Alors que le prix du litre de gazole frôle les deux euros et celui du SP95-E10 s’en approche, une enquête du groupe Keolis, relayée par Capital, révèle que les Français adaptent leurs déplacements à cette hausse persistante des carburants. Réalisée à l’échelle nationale, cette étude met en lumière les stratégies de mobilité adoptées par les automobilistes, entre réductions de trajets et report vers d’autres modes de transport.
Ce qu'il faut retenir
- 44 % des Français déclarent réduire ou regrouper leurs déplacements hebdomadaires en raison des prix élevés des carburants.
- La part des « grands rouleurs » (plus de 400 km/semaine) chute de 7 % à 3 %.
- Plus de 60 % des sondés ont renoncé à certains déplacements, principalement pour des motifs de loisirs ou de vacances.
- 39 % des ruraux sont les plus impactés, contre 25 % en zone urbaine.
- 37 % des Français estiment la situation actuelle intenable et craignent une aggravation.
Des déplacements en net recul, surtout chez les modestes
L’étude commandée par Keolis, et publiée ce 8 juin 2026, souligne un repli marqué des trajets en voiture. Selon David O’Neill, directeur marketing et prospective du groupe, « l’impact est très significatif ». Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 44 % des Français avouent restreindre ou mutualiser leurs déplacements chaque semaine. Parmi eux, 30 % ont réduit les visites à la famille, 33 % les sorties culturelles (cinéma, restaurant), et 34 % les trajets liés aux vacances. — Autant dire que c’est la vie sociale qui trinque en premier —.
Côté grandes distances, la tendance est encore plus marquée. Le nombre de « grands rouleurs », définis comme ceux parcourant plus de 400 kilomètres par semaine, a chuté de 7 % à 3 %. Une baisse qui profite logiquement aux automobilistes effectuant moins de 50 km hebdomadaires, dont la proportion augmente mécaniquement. « Ce ne sont pas les grands rouleurs les plus touchés, mais plutôt ceux dont les déplacements sont occasionnels et souvent liés au loisir », précise David O’Neill.
Les ruraux en première ligne, les citadins mieux armés
Les disparités territoriales sont frappantes. Les habitants des zones rurales sont les plus affectés : 39 % d’entre eux ont dû revoir à la baisse leurs déplacements, contre 25 % pour les résidents des métropoles. — Les disparités s’expliquent par l’absence d’alternatives à la voiture dans de nombreuses campagnes —.
Pour compenser, les Français explorent d’autres solutions. Près d’un tiers se tournent vers la marche, tandis que 13 % utilisent davantage le vélo. Le covoiturage séduit 10 % des sondés, un chiffre qui reste modeste mais en progression. Côté transports en commun, la tendance est à la hausse : 31 % des usagers déclarent prendre plus souvent le tram, le métro, le TER ou le train. Mieux encore, 9 % sont des nouveaux clients, séduits par ces alternatives. Dans les villes ayant instauré la gratuité, comme Dunkirk ou Aubagne, la fréquentation a particulièrement bondi.
Une situation jugée « intenable » par plus d’un tiers des Français
Malgré ces adaptations, la grogne persiste. 37 % des interrogés estiment que la hausse actuelle des carburants est « intenable », et redoutent une aggravation. David O’Neill, cité par Capital, y voit un « phénomène de démobilité » devant une crise qui frappe « de façon très forte ». — L’enjeu n’est plus seulement économique, mais social —.
Pour l’heure, les réseaux de transport en commun ne profitent que modérément de cette situation. « Rien de spectaculaire » à signaler, tempère David O’Neill, même si les villes ayant opté pour la gratuité enregistrent une hausse notable de leur fréquentation. Reste que la qualité de l’offre et la couverture des lignes restent des points de vigilance. Bref, si les carburants devaient encore augmenter, les transports collectifs pourraient tirer leur épingle du jeu — mais à condition que leur réseau soit à la hauteur.
Les alternatives à la voiture se structurent, mais lentement
Les pouvoirs publics et les collectivités locales sont sous pression pour proposer des solutions durables. Les plans de mobilité rurale, le développement des pistes cyclables ou encore l’extension des réseaux de bus pourraient, à terme, limiter la dépendance à la voiture. Pour l’instant, les résultats restent inégaux selon les territoires. — Les prochains mois seront décisifs pour évaluer l’efficacité de ces mesures —.
Côté politique, le gouvernement a déjà annoncé des aides sectorielles pour les professionnels et les « grands rouleurs ». Mais ces dispositifs, bien que nécessaires, ne suffisent pas à masquer l’ampleur du phénomène. Les associations de consommateurs appellent de leurs vœux une politique énergétique plus ambitieuse, intégrant à la fois la transition écologique et le pouvoir d’achat.
Les habitants des zones rurales disposent de moins d’alternatives à la voiture (transports en commun rares ou inexistants, distances souvent importantes). Leur dépendance au véhicule est donc bien plus forte, ce qui les rend plus vulnérables aux hausses de prix. Selon l’étude Keolis, 39 % des ruraux ont réduit leurs déplacements, contre 25 % en ville.
Oui, mais de manière limitée. 31 % des Français déclarent utiliser davantage les transports collectifs, et 9 % sont des nouveaux usagers. Cependant, cette hausse reste modérée dans les grandes métropoles (Lyon, Lille), sauf dans les villes où les transports sont gratuits. La qualité de l’offre et la couverture des lignes restent des freins majeurs.