Dans un communiqué publié ce 11 juin 2026, les éditions Gallimard ont vivement contesté les accusations formulées par l'écrivain Boualem Sansal à leur encontre dans son dernier ouvrage, « La Légende », paru le 2 juin aux éditions Grasset. L'éditeur historique du romancier, qui l'accompagne depuis 1999, dénonce notamment une « addition d'approximations et d'ellipses » visant à servir une narration biaisée, comme le rapporte Le Figaro.
Boualem Sansal y évoque longuement son incarcération dans la prison de Koléa, près d'Alger, et réserve un chapitre entier à ses griefs envers Gallimard. Le texte, intitulé « Le grand moment de vérité », cible nommément Antoine Gallimard, PDG de la maison d'édition, ainsi que Jean-Marie Laclavetine, son éditeur attitré depuis des années. Pourtant, ce dernier figurait parmi les personnalités remerciées dans la section « La stèle des soutiens », où Sansal saluait leur rôle dans la lutte contre le « totalitarisme ». Une contradiction que l'éditeur ne manque pas de souligner.
Ce qu'il faut retenir
- Le livre « La Légende » de Boualem Sansal, publié le 2 juin 2026 chez Grasset, contient un chapitre dédié aux critiques envers Gallimard, son ancienne maison d'édition depuis 1999.
- Sansal y vise nommément Antoine Gallimard, PDG, et Jean-Marie Laclavetine, son éditeur historique, tout en les remerciant dans la même œuvre.
- Gallimard répond par un communiqué titré « Contrairement à la légende », qualifiant les attaques d’« approximations et d'ellipses ».
- L’ouvrage aborde également la détention de Sansal en Algérie et ses tensions avec le régime du président Tebboune.
Un différend éditorial aux relents politiques
Le litige entre Boualem Sansal et Gallimard s’inscrit dans un contexte plus large de tensions politiques. L’écrivain, connu pour ses prises de position critiques envers le pouvoir algérien, consacre une partie importante de « La Légende » à dénoncer le régime d’Abdelmadjid Tebboune. Dans ce récit, il présente son incarcération à Koléa comme une réponse à ses écrits jugés subversifs. Pourtant, c’est bien vers son éditeur qu’il se tourne pour régler des comptes, révélant une rupture brutale après des décennies de collaboration.
Selon les extraits du livre et les multiples interviews accordées par Sansal depuis sa sortie de prison, l’auteur explique s’être senti trahi par Gallimard, qu’il accuse d’avoir cédé aux pressions politiques ou économiques. Une allégation que l’éditeur rejette catégoriquement, évoquant un « paradoxe » entre ces reproches et les remerciements publics qu’il a reçus de la part de l’écrivain.
Gallimard déconstruit point par point les arguments de Sansal
Dans son communiqué, Gallimard précise que chaque reproche avancé par Sansal a été examiné et contesté. L’éditeur rappelle que sa collaboration avec l’auteur a toujours été marquée par une totale liberté éditoriale, conformément à leur contrat de 1999. « Nous avons publié ses textes sans aucune censure ni pression extérieure, ce que confirment les nombreux succès critiques et publics de ses ouvrages », peut-on lire dans le document.
L’éditeur va plus loin en soulignant que les remerciements figurant dans « La stèle des soutiens » – où Sansal cite Antoine Gallimard et Jean-Marie Laclavetine – constituent une reconnaissance explicite de leur soutien indéfectible. « Comment concilier ces remerciements avec des accusations de trahison ou de soumission à des logiques politiques ? », interroge le communiqué, qui qualifie l’argumentaire de Sansal de « construit pour servir une narration préétablie ».
L’ombre portée des tensions franco-algériennes
Ce conflit éditorial survient alors que les relations entre la France et l’Algérie traversent une période particulièrement tendue. Depuis plusieurs mois, les autorités algériennes multiplient les mesures restrictives envers les intellectuels et les médias, accusant certains d’entre eux de porter atteinte à l’image du pays. Boualem Sansal, naturalisé français en 1997 mais toujours engagé sur la scène algérienne, incarne cette figure d’écrivain engagé, entre deux rives.
Son départ de Gallimard pour Grasset, annoncé comme un choix personnel dans plusieurs médias, prend ainsi une dimension symbolique. Les observateurs y voient une volonté de l’auteur de marquer son indépendance vis-à-vis des structures perçues comme trop proches des pouvoirs politiques. Une interprétation que Gallimard conteste fermement, insistant sur le fait que leur collaboration s’est toujours déroulée dans le strict respect des règles déontologiques de l’édition.
Reste à voir si d’autres acteurs du milieu littéraire prendront position dans ce conflit, ou si l’affaire restera circonscrite à une divergence d’opinions entre un auteur et son ancien éditeur. Une chose est certaine : l’affaire a d’ores et déjà relancé les discussions sur les limites de la critique littéraire et les attentes des auteurs envers les structures qui les publient.
Dans « La Légende » et ses interviews, Sansal évoque un sentiment de trahison de la part de Gallimard, sans préciser les raisons exactes de son départ. L’éditeur, de son côté, dément toute pression et souligne que la collaboration s’est toujours déroulée normalement jusqu’à présent.
Sansal accuse notamment Gallimard d’avoir cédé à des pressions politiques ou économiques, bien qu’il n’apporte pas de preuves concrètes. Il critique aussi la gestion éditoriale de ses derniers ouvrages, sans détailler ces griefs dans le communiqué de l’éditeur.