Dans son ouvrage, Georges Arbuz, rescapé de la Shoah, retrace son arrivée en Bretagne en 1940 après avoir fui la Pologne envahie par les forces nazies. Selon Ouest France, l’homme de 88 ans rend hommage aux habitants de l’Île-aux-Moines, une petite île du golfe du Morbihan, qui ont abrité sa famille et d’autres réfugiés juifs au péril de leur vie.
Ce qu'il faut retenir
- Georges Arbuz est arrivé en Bretagne en 1940 après avoir fui la Pologne occupée par les nazis, avec ses parents et d’autres familles juives.
- Sa famille et d’autres réfugiés ont été cachés par les habitants de l’Île-aux-Moines malgré les risques encourus.
- L’homme évoque ces événements dans un livre rendant hommage à la résistance civile bretonne.
- Les faits remontent à la période de l’Occupation allemande en France, entre 1940 et 1944.
- Ce témoignage s’inscrit dans la mémoire des Justes parmi les Nations reconnus par Yad Vashem.
L’histoire de Georges Arbuz commence en 1939, lorsque sa famille quitte la Pologne pour échapper à la montée du nazisme. Après l’invasion allemande en 1939, puis l’occupation de la France en 1940, la Bretagne devient une terre de refuge, bien que sous contrôle allemand. C’est dans ce contexte que ses parents, accompagnés d’autres familles juives, trouvent asile sur l’Île-aux-Moines. Ouest France précise que cette île, alors peu peuplée, offrait une relative discrétion face aux patrouilles allemandes.
Les habitants, majoritairement des pêcheurs et des agriculteurs, ont pris des risques considérables en hébergeant ces familles. Certains ont fourni de faux papiers, d’autres ont partagé leur nourriture ou offert un toit malgré les réquisitions allemandes. Georges Arbuz, alors âgé de seulement six ans, garde un souvenir précis de cette solidarité silencieuse. Il évoque notamment le rôle de l’école locale, où les enfants juifs étaient intégrés comme les autres, sans éveiller les soupçons.
Dans son livre, l’auteur raconte comment les villageois organisaient des systèmes de surveillance pour prévenir l’arrivée des soldats allemands. Des signaux, comme l’absence de fumée au-dessus des cheminées, permettaient de savoir quand il fallait se cacher dans les granges ou les caves. Ces méthodes, bien que rudimentaires, ont permis à des dizaines de personnes d’échapper à la déportation. Selon Ouest France, plusieurs familles juives ont ainsi survécu jusqu’à la Libération en août 1944.
« Ces gens-là n’ont pas seulement sauvé des vies, ils ont sauvé notre dignité. Sans eux, nous n’aurions pas eu d’avenir. »
— Georges Arbuz, dans son ouvrage
Ce témoignage s’inscrit dans une mémoire collective qui commence à peine à être documentée. Contrairement aux grandes figures de la Résistance armée, les justes de l’Île-aux-Moines ont agi dans l’ombre, sans reconnaissance immédiate. Pourtant, leur geste a été salué par des institutions comme Yad Vashem, qui décerne le titre de « Juste parmi les Nations » aux civils ayant risqué leur vie pour sauver des Juifs pendant la Shoah. À ce jour, une dizaine d’habitants de l’île ont été honorés, mais beaucoup restent anonymes.
Georges Arbuz, aujourd’hui âgé de 88 ans, a attendu plusieurs décennies avant de raconter son histoire. Il explique dans son livre que ce n’est qu’avec l’âge qu’il a ressenti le devoir de transmettre ce passé. Son ouvrage, publié en 2025, s’ajoute à une série de mémoires similaires qui émergent depuis les années 2000, alors que les derniers témoins de la Seconde Guerre mondiale disparaissent.
Les autorités locales et les associations de mémoire s’interrogent désormais sur la préservation de ces récits. Une plaque commémorative a été inaugurée en 2023 sur l’île, mais peu de visites scolaires ou d’expositions y sont organisées. Certains élus locaux plaident pour un travail pédagogique plus approfondi, afin que ces histoires ne tombent pas dans l’oubli. Ouest France souligne que l’Île-aux-Moines, souvent perçue comme un lieu de villégiature, abrite en réalité une page méconnue de l’Histoire.
Reste à savoir si ces initiatives permettront de pérenniser la mémoire de ces gestes de solidarité. Alors que l’Europe commémore chaque année les victimes de la Shoah, ces histoires locales rappellent que la résistance peut aussi prendre la forme d’un soutien discret, mais déterminant. Combien d’autres îles, villages ou familles ont agi de la même manière sans jamais être reconnues ? La question, posée par certains historiens, reste ouverte.
Selon Ouest France, cette petite île du golfe du Morbihan offrait une discrétion relative grâce à son isolement géographique. Les patrouilles allemandes, concentrées sur les grands axes et les villes, y étaient moins présentes. De plus, la population locale, majoritairement composée de pêcheurs et d’agriculteurs, avait l’habitude de vivre en autarcie, ce qui facilitait la dissimulation des réfugiés.