La librairie historique Gibert anticipe un doublement de ses ventes de livres d’occasion d’ici 2029. Une stratégie qui contraste avec les difficultés persistantes du marché du livre neuf, selon Le Monde. Dans un secteur de plus en plus dominé par les géants du numérique, les enseignes traditionnelles misent sur l’économie circulaire pour préserver leur activité.
Ce qu'il faut retenir
- Gibert prévoit de doubler ses ventes de livres d’occasion d’ici 2029, passant de 20 à 40 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel
- Le marché du livre neuf enregistre un recul de 3 % en volume sur les cinq dernières années, d’après les données du secteur
- Les plateformes en ligne captent plus de 40 % des ventes de livres de seconde main, selon une étude du Syndicat national de l’édition
Un virage stratégique face à la baisse des ventes neuves
Gibert, qui exploite près d’une dizaine de magasins en France, fait face à un environnement concurrentiel accablant. Le marché du livre neuf peine à maintenir son niveau d’activité, avec des baisses récurrentes enregistrées depuis 2021. Selon les chiffres de l’Observatoire de la librairie française, les ventes ont chuté de 5 % en 2025 par rapport à l’année précédente. Les livres d’occasion, en revanche, affichent une croissance annuelle de 8 %, tirée par la recherche de prix plus accessibles et une sensibilité accrue à l’écologie.
« Nous avons observé une demande croissante pour les ouvrages d’occasion, notamment parmi les étudiants et les jeunes actifs », explique Jean-Michel Gibert, président de l’enseigne, auprès du Monde. « C’est une tendance de fond qui s’inscrit dans une logique de consommation responsable. » L’entreprise mise donc sur cette dynamique pour compenser les pertes subies par son activité principale.
Un modèle économique en mutation
Le marché du livre d’occasion représente aujourd’hui un segment estimé à 300 millions d’euros en France, selon les estimations de la Fédération des librairies indépendantes. Gibert entend en capter une part significative en misant sur plusieurs leviers. D’abord, l’expansion de son réseau physique, avec l’ouverture de trois nouveaux magasins prévus d’ici 2027. Ensuite, le développement de son site e-commerce, où les ventes de livres d’occasion ont déjà progressé de 25 % en 2025.
Pour se différencier des plateformes pure players comme Rakuten ou Momox, Gibert mise sur l’expertise de ses libraires. « Nous proposons une sélection rigoureuse et des conseils personnalisés, ce que les algorithmes ne peuvent pas toujours offrir », souligne Jean-Michel Gibert. L’enseigne mise également sur la mise en place d’un système de consigne pour les ouvrages rendus, une pratique encore rare dans le secteur.
Un pari risqué dans un marché ultra-concurrentiel
Malgré ces initiatives, le défi reste de taille. Les géants du numérique, tels qu’Amazon ou Fnac, dominent déjà plus de 60 % des ventes en ligne de livres d’occasion. Leur force réside dans leur logistique et leurs prix souvent imbattables. De plus, la hausse des coûts de revient, notamment celle des loyers commerciaux, pèse sur la rentabilité des librairies indépendantes. « Nous devons trouver un équilibre entre prix attractifs et marge suffisante pour survivre », reconnaît le dirigeant.
Gibert compte également sur le soutien des pouvoirs publics. Le ministère de la Culture a annoncé en mars 2026 un plan de soutien aux librairies indépendantes, incluant des subventions pour la modernisation de leurs outils numériques. « Ces aides sont bienvenues, mais elles ne suffiront pas à elles seules », tempère Jean-Michel Gibert. « Il nous faut aussi une fiscalité plus favorable aux petits commerces. »
Les prochaines élections professionnelles des libraires, prévues en 2027, pourraient également influencer les orientations stratégiques du groupe. Une chose est sûre : dans un marché en pleine mutation, Gibert n’a d’autre choix que de s’adapter ou de disparaître.
Plusieurs facteurs expliquent cette baisse : la hausse des prix des ouvrages neufs, la concurrence accrue des plateformes numériques, et un changement des habitudes de consommation, notamment chez les jeunes générations qui privilégient le format d’occasion ou le numérique.