Alors que les débats sur l’aide à mourir s’enlisent à l’Assemblée nationale, les voix de ceux qui ont vécu cette épreuve de l’intérieur résonnent avec une intensité particulière. Comme le rapporte Ouest France, Gwen, aujourd’hui âgée de 75 ans, a été confrontée à ce choix il y a plus de trois décennies. En avril 1991, cette femme a aidé son mari, médecin atteint d’une maladie incurable, à mettre fin à ses jours. Une décision prise dans la clandestinité, qui a marqué le reste de son existence et dont elle porte encore les stigmates.
Ce qu'il faut retenir
- En avril 1991, Gwen, alors âgée de 45 ans, a aidé son mari, médecin atteint d’une maladie incurable, à mourir.
- Le couple a agi dans la clandestinité, sans cadre légal, alors que l’aide à mourir n’était pas encadrée en France.
- Gwen a aujourd’hui 75 ans et porte encore les séquelles psychologiques de cette décision.
- Son témoignage intervient alors que le Parlement français débat à nouveau sur l’aide à mourir.
- Les discussions législatives, lancées en 2025, peinent à aboutir en raison de divisions politiques.
Une décision mûrie dans l’urgence et la clandestinité
Gwen et son mari, tous deux médecins, ont découvert en 1990 que ce dernier était atteint d’une maladie dégénérative incurable. « C’était insupportable à voir », a-t-elle déclaré à Ouest France. « Il perdait peu à peu toutes ses facultés, et nous savions qu’il n’y avait plus d’espoir. » Face à l’absence de solutions légales, le couple a pris la décision d’agir seul. « On n’avait pas le choix », explique-t-elle. « La société ne nous donnait aucune alternative. » En avril 1991, dans leur domicile, Gwen a administré à son mari un produit lui permettant de mettre fin à ses souffrances. Un acte qui, des décennies plus tard, reste gravé dans sa mémoire.
Un poids qui accompagne Gwen depuis 35 ans
Gwen évoque ce moment comme « le pire de [s]on existence ». Si elle assume pleinement sa décision, elle reconnaît avoir vécu des années de culpabilité et d’isolement. « J’ai cru que je pourrais tourner la page, mais c’est impossible », confie-t-elle. « On m’a souvent dit que j’avais fait ce qu’il fallait, mais la société ne nous a jamais vraiment soutenus. » Selon elle, cette épreuve a aussi profondément affecté sa relation avec ses enfants, qui n’ont découvert les circonstances exactes de la mort de leur père qu’à l’âge adulte. « Ils ont mis du temps à comprendre, et certains n’ont jamais vraiment accepté », précise-t-elle.
Un contexte législatif qui évolue (trop) lentement
Le témoignage de Gwen intervient alors que la France tente, une fois de plus, de légiférer sur la fin de vie. Depuis 2025, une commission parlementaire examine la possibilité d’encadrer l’aide à mourir, une promesse de campagne réitérée par le gouvernement. Pourtant, les divisions persistent entre partisans d’une loi libérale et ceux qui craignent un glissement vers une euthanasie généralisée. « On parle de liberté, de dignité, mais les débats s’enlisent », souligne Gwen. « En 1991, on était seuls. Aujourd’hui, on est toujours seuls, mais au moins, on en parle. »
Les associations comme ADMD (Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité) militent depuis des années pour une loi claire. Selon elles, près de 80 % des Français seraient favorables à une légalisation encadrée de l’aide à mourir. Pourtant, malgré les rapports parlementaires et les propositions de loi, aucune avancée concrète n’a encore abouti. « Les politiques ont peur des mots », analyse Gwen. « Ils parlent de ‘sédation profonde’ ou de ‘soins palliatifs’, mais jamais de ‘mort médicalement assistée’. Pourtant, c’est bien de ça qu’il s’agit. »
Pour Gwen, l’enjeu dépasse désormais les débats politiques. « Ce n’est pas une question de droite ou de gauche », affirme-t-elle. « C’est une question d’humanité. » Si la loi venait à changer, pourrait-elle enfin tourner la page ? Elle n’en est pas sûre. « Je ne regrette pas ce que j’ai fait, mais je regrette que personne ne nous ait tendu la main à l’époque. Peut-être qu’aujourd’hui, ce sera différent pour d’autres. »
L’euthanasie consiste en l’administration directe d’un produit létal par un tiers, souvent un médecin. L’aide à mourir, telle que prévue dans les projets de loi français, se limite à la prescription d’un produit que le patient s’administre lui-même. Ce cadre vise à éviter les dérives tout en offrant une issue à des patients en souffrance extrême.