Alors que les incidents violents dans le football amateur des jeunes joueurs défraient régulièrement la chronique, un club de Vitry-sur-Seine propose une alternative en misant sur l’inclusion, l’égalité et le plaisir de jouer. Selon Franceinfo - Sport, l’Entente sportive de Vitry défend un modèle où la compétition passe après le développement personnel des enfants, malgré un contexte où les bagarres entre jeunes footballeurs, comme celle survenue le week-end du 9 et 10 mai dans le Pas-de-Calais, rappellent les risques de dérives.
Ce qu'il faut retenir
- L’Entente sportive de Vitry-sur-Seine compte 1 500 adhérents pour sa section football et appartient à la FSGT, une fédération prônant l’égalité et une pratique populaire du sport.
- Le club mise sur des cotisations accessibles (150 €), bien inférieures à celles d’autres clubs franciliens, et sur un football sans sélection ni banc de touche pour tous.
- Les enfants bénéficient d’un temps de jeu équitable et d’un encadrement par des jeunes entraîneurs issus du club, comme Diadié Diakho, 19 ans, formé à Vitry.
- Le club pratique l’auto-arbitrage dès les catégories jeunes : les U14 arbitrent les matchs des U10, ce qui favorise la compréhension des règles et réduit les tensions.
- Un responsable de la FSGT dénonce un modèle économique du football amateur qui pousse à la « championnite » et à l’agressivité, notamment via des promesses irréalistes de carrière professionnelle pour les jeunes joueurs.
Un club où le plaisir de jouer prime sur la performance
Sur le stade Arrighi de Vitry-sur-Seine, en ce mois de mai 2026, une vingtaine d’enfants âgés de 9 à 10 ans s’entraînent sous une pluie fine. Pour eux, pas de distinction entre les joueurs : tous participent, quel que soit leur niveau. « On est des soldats, et on reste forts ! » lance Dylan, un des jeunes footballeurs, tandis que ses camarades opinent. « Tout le monde joue à égalité, même si le copain est un peu moins bon. L’important, c’est de s’amuser et de participer. » Ces propos illustrent l’état d’esprit promu par l’Entente sportive de Vitry, un club qui se distingue dans un paysage où les dérives violentes dans le football amateur des jeunes sont de plus en plus pointées du doigt.
Les entraîneurs bénévoles, souvent eux-mêmes issus du club, insistent sur cette philosophie. Diadié Diakho, 19 ans, entraîneur des jeunes, explique : « Moi, j’ai grandi ici, j’ai commencé le foot à 10 ans. On sent tout de suite qu’ici, c’est moins axé sur la compétition. » Pour lui, l’enjeu n’est pas de former des futurs champions, mais de permettre à chaque enfant de s’épanouir dans le sport. Résultat : plus de 90 % des joueurs sont issus de Vitry, et aucun enfant ne reste sur le banc par crainte d’être remplacé. « Ceux qui ont joué plus sortent et rentrent de nouveau après. Tout le monde tourne », précisent les enfants.
Des cotisations accessibles et un modèle économique alternatif
L’Entente sportive de Vitry fait partie de la Fédération sportive gymnique du travail (FSGT), une structure centenaire qui défend une pratique sportive populaire, ouverte à tous et peu coûteuse. Contrairement à de nombreux clubs franciliens où les cotisations peuvent atteindre 450 € par an, celle de Vitry s’élève à seulement 150 €. Farid Bensikhaled, responsable de la FSGT dans le Val-de-Marne, souligne : « Dans les clubs de foot, les cotisations ont explosé, ce qui a des effets délétères sur le contenu de la pratique et sur l’enjeu : la ‘gagne’, la ‘championnite’, et des comportements tout autour. »
Selon lui, cette inflation des tarifs pousse les familles à placer des attentes démesurées sur leurs enfants. « Vous avez des recruteurs sur le bord du terrain qui font miroiter plein de choses aux familles. Des parents s’imaginent que leur gamin va devenir professionnel », explique-t-il. Ce phénomène, qu’il qualifie de « modèle économique violent », transformerait le football des jeunes en une course effrénée à la performance, au détriment du plaisir et de l’inclusion. « Se retrouver avec un gamin qui fait du foot parce qu’il veut percer, et pas parce qu’il a envie de jouer et d’être avec ses potes, déjà ça, c’est violent », estime-t-il.
L’auto-arbitrage, un outil pédagogique pour réduire les tensions
Pour renforcer ce cadre pacifié, le club mise sur une méthode originale : l’auto-arbitrage. Dès les catégories jeunes, les adolescents arbitrent les matchs des plus petits. Farid Bensikhaled détaille ce dispositif : « Les U14 [13 ans] viennent arbitrer les U10 [9 ans]. En apprenant les règles et en arbitrant, ces jeunes deviennent de meilleurs joueurs. Même jeune, on va arbitrer, parce que c’est en arbitrant qu’on comprend les règles du jeu. » Cette pratique permet non seulement de désamorcer les conflits pendant les matchs, mais aussi d’éduquer les enfants à la discipline et au respect des décisions collectives.
Les enfants de l’Entente sportive de Vitry en sont pleinement conscients. « C’est comme si c’était un club protégé, déclare Dylan. Ici, on joue avec le respect, le respect des règles. On ne va pas forcément tacler, on est juste là pour apprendre. Les éducateurs ont les yeux partout, ils nous regardent tout le temps jouer et ils interviennent très rapidement si ça dégénère. » Ce cadre rassurant contraste avec les images de violences qui circulent parfois dans le football amateur, comme celle d’un tournoi entre Auchy-les-Mines et Creil, où un jeune joueur de neuf ans a été blessé le week-end des 9 et 10 mai 2026.
Un rêve de professionnalisme, mais sans pression
Malgré cette approche inclusive, les jeunes footballeurs de Vitry n’en restent pas moins ambitieux. « Je vais essayer de monter en grade et d’aller dans des clubs plus forts, par exemple Saint-Étienne ! Oui, je veux devenir professionnel », confie l’un d’eux. Une ambition partagée par ses coéquipiers, mais sans que celle-ci ne devienne une source de stress ou de compétition malsaine. « Ici, on est juste là pour s’amuser », rappellent-ils en chœur. Pour les encadrants, cette dualité entre rêve et réalité est gérée avec pragmatisme : le club ne rejette pas l’idée d’une carrière professionnelle, mais refuse de la brandir comme un objectif unique ou une promesse à tenir coûte que coûte.
Farid Bensikhaled résume cette philosophie : « Le football doit rester un outil d’épanouissement, pas une machine à fabriquer des frustrations. Quand on voit des parents hurler sur le bord des terrains ou des enfants se battre pour un ballon, on se dit que le système a besoin d’être repensé. À Vitry, on essaie de montrer qu’une autre voie est possible. »
En attendant, les jeunes footballeurs de Vitry continuent leurs entraînements sous la pluie, unis par une même devise : jouer, apprendre et partager. Une approche qui, pour l’instant, semble porter ses fruits.
Les inscriptions sont ouvertes toute l’année pour les enfants à partir de 6 ans. Il suffit de se rendre sur le site du club ou de contacter directement la section football via leur page Facebook ou leur adresse mail, disponible sur leur site officiel. Les cotisations sont fixées à 150 € par an, et des aides financières sont possibles en cas de difficultés.
Non. D’autres fédérations, comme l’UFOLEP ou certaines sections de la FSCF, défendent également une pratique sportive populaire et inclusive. Cependant, la FSGT se distingue par son ancienneté (créée en 1920) et son ancrage historique dans le mouvement ouvrier et associatif.