept années consécutives. Le cabinet EY, qui publie chaque année un classement sur le sujet, recense 852 projets d’implantation ou d’extension portés par des acteurs internationaux, devant le Royaume-Uni (730 projets) et l’Allemagne (548 projets).
Ce qu'il faut retenir
- La France reste le pays européen le plus attractif pour les investissements directs étrangers en 2025, selon le classement annuel du cabinet EY.
- Le nombre d’IDE en France a chuté de 32 % depuis 2022, passant de 1 250 projets à 852 en 2025.
- Chaque projet ne crée en moyenne que 34 emplois, un chiffre bien inférieur à la moyenne européenne.
- Les secteurs de l’industrie et de la R&D, traditionnellement porteurs, enregistrent un net recul, tandis que la logistique et les services informatiques tirent leur épingle du jeu.
- Les dirigeants internationaux citent la taille du marché intérieur, l’innovation et la qualité des infrastructures comme principaux atouts de la France.
Parmi les atouts mis en avant par les dirigeants interrogés figurent « la taille de son marché intérieur, son potentiel d’innovation, la qualité de ses infrastructures, son électricité bas-carbone et la qualité de ses travailleurs », précise Marc Lhermitte, associé chez EY. Pourtant, cette première place s’inscrit dans un contexte de déclin marqué pour l’Europe, qualifiée par EY de « région du monde la plus touchée par le recul mondial des investissements internationaux ».
Dans l’Hexagone, le nombre d’IDE a reculé de 17 % en 2025 par rapport à l’année précédente, un repli bien supérieur à la moyenne européenne (-7 %). Rapporté au pic de 2022, le recul atteint même 32 %, une baisse attribuée par EY à « la faible croissance des principales économies européennes et aux interrogations persistantes sur leur capacité à résister à la concurrence américaine et chinoise ». L’instabilité politique en France a également pesé dans la balance, comme en témoigne Marc Lhermitte : « 2025 aura été l’année de la prudence ».
Un climat économique et politique jugé peu propice à court terme
Les perspectives ne s’annoncent pas plus encourageantes pour les années à venir. Selon l’enquête d’EY, 69 % des dirigeants interrogés ne prévoient aucune amélioration de la situation politique et économique en France avant « deux ou trois ans ». Leur principale attente ? Un « cap économique et politique clair », une condition jugée indispensable pour inverser la tendance.
Si la France domine le classement en nombre d’IDE, elle n’occupe que la deuxième place en termes d’emplois créés, avec 27 921 postes, contre 28 867 au Royaume-Uni. Une performance en demi-teinte, d’autant que la moyenne par projet n’est que de 34 emplois. Pire encore, « moins de 5 % des projets représentent à eux seuls 50 % des emplois », souligne EY. Cette concentration révèle une « moindre intensité en emplois au sein des projets restants », reflétant la prudence des entreprises dans un contexte économique incertain.
Le coût du travail en France, comparable à celui de l’Allemagne mais supérieur à la moyenne européenne, constitue un autre frein. EY note une progression de l’attractivité dans des pays où les coûts salariaux sont bien inférieurs, comme la Pologne, l’Espagne, la Roumanie ou la Turquie. « Partout, les entreprises cherchent des marges. Et dans un contexte de faible croissance, elles regardent la masse salariale », explique Marc Lhermitte.
La logistique et les services informatiques tirent leur épingle du jeu
Deux tiers des IDE en France correspondent à des extensions de sites existants, des opérations qui génèrent mécaniquement moins d’emplois que des créations ex nihilo. Résultat : les investissements industriels reculent de 15 % en 2025, avec seulement 345 projets, contre 547 en 2022. Les secteurs historiques comme la chimie, la métallurgie ou l’automobile sont particulièrement touchés, avec une chute de 45 % des créations d’emplois par rapport à 2023.
À l’inverse, la logistique et les services informatiques se distinguent comme des moteurs de croissance. Le géant américain Amazon a annoncé la création de près de 5 000 emplois dans trois de ses plateformes françaises, tandis que l’enseigne néerlandaise Action prévoit 600 postes dans un centre logistique situé dans l’Oise. Côté numérique, 104 entreprises étrangères ont choisi d’implanter ou d’étendre leurs activités en France en 2025, générant 3 300 emplois — un secteur qui confirme son rôle de premier pourvoyeur d’IDE.
Un exemple marquant : Kyndryl, une société américaine spécialisée dans les services informatiques, a annoncé un plan d’investissement de 100 millions d’euros sur trois ans, notamment à Sophia-Antipolis (Alpes-Maritimes). La France confirme également son statut de premier pôle européen pour l’intelligence artificielle, avec 53 IDE en 2025 (+24 %). Le secteur de la défense, bien que moins créateur d’emplois, affiche aussi une dynamique positive.
La R&D, point faible structurel de l’économie française
Autre ombre au tableau : le recul des investissements dans les centres de recherche et développement (R&D), un domaine où la France accuse un retard structurel. En 2023, les dépenses de R&D ne représentaient que 2,18 % du PIB, loin de l’objectif de 3 % fixé par l’Union européenne et derrière des pays comme l’Allemagne (3,1 %), les États-Unis (3,5 %) ou la Corée du Sud (5 %). « Les volumes s’inscrivent en net retrait dans plusieurs secteurs historiques », constate EY, pointant du doigt un affaiblissement de la compétitivité française dans l’innovation.
Ce recul s’ajoute à un autre constat : les deux principaux investisseurs en France, les États-Unis et l’Allemagne, voient leurs projets reculer fortement. EY souligne que « la faible croissance des principales économies européennes et les interrogations sur leur capacité à rivaliser avec les États-Unis et la Chine » freinent les ambitions internationales. Un cercle vicieux, alors que l’Europe peine à retrouver une dynamique comparable à celle d’avant la crise sanitaire.
En attendant, l’enjeu pour les pouvoirs publics sera double : clarifier le cadre économique et politique, et relancer l’attractivité de la R&D, un domaine où la France accuse un retard difficile à combler face à ses voisins européens.
Les secteurs de la logistique et des services informatiques ont été les plus dynamiques en 2025. Amazon a annoncé la création de près de 5 000 emplois dans trois plateformes, tandis que l’enseigne Action prévoit 600 postes dans un centre logistique. Côté numérique, 104 entreprises étrangères ont investi dans des activités de logiciel et services informatiques, générant 3 300 emplois.
Les investissements industriels en France ont reculé de 15 % en 2025, notamment en raison de la concentration des IDE sur des extensions de sites existants plutôt que sur des créations ex nihilo. Les secteurs historiques comme la chimie, la métallurgie ou l’automobile sont particulièrement touchés, avec une chute de 45 % des créations d’emplois par rapport à 2023. Le coût du travail et la concurrence internationale jouent également contre l’industrie française.