Les services de gendarmerie française renforcent leurs dispositifs pour lutter contre les départs de feu volontaires, comme le rapporte BFM - Faits Divers. Alors que la saison estivale s’annonce propice aux incendies de forêt et aux sinistres d’origine criminelle, les enquêteurs mobilisent des techniques d’investigation de plus en plus pointues. Ces méthodes, alliant analyse criminelle et collaboration inter-services, visent à démanteler les réseaux de pyromanes avant qu’ils ne causent des dégâts majeurs.

Ce qu'il faut retenir

  • 15 % des incendies de forêt en France sont d’origine criminelle ou suspecte, selon les statistiques de la Sécurité civile pour 2025.
  • Les gendarmes utilisent l’analyse criminelle et la géolocalisation des téléphones pour remonter jusqu’aux auteurs présumés.
  • Les enquêtes s’appuient sur des bases de données interconnectées, comme le fichier des signalements de comportements suspects (SIRHUS).
  • Les pyromanes récidivistes font l’objet d’une surveillance renforcée, avec des dispositifs de prévention ciblés.
  • Les peines encourues pour incendie volontaire peuvent aller jusqu’à 15 ans de prison en cas de mise en danger de vies humaines.

Des outils technologiques au service de l’enquête

Pour traquer les pyromanes, les gendarmes s’appuient sur des outils technologiques avancés. D’après BFM - Faits Divers, l’analyse des téléphones portables via la géolocalisation est devenue une méthode clé. « Les enquêteurs récupèrent les données des antennes relais et des GPS pour établir des trajets suspects », explique un officier de la section de recherche de la gendarmerie nationale. Les caméras de surveillance, les réseaux sociaux et les témoignages sont également croisés pour reconstituer les déplacements des suspects avant et après les faits.

Autre levier : l’exploitation des bases de données criminelles. Le fichier SIRHUS (Système d’Information sur les Renseignements d’HUmain et de Sécurité) permet de croiser les signalements de comportements à risque avec les profils de pyromanes déjà identifiés. « On repère ainsi les récidivistes ou les individus ayant déjà fait l’objet de plaintes pour troubles à l’ordre public », précise un gendarme spécialisé dans les enquêtes incendies.

Une collaboration inter-services renforcée

La traque des pyromanes ne repose pas uniquement sur les gendarmes. Comme l’indique BFM - Faits Divers, une coordination étroite est mise en place avec les pompiers, les services forestiers et les polices judiciaires. « Chaque incendie fait l’objet d’un procès-verbal transmis aux enquêteurs, qui vérifient s’il existe des liens avec d’autres départs de feu », souligne un officier. Les pompiers, premiers sur les lieux, sont formés pour repérer les signes d’origine criminelle, comme des traces d’accélérants ou des points de départ multiples.

Les services forestiers, quant à eux, interviennent pour cartographier les zones à risque et identifier les profils des pyromanes connus dans les régions sensibles. « Dans le Sud-Est, où les incendies sont fréquents en été, nous collaborons avec les gendarmes pour cibler les zones de surveillance », confie un responsable de l’Office national des forêts (ONF).

Des peines dissuasives pour les pyromanes récidivistes

Le cadre légal français prévoit des sanctions lourdes pour les auteurs d’incendies volontaires. Selon le Code pénal, la peine maximale est de 15 ans de prison et de 150 000 euros d’amende en cas de mise en danger de vies humaines. Pour les incendies de forêt, les peines sont assorties de travaux d’intérêt général et d’interdictions de séjour dans les zones protégées. « La récidive est un facteur aggravant, et les tribunaux n’hésitent pas à appliquer des peines planchers », explique un magistrat du parquet de Marseille.

Les peines peuvent être encore plus sévères si l’incendie cause des dégâts matériels importants ou des blessures. « Dans certains cas, les pyromanes sont condamnés à des peines de prison ferme, assorties de suivis psychiatriques », ajoute le magistrat. Les condamnations sont systématiquement inscrites au casier judiciaire, ce qui limite les chances de récidive pour les individus déjà fichés.

Des dispositifs de prévention ciblés

Pour limiter les départs de feu volontaires, les autorités misent aussi sur la prévention. Les gendarmes organisent des campagnes de sensibilisation dans les zones à risque, notamment en période estivale. « On travaille avec les maires et les associations locales pour identifier les individus à risque et leur proposer un suivi », explique un officier de gendarmerie. Des dispositifs comme les cellules de veille incendies sont déployés dans les régions les plus exposées, avec des patrouilles renforcées pendant les périodes critiques.

Les propriétaires de forêts et les agriculteurs sont également sensibilisés aux bonnes pratiques, comme le débroussaillage et l’installation de points d’eau. « La prévention est un levier aussi important que la répression », souligne un responsable de la Sécurité civile. Les autorités rappellent que 90 % des incendies de forêt pourraient être évités grâce à des mesures simples.

Et maintenant ?

D’ici l’été 2026, les autorités prévoient de renforcer encore leurs dispositifs de lutte contre les incendies volontaires. Une nouvelle plateforme numérique, interconnectée avec les fichiers policiers, devrait être déployée pour faciliter le partage d’informations entre les services. « L’objectif est d’accélérer les enquêtes et de mieux anticiper les risques », indique un responsable du ministère de l’Intérieur. Les prochaines semaines seront cruciales pour tester l’efficacité de ces nouveaux outils avant la haute saison estivale.

En parallèle, les associations de protection de l’environnement appellent à une réflexion plus large sur la gestion des forêts et des espaces naturels. « Sans une politique ambitieuse de prévention, les risques d’incendies criminels resteront élevés », estime un porte-parole de Greenpeace France. Les prochains mois pourraient donc voir émerger de nouveaux débats sur l’équilibre entre sécurité et préservation des écosystèmes.

Reste à savoir si ces mesures suffiront à endiguer la recrudescence des incendies volontaires, un phénomène qui tend à s’aggraver avec le réchauffement climatique.

Un incendie est considéré comme volontaire lorsqu’il est établi que l’auteur a agi avec l’intention de provoquer un départ de feu. Les enquêteurs s’appuient sur des indices comme la présence d’accélérants, des traces de multiples points de départ ou des témoignages. La qualification pénale dépend ensuite des circonstances : incendie de forêt, de bâtiment ou mise en danger de vies humaines.

Les régions du Sud-Est (Provence-Alpes-Côte d’Azur, Occitanie) et du Sud-Ouest (Nouvelle-Aquitaine) sont les plus exposées aux incendies volontaires. Ces zones, caractérisées par un climat méditerranéen sec en été et une forte présence de forêts, concentrent près de 70 % des départs de feu criminels enregistrés en France.